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Un projet d’avis présenté le 12 février dernier et adopté à l’unanimité formule une douzaine de préconisations à l’attention du gouvernement et ministères concernés. Au titre de celles-ci, la mise en place de stages de sensibilisation pour les personnes condamnées, la formation des professionnels en lien avec le public et l’élaboration d’un « verbomètre » pour les victimes.
Tribunaux, transports, assemblées
politiques, lieu de travail ou encore réseaux sociaux, la violence verbale et les
discours à la haine s’invitent partout. Dans les écoles, elle représente la
majorité des incidents déclarés (43 %), et de plus en plus
d’aides-soignants déclarent subir régulièrement des agressions physiques et
verbales (85 % en 2022 selon un baromètre MNH-Odoxa). Et si cette violence
n’est pas nouvelle, « sa banalisation dans l'espace et le débat publics
est aujourd'hui inédite », pointe le Conseil économique, social et
environnemental (CESE).
C’est ce phénomène qu’explorent
les récents travaux de la Commission Education, Culture et Communication du
CESE, dont le projet d’avis a été présenté le 12 février dernier. Intitulé
« De la banalisation de la violence verbale au discours de haine.
Décrypter, mieux agir pour restaurer le lien social », ce texte
pourrait se résumer, selon le président du CESE Thierry Beaudet, par « attention,
les mots tuent ».
En effet, les travaux ont
permis de mettre en lumière que les violences verbales, qui glissent parfois
vers des discours de haine, ne sont pas sans conséquence sur la santé des
victimes, et, au-delà, l’économie, la démocratie et la cohésion sociale, ont
expliqué les rapporteures du texte et membres du CESE Souâd Belhaddad et
Marie-Claude Picardat. Cette dernière a d’ailleurs souligné la difficulté de
formuler des préconisations qui d’un côté ne portent pas atteinte à la liberté
d’expression mais préserve dans le même temps le respect « tout aussi
essentiel de l’égalité de tous les citoyens ».
Mieux mesurer et comprendre
les violences verbales
Au total, ce sont 13
préconisations qui ont été rédigées, classées dans trois catégories
principales, la première visant à mesurer, évaluer et comprendre le phénomène
de violences verbales et comptant quatre préconisations.
La première s’adresse au
Service Statistique Public, sommé de produire plus de statistiques et données
afin d’éclairer et mesurer la montée du phénomène. Le CESE préconise également
qu’un organisme dédié mette en œuvre et/ou coordonne un programme de recherche
sur les violences verbales, aussi bien au niveau national qu’ultramarin.
À lire aussi : Au CESE, l’emploi des
personnes en situation de handicap érigé en « objectif citoyen »
Les recommandations 2 et 3 se
font quant à elles écho, puisqu’elles suggèrent au gouvernement d’organiser des
campagnes nationales de communication régulières et de développer des outils
pédagogiques pour lutter contre la banalisation des violences verbales et les
discours de haine. Le gouvernement est notamment appelé à élaborer un
« verbomètre », à la manière du violentomètre déjà existant, afin que
les personnes prennent conscience qu’elles sont victimes de violences verbales
et mesure leur degré de gravité.
La préconisation 6.2 concerne
pour sa part le garde des Sceaux, invité à s’assurer que la remontée
d’informations du procureur général, dans le cadre de son rapport annuel de
politique pénale, « soit la plus complète et précise possible
s’agissant des politiques qu’il met en œuvre dans son ressort concernant
notamment les infractions de provocation à la discrimination, la haine ou la
violence, injures et diffamation à caractère raciste ».
La prévention de la violence
verbale, nouvelle thématique du dialogue social
Le volet « Prévenir »
se compose quant à lui de cinq préconisations et appuie sur la nécessité de
former les professionnels et de soutenir la parole des victimes. Une manière
pour les entreprises d’assurer la sécurité et le bien-être des salariés et de
prévenir un absentéisme à la suite d’une micro agression, de violences verbales
ou discours de haine qui peuvent susciter du stress, entrainer une dépression
et déclencher de nombreux arrêts maladie, a indiqué Souâd Belhaddad.
