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Le 17 février, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 a définitivement été adopté par le Parlement. Hausse du budget alloué aux hôpitaux, maîtrise des dépenses de santé, baisse des allègements de cotisations patronales… le point sur les principales mesures du texte, dans un contexte de déficit social de plus de 22 milliards d’euros.
La
fin d’un très long débat. Un parcours complexe et inédit du fait de la censure,
le 4 décembre, du gouvernement Barnier, tombé sur ce texte trois mois après
avoir été nommé. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS)
pour 2025, dans sa version adoptée en commission mixte paritaire, avait dès
lors été considéré comme rejeté par l’Assemblée nationale. Ce n’est que début
janvier, après l’adoption d’une loi spéciale pour assurer « la continuité de
la vie de la Nation » (1) et la nomination d’un nouveau gouvernement, que
les travaux sur le PLFSS, à partir de la version adoptée par le Sénat en
novembre, ont pu reprendre. Et enfin aboutir, non sans une série de « 49-3 »
dégainés par le Premier ministre François Bayrou.
Le
budget de la Sécurité sociale, adopté par le Sénat dans les mêmes termes qu’à
l’Assemblée nationale le 17 février, est en effet définitivement adopté par le
Parlement, quelques jours après l’adoption définitive du budget global de
l’État. Pour la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, ce vote
permet au pays de « sortir le plus vite possible de cette période d’attente
et d’instabilité ». Prochaine étape : la promulgation de la loi et sa
publication au Journal officiel, une fois que le Conseil
constitutionnel, saisi le 20 février par le groupe LFI-NFP, se sera prononcé
sur la constitutionnalité du texte. De projet de loi, le texte deviendra alors
Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025 (LFSS 2025).
Que contient-il ? En 2025, les dépenses de la Sécurité sociale sont fixées à plus de 666 milliards d’euros (Md€), soit 3,7 % de plus qu’en 2024, toutes branches confondues (2). « Cet effort en faveur de notre protection sociale est loin d’être anodin, dans le contexte de nos finances publiques », a souligné Amélie de Montchalin. À noter que cette année, le déficit de la « Sécu » atteindrait 22,1 Md€ selon les estimations du Gouvernement – un niveau jamais atteint hors période de crise, qui devrait s’élever à 24,1 Md€ en 2028 – dont 15,3 Md€ pour la branche Maladie.
Dans cette branche, l’objectif national de
dépenses d’Assurance maladie (Ondam) progresse de 3,4 %, pour atteindre près de
266 Md€ cette année. Avec, en sous-objectifs : 17,6 Md€ pour l’autonomie, 15,7
Md€ pour le handicap, ou encore, 113,2 Md€ pour les soins de ville (+2,8 % par
rapport à 2024). L’enveloppe pour les hôpitaux, de 109,6 Md€, a été, elle
aussi, revue à la hausse (+1 Md€), « leur permettant, je l’espère, de
retrouver un meilleur équilibre (…), de mieux rémunérer les soignants,
d’améliorer l’accueil aux urgences », a pointé le Premier ministre.
Dans
le détail, le texte entend améliorer le suivi médical des plus jeunes.
Plusieurs mesures vont en ce sens : l’ajout d’un nouvel examen médical
obligatoire à l’âge de 6 ans incluant le dépistage d’éventuels troubles du
développement, ou encore, le maintien de la vaccination gratuite contre les
infections au papillomavirus pour les élèves de 5e. De plus, les examens de
prévention bucco-dentaire (EBD), aujourd’hui prévus tous les trois ans de 3 à
24 ans, seront désormais annuels. « Cela vient renforcer l’ambition d’une
“Génération sans carie“ prévue par la convention nationale organisant les
rapports entre les chirurgiens-dentistes libéraux et l’Assurance maladie
publiée le 25 août 2023 au Journal officiel », rappelle le syndicat
représentatif Les Chirurgiens-dentistes de France. Cette disposition « a également
instauré un co-financement à hauteur de 40 % pour les organismes
complémentaires sur ces examens qui étaient jusqu’alors intégralement pris en
charge par l’Assurance maladie obligatoire, rappellent-ils toutefois. Il reste
encore à définir, avant le 1er avril 2025, les modalités d’application de ce
co-financement sans avance de frais et sans reste à charge pour les patients
sur ces EBD et les soins qui les accompagnent. »
Généralisés
en 2024, les rendez-vous de santé pris en charge à 100 % par l’Assurance
maladie aux âges clés de la vie (18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans),
baptisés « Mon Bilan Prévention », sont par ailleurs maintenus.
