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Pour la 24e édition de ce salon et concours culinaire, la Protection judiciaire de la jeunesse a investi le parc des expositions de Dijon durant le week-end des 7 et 8 décembre. La manifestation nationale et itinérante, pilotée par cet organe du ministère de la Justice, est la seule ouverte au grand public, et a permis à 150 jeunes en difficultés de vivre une expérience unique. Le JSS s’y est rendu ce dimanche. Reportage.
« Toujours pas de volontaire pour cet apéritif sans alcool ?
Allez, laissez-vous tenter ! ». Dimanche 8 décembre, en milieu de matinée, l’invitation est lancée par un jeune membre de l’unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Bastia et d’Ajaccio, lors de la 24e édition des Parcours du Goût. Cette
année, le salon et concours culinaire initié par la Protection judiciaire de
la jeunesse (PJJ) se déroule à Dijon, en région Bourgogne-Franche-Comté.
Aller vers l’autre. Pour certains jeunes, il s’agit
d’un véritable exercice. Tout comme
celui de préparer un plat gastronomique au sein d’un
plateau aménagé, en un temps limité, puis d’en présenter
la recette à un jury d’exception,
sous le regard de visiteurs, de photographes et de caméras.
Façon
Top Chef
Ils sont 150 jeunes originaires de plusieurs territoires à s’être prêtés au jeu, façon Top Chef. « Aujourd’hui, on va vous présenter notre Cassis croque madame, et pour vous surprendre, on a décidé de faire un trompe-l’œil. Notre recette du panier, pain d’épices, chèvres et cassis », annonce une jeune fille au micro, la voix tremblotante, visiblement stressée. Son visage apparaît sur le grand écran exposé en hauteur, devant une scène spécialement aménagée pour l’occasion, et où sont attablés les membres du jury.
Depuis
la veille, ces derniers ont pour mission de déguster et noter les plats
gastronomiques concoctés par les jeunes suivis par la PJJ. « On se régale », s'enthousiasme Louis-Philippe
Vigilant, président du jury culinaire. Le thème de ces Parcours du Goût, c’est ‘Laissez-nous vous surprendre’, et ces jeunes nous surprennent par leur technicité. En tant que professionnel, on s’attend à des
petites erreurs, mais ça n’est pas
flagrant, on voit qu’il y a un très bon
niveau ».
Le jury des Parcours du Goût, présidé par L.-P. Vigilant, déguste et note les plats gastronomiques concoctés par les jeunes suivis par la PJJ
Le
chef du Relais Bernard Loiseau à Saulieu (Côte d’Or),
qui n’avait jamais entendu parler de la
manifestation nationale de la PJJ, a découvert que « la cuisine pouvait
avoir une autre dimension mais aussi aider des jeunes à sortir de certaines
situations, de leur quotidien ». Il souligne aussi la motivation de ces équipes de
jeunes, dont quelques-uns sont venus cuisiner, vêtus d’uniformes afin, selon
lui, de « créer un sentiment de groupe » et d’identité
régionale.
« Être
ici, c’est déjà un tremplin »
Les
Ducs du Palais, Les Lionceaux, Les Carottes sont cuites, Melun l’Enchanteur…
23 équipes s’affrontent pour ces Parcours du Goût
initiés dans l’objectif de bâtir un
parcours d’insertion scolaire, social et
professionnel durable, à des jeunes en difficulté, pris en charge par la PJJ
sous l’autorité du ministère de la
Justice. Depuis plusieurs années, l’administration développe de nombreux
projets d’insertion sociale et
professionnelle en s’appuyant sur la
pratique de la cuisine et ses métiers à travers ses restaurants d’applications.
« L’avantage de la cuisine, c’est
qu’elle nous permet de travailler sur
beaucoup de valeurs à acquérir et de compétences pour nos jeunes. Il s’agit à la fois de transmettre, partager et faire plaisir,
affirme Florence Barthélémy, directrice de la PJJ de Côte-d'Or et de Saône-et-Loire,
les deux départements maîtres d’orchestre
de cette édition. Tous les jeunes qui sont ici ne se destinent pas forcément
à un parcours culinaire. Par contre, ça vient travailler chez eux des compétences
psychosociales qui sont directement utiles dans n’importe
quelle sphère d’insertion et dans
leur relation du quotidien à l’autre, en
particulier avec les pairs, les adultes », poursuit-elle.
Pour
Mourad Haddouche, professeur technique d’organisation
culinaire à l’unité éducative d’activité de jour (UEAJ) de Dijon, affairé sur son stand,
les Parcours du Goût offrent la possibilité à « tous les jeunes présents de
découvrir de belles choses et surtout la réalité de la vie ». « Plus
jeune, à moi aussi, on m’a ouvert
des portes, et j’en avais grand
besoin. Désormais, c’est moi qui apporte
mes convictions à ces jeunes-là », confie le professionnel.
Quatre
mois de préparation et d’échanges entre les différentes unités - celles de
Chalon-sur-Saône et de Dijon -, afin que les jeunes échangent entre eux, ont été
nécessaires pour préparer au mieux la version professionnelle du concours. Si
le jour J, l’équipe est passée de 5 à 3 personnes, pour le professeur, ce challenge culinaire a
tout de même montré aux jeunes « comment réussir et aller de l’avant.
