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Dans un avis adopté à
l’unanimité le 12 décembre dernier, la commission préconise notamment de créer
un registre recensant les décès infantiles difficilement quantifiables à ce
jour, mais aussi de former les enseignants et professionnels libéraux pour
mieux détecter des violences faites sur des enfants, et apporter une meilleure
réponse pénale.
Alors qu’en France, le décès
d’au moins un enfant survient en moyenne tous les cinq jours des suites de
mauvais traitement infligés par ses parents ou un proche, d’après la Commission
nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), cette dernière, qui s’était
autosaisie avec l’appui de la députée et membre de la délégation aux droits de
l’enfant de l’Assemblée nationale Francesca Pasquini, vient de publier un avis sur les morts violentes d’enfants dans le cadre
familial.
Le texte, adopté à
l’unanimité le 12 décembre dernier en assemblée plénière, formule ainsi 17
recommandations, pour la plupart préventives, découlant à la fois d’un rapport ayant
permis de dresser un panorama et une analyse de ces morts violentes, mais aussi
de l’audition d’une quarantaine de personnes, parmi lesquelles une cheffe du
service radiologie pédiatrique, une avocate spécialisée dans la mort inattendue
du nourrisson, ou encore le chef de bureau des dispositifs statistiques. Les
mesures proposées visent à répondre à trois objectifs principaux :
collecter des données complètes et fiables sur les cas d’infanticides, mieux
prévenir, soutenir les parents et protéger les enfants, et améliorer le
diagnostic médical et la réponse judiciaire.
Mieux recenser les
infanticides au niveau national
Parmi ses principaux
constats, l’autorité indépendante observe qu’il est difficile de quantifier
exactement le nombre de décès d’enfants. En cause, « les instances qui
établissent des statistiques recueillent des données à partir de sources très
disparates, si bien qu’il est compliqué de les comparer et les croiser entre
elles. En outre, il n’existe pas, ou que rarement, d’échanges entre ces
instances, ce qui rend la collecte des statistiques peu fiable et les données
partielles et cloisonnées » est-il précisé dans le texte.
Pour établir des données
chiffrées au plus près de la réalité et améliorer le recueil statistique, la
CNCDH recommande donc « de doter l’Observatoire national de la
protection de l’enfance (ONPE) de moyens afin de recenser, croiser et publier
annuellement les statistiques relatives au nombre d’enfants victimes de
violences et de morts violentes et afin de fournir des outils permettant
d’améliorer la prévention », et « d’harmoniser les sources et
d’utiliser un vocabulaire commun à tous les acteurs concernés » (recommandation
n°4).
S’agissant des nourrissons,
premiers concernés par les morts violentes selon le tableau du Service
statistiques ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) intégré à l’avis, la
commission recommande de créer un registre recensant tous leurs décès et leur
qualification. Une idée qui rejoint la recommandation n°3 préconisant la mise « en
place d’une étude prospective utilisant différentes sources de données récentes
(…) afin de produire des données épidémiologiques sur le syndrome du bébé
secoué », et « la création d’une catégorie spécifique dans les
données hospitalière ».
Plus globalement, la CNCDH,
dans sa recommandation n°11, appelle à la centralisation des informations préoccupantes
au niveau national, et incite à réfléchir à la création d’un dispositif
national des signalements et des informations préoccupantes accessible à tous les
professionnels habilités.
L’importance de former les
professionnels de santé et du milieu scolaire
Pour la commission, la
formation des professionnels de santé et du milieu scolaire est par ailleurs
indispensable.
À ce titre, elle recommande
que soient renforcées la sensibilisation et la formation des professionnels de
santé « à la particularité du syndrome du bébé secoué afin que soit
amélioré son diagnostic et sa prise en charge », et que ces derniers, de
même que les départements, renforcent le contrôle du suivi ante et post-natal et
la mise en place des signaux d’alerte en cas de soustraction aux rendez-vous
obligatoires. Dans le même ordre d’idées, la recommandation n°1 vise à fournir
un suivi approprié à la femme enceinte dans son environnement et appelle
notamment « à la garantie à l’accès universel à la contraception et à
l’IVG pour toutes les femmes » en plus de l’amélioration de
l’éducation à la vie sexuelle et affective.