Autre
priorité : l’amélioration de la prise en charge de la santé mentale, déclarée
grande cause nationale 2025 par le Premier ministre, à travers, notamment,
l’évolution du dispositif MonSoutienPsy et la suppression de l’obligation
d’adressage par le médecin pour faciliter le recours aux psychologues
conventionnés. « Le nombre de séances était déjà passé de 8 à 12 récemment,
et le tarif augmenté, pour inciter les psychologues, encore trop peu nombreux,
à intégrer le dispositif », rappelle France Assos Santé, fédération
d’associations d’usagers du système de santé, qui salue la mesure.
En
outre, 100 millions d’euros seront consacrés aux soins palliatifs, une première
étape pour concrétiser la stratégie décennale en faveur de ces soins (1 Md€ sur
dix ans). Pour aider à lutter contre les déserts médicaux, l’accent sera mis
sur la télémédecine et les médicobus. Le texte ouvre également la possibilité
aux médecins libéraux en situation de cumul emploi-retraite dans une zone
médicalement sous-dense de bénéficier d’une exonération de leurs cotisations
d’assurance vieillesse. Autre nouveauté : le remboursement des tests et
analyses permettant de détecter la soumission chimique sera expérimenté durant
trois ans dans trois régions pour améliorer la prise en charge des victimes
potentielles.
Concernant
les pénuries croissantes de médicaments, le PLFSS pour 2025 renforce les
sanctions à l’encontre des industriels ainsi que les plans de gestion de ces
situations, dans des conditions qui seront fixées par décret. En revanche,
concernant les stocks de sécurité, « essentiels pour prévenir les pénuries
et nous donner collectivement le temps d’agir pour limiter les conséquences
pour les personnes malades », le PLFSS pour 2025 risque d’« affaiblir » le
dispositif actuel « en introduisant dans le code de la santé publique la
possibilité de fixer à la baisse ces stocks » sur « décision de l’Agence
nationale de sécurité du médicament », s’inquiète France Assos Santé.
Au
regard de ces dépenses, l’Assurance maladie devra réaliser 4,3 Md€ d’économies
pour respecter l’objectif budgétaire de +3,4%, la hausse dite
« naturelle » étant estimée autours de 5% par an. La baisse de
remboursement sur les consultations médicales et les médicaments, qui avait
suscité un tollé au sein de l’opposition fin 2024, a bien été écartée.
En
revanche, une baisse des dépenses liées aux transports sanitaires a été actée,
de même qu’une maîtrise des dépenses de radiologie et de biologie. Un effort
supplémentaire sur les médicaments sera également contractualisé avec les
industries de santé et l’Assurance maladie poursuivra la lutte contre la
fraude, en particulier grâce à une plus grande sécurisation de la carte Vitale.
Le PLFSS
pour 2025 instaure par ailleurs une « taxe lapin » pour les patients qui
n’honorent pas leurs rendez-vous de santé et confirme une hausse de la « taxe
soda » dès janvier 2026 et de la fiscalité des jeux et loteries en ligne dès
juillet 2025. Ces hausses devraient rapporter plus de 300 millions d’euros.
France Assos Santé regrette néanmoins « que d’autres mesures visant les
produits néfastes pour la santé – alcool, malbouffe, tabac notamment – n’aient
pas été adoptées ». Pour aller plus loin, la ministre du Travail, de la
Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, a d’ores et déjà
évoqué, dans le Parisien, l’idée de « récupérer un milliard d’euros via un
texte adopté en marge des textes financiers, qui augmentera la contribution des
complémentaires et des mutuelles ». L’Exécutif estime qu’elles ont déjà
anticipé dans leurs tarifs 2025 des mesures qui finalement n’ont pas eu lieu,
ce que les complémentaires démentent.
Côté
entreprises, le budget de la « Sécu » prévoit une baisse des exonérations de
cotisations sociales dont bénéficient les entreprises. Mais moindre que prévu.
L’ex-gouvernement Barnier voulait réduire de 4 Md€ le montant global de ces
exonérations ; ce ne sera finalement plus que de 1,6 Md€.
