Maison de l’avocat en exil : « Nous ne cesserons jamais de soutenir nos confrères en danger »


vendredi 13 décembre 2024 à 09:203 min

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Inaugurée le 11 décembre par la présidente du Conseil national des barreaux, Julie Couturier, la maison met notamment à disposition des avocats qui ont trouvé refuge en France des bureaux, un téléphone et des ordinateurs avec une connexion internet.

Notre maison est votre maison. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la nouvelle initiative du Conseil national des barreaux (CNB) à destination des avocats contraints de quitter leur pays en guerre et exilés en France.

Le 11 décembre, au 180 boulevard Haussmann à Paris, et au lendemain de la Journée internationale des Droits de l’Homme, a été inaugurée la Maison des avocats en exil, située au sein des locaux du CNB, en présence de sa présidente Julie Couturier, qui voit en ce dispositif « une nouvelle étape d’un long et tortueux chemin qui [les] a menés trop régulièrement à agir en soutien à [leurs] confrères et consœurs menacés dans leur pays, simplement pour avoir exercé leur profession d’avocat ».

Une étape « fondamentale » qui s’inscrit « dans le temps long », a indiqué la présidente de la commission Affaires européennes et internationales Marie-Aimée Peyron ; « remarquable », a estimé pour sa part la marraine de ce nouveau dispositif et ambassadrice pour les Droits de l’Homme Isabelle Rome, au regard des nombreux avocats « particulièrement exposés aux menaces » qui ne peuvent plus exercer leur profession. « On ne peut pas rendre une bonne justice sous la menace », a-t-elle ajouté.

Une maison pour aider les avocats en exil à poursuivre leur activité…

C’est pourquoi cette Maison de l’avocat en exil, « cœur du réacteur des avocats du monde entier », promet à tous avocats et avocates qui ont réussi à fuir les conflits une « continuité dans l’exercice de leur profession », a expliqué Marie-Hélène Fabiani, membre de la commission Affaires européennes et internationales et partie prenante dans la création de la Maison.


« Qu’importe leur nationalité », les avocats en exil peuvent ainsi « se retrouver, s’organiser, reconstituer des réseaux, poursuivre certaines de leurs missions ordinales malgré l’exil et continuer à jouer leur rôle de vigie des libertés », a complété Marie-Aimée Peyron. Car selon Laurence Roques, avocate et ancienne présidente de la commission Libertés et droits de l’Homme du CNB, le plus compliqué, pour un avocat, « c’est lorsqu’il ne peut plus exercer son métier alors même qu’il est avocat pour toujours ».

Alors pour cela, une salle de réunion, des bureaux dotés d’un ordinateur avec une connexion internet sont mis à leur disposition. « Ça ne paraît rien, mais des avocats sont totalement coupés du monde parce qu'ils n’ont pas de connexion », a rappelé Laurence Roques.

Les avocats réfugiés peuvent également bénéficier d’un accès à un téléphone, à Teams, ainsi qu’à un système de visioconférence, a détaillé l’avocate.

… et pour se faire accompagner dans leurs démarches administratives

Au-delà des moyens matériels mis à leur disposition, les avocats pourront également compter sur leurs confrères et consœurs pour les aider dans leurs démarches administratives et pour l’obtention de leur visa, par exemple.

Des consultations gratuites peuvent au besoin être menées gratuitement par des membres du conseil pour l’accompagnement dans les mesures d’asile ou pour produire des attestations, a également indiqué Laurence Roques. Les avocats exilés ont par ailleurs la possibilité d’être assistés dans la rédaction des statuts si les barreaux sont amenés à se reconstituer en exil, de posséder une adresse administrative, bref « d’exister tout simplement et de recevoir du courrier ».

« Cette maison est une brique supplémentaire à l’édifice des actions déjà menées par le CNB en faveur des avocats », a assuré Julie Couturier. Au titre de ces actions, la création de l’observatoire international des avocats en danger pour défendre les avocats menacés dans le cadre de leur exercice, et du fonds de dotation qui assiste financièrement des avocats en exil.

Le bâtonnier d’Afghanistan Rohullah Qarizada, également présent à l’inauguration, s’est lui aussi réjoui de cette initiative, compte tenu de la « situation critique » des avocats dans son pays, envahi par les Talibans en 2021. L'avocat a notamment évoqué le cas de plusieurs avocates qui, confrontées à des difficultés économiques et psychologiques, ont mis fin à leurs jours. Pour Julie Couturier, une chose reste sûre : « Nous ne cesserons jamais de soutenir nos confrères en danger. »

Allison Vaslin

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