Car, ce n’est pas parce qu’ils
ont eu une mauvaise expérience dans le passé que tout est fini pour eux, bien
au contraire. Être ici, c’est déjà un
tremplin ».
Après
la PJJ, décrocher des opportunités
Ce n’est pas l’équipe Mawas Za Maorais, de l’UEAJ et l’UEHD de
Mamoudzou (Mayotte), qui dira le contraire. Milieu de matinée, le groupe
finalise, sous l'œil attentif du jury, la préparation de son plat gastronomique
à base de poulet au gingembre. Dans les gradins situés juste derrière la scène où est
installé le jury, l’ambiance est survoltée.
« Les
jeunes ont fait ça sur deux jours, ils ont voulu vous rafraîchir le cœur !
» lance au micro le coach des jeunes Mahorais, ravi de la prestation
réalisée par ses ouailles. « Ils ne sont pas fatigués, ce sont les adultes
qui sont fatigués. C’est la
première fois qu’ils viennent en métropole !
».
L’effervescence se poursuit côté stands. Séverine*, 17
ans, offre aux visiteurs des petits verres de sirop et présente les victuailles
faites-maison et « avec le cœur » par son équipe, arrivée la veille des
Yvelines. « On a installé le stand et on passait samedi matin à 9h25. On était
dans les premiers donc j’étais énormément stressée mais là ça va mieux, sourit-elle. On a présenté une recette très drôle au
jury, une glace à la moutarde. On est super contents, même si on n’est pas sur le podium », poursuit la jeune fille,
qui s’est vu proposer, durant le salon,
un contrat d’apprentissage « chez une très très
grande cheffe en pâtisserie ».
Un
objectif qu’aimerait atteindre Noé*, qui a
participé au concours Initiation à la pratique de la cuisine, avec une recette
de mille-feuille revisité à la volaille de Brest. « Au début, j’appréhendais car je ne savais pas comment ça allait se
passer. Mais j’ai vraiment apprécié,
j’ai réussi à m’intégrer,
je suis content, c’est une grande expérience
quand même », explique le jeune garçon, qui tente de dépasser sa timidité.
Plus tard, il aimerait bien décrocher un contrat d’apprentissage
dans la cuisine, afin de « mieux la découvrir et mieux l’aimer ».
Pour
la marraine de l’événement, Bérangère Loiseau, PDG du groupe Bernard Loiseau,
qui est arrivée sur le salon peu avant l’annonce
des résultats, énoncés dans l’après-midi,
la cuisine reste un vecteur social puissant. « Il n’y
a pas d'autres métiers capables de créer du lien humain d’une
telle manière et d’ancrer les jeunes
dans l’histoire et la culture française. J’ai envie de dire à tous ces jeunes que l'avenir est
devant eux, qu’ils s'accrochent, qu’ils se fassent confiance, qu’ils
y aillent à fond car le plus bel ascenseur social, ça reste quand même la
gastronomie ».
Briser les frontières
Vers 13h, les portes du parc des expositions commencent à se fermer pour les visiteurs, qui ont pu mettre le pied de façon conviviale dans un monde peu connu. « Je voyais hier énormément de gens extérieurs au monde judiciaire et de la PJJ qui étaient là, lorsqu’on a fait le tour des stands. Des Dijonnais sont venus se promener et découvrir ce salon, très utile pour changer de regard sur ces jeunes », exprime Nathalie Poux, présidente du tribunal judiciaire de Dijon et membre du jury du concours culinaire.
De
son côté, Aurélie Amar, cheffe de service du restaurant d’application
de l’UEAJ de Melun explique « avoir
passé un moment de cohésion ». « On découvre des jeunes qui ne
savent pas forcément ce que c’est de manger à table tous ensemble, on découvre aussi des
aspects de leur vie auxquels on n’a pas accès
puisqu’on est en activité de jour. Les
Parcours du Goût nous permettent ça », conclut l’ancienne éducatrice.
« Dépassement de soi »
Cris, pleurs, acclamations, exclamations de joie... En
milieu d’après-midi, l’annonce des résultats laisse place à beaucoup d’émotion
chez les jeunes. « Pendant
ces deux jours, nous avons assisté à un véritable festival de talent, de créativité
et de dépassement de soi », relate Florence Barthélémy à
l’annonce des palmarès et dotations des Parcours du Goût 2024.
«
Vous nous avez surpris par vos prestations », assure à son tour Louis-Philippe Vigilant, à qui est revenue la tâche de remettre la médaille
d’or du concours à l’équipe gagnante du concours amateur… « Un peu de
suspense », réagit Louise PetitRenaud, journaliste gastronomique, qui a
animé le concours culinaire durant ces deux jours. Ce sont finalement les Dromois de la Sauvegarde qui remportent cette édition. Côté professionnel, le premier prix revient à l’équipe
Giboin Bouillonne, originaire des Yvelines.
Yslande Bossé
* les prénoms ont été modifiés
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