Autre
baisse entérinée : celle du plafond des indemnités journalières versées par
l’Assurance maladie en cas d’arrêt de travail, « avec un transfert vers les
employeurs et prévoyance, pour les personnes qui peuvent bénéficier de ces
compléments d’indemnisation », relève France Assos Santé. Le nouveau
plafond devrait passer de 1,8 à 1,4 SMIC, avec un gain pour la Sécu estimé à
400 millions d’euros. En complément, les plateformes fournissant des arrêts de
travail en ligne, de même que les arrêts de travail prescrits en ligne par un
médecin exerçant à l’étranger, seront proscrits.
Enfin,
le principe d’une « contribution de solidarité par le travail » (en plus
de la journée de solidarité créée en 2004), envisagée pour financer la branche
autonomie à hauteur de 2,5 Md€ en augmentant de sept heures la durée annuelle
du travail, n’a finalement pas été retenu. « Le débat n’est pas encore
totalement mûr », a pointé Catherine Vautrin. Ceci étant, le «
financement pérenne de notre politique de l’autonomie reste un sujet majeur et
nous aurons incontestablement, dès cette année, à travailler sur ce sujet du
virage démographique ».
Concernant
les personnes âgées, les contrôles liés au versement des pensions de retraite à
l’étranger seront renforcés. En parallèle, le débat se poursuit entre les
partenaires sociaux, chargés de trouver des pistes d’évolution pour le
financement des retraites d'ici à la fin du mois de mai. La Cour des comptes a
elle-même fourni, le 20 février, des chiffres sur la situation financière et
les perspectives du système de retraites.
Le
texte prévoit également la création d’un fonds d’urgence de 300 millions
d’euros pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes
(Ehpad). En 2023, 66 % de ces établissements étaient en déficit, contre 27 % en
2020. Une mesure saluée par l’Association des directeurs au service des
personnes âgées (AD-PA), qui toutefois rappelle « qu’il est indispensable
d’étendre le fonds d’urgence aux services à domicile et aux résidences
autonomie » et « que cette mesure ne saurait répondre aux difficultés
structurelles auxquelles est confronté l’ensemble du secteur Grand Âge ».
En
accord avec la loi dite "Bien Vieillir" du 8 avril 2024, une
enveloppe de 100 millions d’euros sera versée aux départements pour soutenir la
mobilité des aides à domicile. Enfin, près de 43 Md€ de dépenses ont, au
global, été votées au sein de la branche Autonomie de la Sécu. La somme
permettra, outre le grand âge, de financer le déploiement de solutions pour les
personnes en situation de handicap, de renforcer l’offre de répit des proches
aidants, mais aussi d’accroître l’aide aux départements (200 millions
supplémentaires) pour financer l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et
la prestation de compensation du handicap (PCH).
« Il
est évident que ce texte n’est pas à la hauteur des enjeux », a noté la rapporteure centriste au Sénat Elisabeth
Doineau. Un point de vue partagé par la quasi-unanimité des parlementaires de
tous bords, qui dénoncent les insuffisances du projet de loi. Mais il était «
temps que la France se dote enfin d’un projet de loi de financement de la
Sécurité sociale », a reconnu la sénatrice, appelant à faire « davantage
pour réduire le déficit dans les textes à venir ».
Se
projetant déjà dans le prochain budget, la ministre Amélie de Montchalin a
souligné qu’il sera nécessaire d’interroger l’efficience des dépenses, voire
d’envisager de nouvelles recettes. Évoquant « un devoir de lucidité
collective », elle a appelé à travailler dès maintenant en vue de définir
une nouvelle « trajectoire de redressement crédible » pour les finances
sociales. Et, pourquoi pas, opter pour une logique pluriannuelle plutôt
qu’annuelle pour le financement de la Sécurité sociale ? Une idée à laquelle la
ministre Catherine Vautrin a affirmé songer.
Nathalie Ratel
Pi+
(1)
Loi n°2024-1188 du 20 décembre 2024 spéciale relative aux lois de finances.
(2) La branche Famille, gérée par les Allocations familiales, les branches
Maladie et Accidents du travail – maladies professionnelles, gérées par
l’Assurance Maladie, la branche Vieillesse, gérée par l’Assurance Retraite, la
branche Autonomie, gérée par la Caisse nationale de solidarité pour l’Autonomie
(CNSA) et, enfin, la branche Recouvrement, gérée par l’Urssaf.
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