En 2023 par exemple,
6 000 actes de violences verbales ou physiques sur leurs agents ou
conducteurs ont été chiffrés par la SNCF. 433 personnes ont dû prendre un
arrêt, a relaté la rapporteure, qui appelle à élargir la prévention contre la
violence verbale comme nouvelle thématique du dialogue social. Une façon de
« préserver [les] services publics qui, par manque de moyens, par
injonctions de toujours plus de rendement et moins de personnel, subissent en
plus l’hostilité de leur public, qui lui-même vit dans une certaines violence
sociale et institutionnelle et dans une logique systématique la répercute aux
employés derrière le guichet », a illustré Souâd Belhaddad.
C’est pourquoi le CESE
recommande que soit intégré, dans la formation continue, un volet sur les
violences verbales et leurs impacts en matière de santé et sécurité au travail
des salariés du secteur privé, dans le but de prévenir les risques
psychosociaux.
La 8e
préconisation appelle de son côté le ministère de la Fonction publique à agir
en organisant, dans les services publics et pour les professionnels en lien
avec du public, une formation à la gestion de la parole violente, afin qu’ils
puissent décrypter l’intention, mais aussi maîtriser leur propre parole pour
apaiser les échanges et désamorcer les conflits verbaux.
Et afin de protéger les
jeunes générations de devenir auteurs ou victimes de violences verbales ou de
discours de haine, le ministère de l’Éducation nationale est appelé à faire
évoluer l’actuel plan national de lutte contre le harcèlement scolaire en un
plan de lutte contre le harcèlement et les violences à l’école « en
s’appuyant davantage sur la participation des élèves et en créant ou renforçant
des espaces de sécurité et de dialogue dans les établissements », a
éclairci la membre du groupe des Associations Marie-Claire Martel.
Créer un organisme dédié pour
lutter contre la haine en ligne
Le troisième et dernier volet
« Répondre » met pour sa part l’accent sur la sanction des auteurs
d’infractions. « Si la sanction ne suffit pas à endiguer le phénomène,
elle n’en est pas moins essentielle », a souligné Souâd Belhaddad. Un
sujet « complexe » par exemple en ce qui concerne des
personnes politiques, publiques ou chargées d’une mission publique. « Certaines
condamnations pour provocation à la haine ne les empêche pas d’être éligibles.
Or personne ne peut s’affranchir des valeurs républicaines. »
C’est pourquoi la
préconisation 6 alinéa 1er enjoint le ministre de la Justice de
donner instruction au magistrat du parquet pour qu’il requiert le prononcé de
la peine complémentaire d’inéligibilité à l’encontre de toute personne
politique ou publique se rendant coupable, dans le débat public, des délits de
presse de la loi de 1881 punie de peine d’emprisonnement (provocation à la
haine, diffamation, injures envers des personnes en raison de la race, d’une
ethnie ou d’une religion…).
À lire aussi : Violences
intrafamiliales : l’Assemblée nationale adopte une définition du contrôle
coercitif
Et puisque la « sanction
seule ne suffira jamais », il est également préconisé que des stages
de sensibilisation aux violences verbales et aux discours de haine à
destination des personnes condamnées pour ces motifs soient créés, dans
lesquels des témoignages de victimes et des rencontres seraient organisés.
Du côté de l’espace numérique,
« reflet de notre société où l’on retrouve les mêmes fléaux et
discriminations que dans le réel », la lutte contre la haine en ligne
ne peut pas seulement incomber aux plateformes numériques du fait de trop
nombreuses parties prenantes, a souligné Marie-Claude Picardat. La
préconisation 7, qui s’adresse au gouvernement, l’appelle à créer un organisme
indépendant – sous l’égide de l’Arcom – dédié à la lutte contre la haine en
ligne, mais aussi à renforcer son rôle de pilote de lutte contre la violence en
ligne avec « de fait, une augmentation de ces moyens ».
La dernière préconisation se
penche quant à elle sur la justice restaurative qui devrait être valorisée et
mieux connue auprès des personnes victimes de violences verbales qui ne
souhaitent pas porter plainte mais réclament une aide ou une reconnaissance
sociale et institutionnelle.
« Il va falloir
poursuivre le travail »
La présentation des
différentes préconisations a ensuite laissé place aux votes, le 12 février. Et
l’adoption du projet d’avis a été unanime, avec 137 votes en faveur du texte.
Un travail livré aujourd’hui « avec une certitude : il va falloir le
poursuivre, le suivre parce que la situation évolue de jour en jour à
l’international et à l’échelle nationale » a conclu le président de la
Commission éducation, culture et communication Jean-Karl Deschamps.
Allison
Vaslin
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