Est également recommandée la
désignation d’un médecin référent pour le repérage des violences dans les
structures médicales dédiées, et que soit garantie la protection des
professionnels qui opèrent un signalement, indique l’avis. La CNCDH demande
aussi à ce que soit augmenté le nombre d’infirmiers, d’infirmières et
d’assistances sociales scolaires, comme le stipule la 9e recommandation.
À lire aussi : Inceste et violences sexuelles sur mineurs : des
sénateurs demandent le maintien de la Ciivise
Du côté du corps professoral,
la commission appelle notamment à ce que les professionnels du milieu scolaire
soient formés « au signalement et/ou à l’information préoccupante et
sur la nécessité d’en transmettre en cas de besoin », et à instaurer, dans
le cadre de la formation initiale des enseignants, des modules sur le repérage,
l’accompagnement, l’accueil de la parole et le signalement de la maltraitance. Elle
propose également qu’une politique de prévention généralisée autour des
violences détectables à l’école soit mise en place. « L’Éducation
nationale, bien qu’elle soit le plus gros pourvoyeur d’information et de
signalements s’agissant des enfants scolarisés victimes de violences »,
ne recense pas les données relatives à leur décès, pointe d’ailleurs le texte.
Renforcer la coordination et la
formation des magistrats pour réagir plus efficacement
La CNCDH estime en outre que les professionnels du monde judiciaire et juridique, et notamment les magistrats,
ont eux aussi un rôle important à jouer dans la prévention et la réponse
judiciaire qui peut être apportée pour venir en aide à un enfant en assistance
éducative par exemple.
En ce sens, la CNCDH, qui
soutient le développement de partenariats entre les juridictions et les
services sociaux appropriés, préconise dans sa recommandation n°6 « que
dans toute mesure d’assistance éducative qui le justifie et en tout état de
cause avant tout placement, le magistrat compétent puisse alerter les pouvoirs
publics pour que soit trouvée une solution de relogement digne afin d’apporter
une aide appropriée aux familles ». Elle exhorte notamment à renforcer
davantage la coordination et la formation des magistrats, l’autorité
indépendante ayant constaté que « les difficultés rencontrées dans le
traitement des signalements se retrouvent aussi dans le traitement des
homicides d’enfants par toute la chaine pénale en raison notamment d’une
insuffisante prise en compte des signaux d’alerte et du manque de partage des
informations ».
En outre, comme le rappelle
l’avis, les affaires de morts violentes d’enfants étant complexes, celles-ci
donnent lieu à une ouverture systématique d’une information judiciaire et nécessitent
« l’intervention de différents magistrats », or, la Commission
observe que des dysfonctionnements dans le traitement judiciaire de ces
affaires peuvent conduire « à la prise de décisions insuffisamment
protectrices pour l’enfant ». C’est pourquoi elle prône la mise en
place de pôles judiciaires spécialisés dans les violences faites aux enfants, à
l’image des pôles assez récents consacrés aux violences intrafamiliales, « impliquant
nécessairement tous les acteurs judiciaires et les services concernés »
indique le dernier point, et plaide pour que les auditions des enfants fassent
« toujours l’objet d’un enregistrement audiovisuel et soient menées par
des personnes spécialement formées ».
Par ailleurs, la commission
enjoint l’Etat à renforcer les procédures de détection et d’investigation des
violences ainsi que les modalités de recrutement, la formation et le suivi des
assistantes maternelles et de leur conjoint, et que plus de moyens humains et financiers
soient alloués à la protection de l’enfance, mais également pour que les
mesures judiciaires d’investigation éducative puissent être exécutées.
Plus globalement, la CNCDH demande
à repenser certaines qualifications pénales et à améliorer le traitement
judiciaire - en réintroduisant par exemple dans le Code pénal la notion
d’infanticide et en apportant « une réponse judiciaire cohérente »
-, mais surtout à « prononce[r] de[s] peines utiles, tant pour la
sociétés que pour le condamné lui-même ». Autant de recommandations pour
« remédier à cette situation en plaçant la protection de l’enfant au
cœur de l’action publique, en appréhendant la maltraitance comme un fait social
et non comme un fait divers ».
Allison
Vaslin
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