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Notre série «Les crèches privées en question»
Depuis plusieurs mois, des affaires médiatisées en lien avec les crèches privées et les accueils du jeune enfant, comme le meurtre d’une petite fille au sein de l’établissement « People and Baby » à Lyon, ont marqué les esprits. A la lumière de plusieurs rapports et d’enquêtes, dont le livre de Victor Castanet, Les Ogres, les parlementaires et les professionnels de la petite enfance plaident pour un changement durable des pratiques de recrutement et un meilleur encadrement de ces structures d’accueil.
SÉRIE (1/3). Une proposition de loi visant à améliorer l’accueil des jeunes enfants et à revaloriser les métiers de la petite enfance a été déposée le 11 mars dernier, à l'initiative de la députée Christelle D’intorni (UDR). Elle porte les revendications des professionnels du secteur, notamment celles des acteurs privés.
Les crèches privées en question
Depuis
plusieurs mois, des affaires médiatisées en lien avec les crèches privées et
les accueils du jeune enfant, comme le meurtre d’une petite fille au sein de
l’établissement « People and Baby » à Lyon, ont marqué les esprits. A
la lumière de plusieurs rapports et d’enquêtes, dont le livre de Victor
Castanet, Les Ogres, les parlementaires et les professionnels de
la petite enfance plaident pour un changement durable des pratiques de
recrutement et un meilleur encadrement de ces structures d’accueil.
- Que contient la proposition de loi UDR « Amélioration de l’accueil du jeune enfant », supposée répondre aux tensions du secteur ?
- Jean Sannier, avocat d’Innocence en danger : « Ce mariage de l'accueil de la petite enfance et de la rentabilité est contre-nature »
- Contrôles des crèches : « L'État doit mettre des moyens supplémentaires »
Après une proposition
de loi socialiste pour encadrer les crèches privées accusées de
dérives, la droite dure souhaitait probablement aussi porter sa vision de la
réforme du secteur. La députée Christelle D’intorni a ainsi déposé le 11 mars
dernier une proposition
de loi (PPL) visant à améliorer l’accueil des jeunes enfants.
Signé par 22 députés de la droite
d’Éric Ciotti et du Rassemblement national, ce texte entend « renforcer
d’une part les contrôles et l’encadrement des enfants par des professionnels de
la petite enfance formés, et d’autre part améliorer le financement du secteur ».
Le texte doit également permettre, peut-on lire, « des avancées sur les
neurosciences et les besoins de l’enfant », sans plus de détails sur
cette promesse de progrès scientifiques.
Cette proposition de loi
intervient alors que vient de s’achever, à Lyon, le procès d’une ancienne
employée de crèche privée du groupe People and Baby, condamnée à 25 ans
de réclusion pour avoir causé la mort, en 2022, d'un bébé dont elle avait la
garde en lui faisant boire un produit caustique de type Destop, au motif
qu’elle ne supportait plus les pleurs de l’enfant.
Le 3 avril dernier, l’employée de
30 ans a été condamnée par la cour d'assises du Rhône pour « torture ou
actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner »,
les jurés ayant finalement écarté la qualification de meurtre requise par
l'avocat général, retenant probablement des éléments de personnalité de
l’accusée, jugée « fragile, immature et aux capacités cognitives
limitées ».
Cette affaire, exposée dans les
motifs de la proposition de loi, a « mis en lumière les difficultés du
secteur de la petite enfance et en particulier les problèmes de maltraitance
dans les crèches ». Précédemment, elle avait donné lieu à un rapport
édifiant de
l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), mais aussi à deux commissions
d’enquête sur le modèle économique des crèches et plusieurs récits
journalistiques faisant peu ou prou le même constat : une dégradation de la
qualité de l’accueil des enfants et des risques de maltraitance similaires à ceux
observés en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes
(Ehpad).
Mais les débats persistent pour
désigner les responsables. « La gauche pointe les dérives des crèches
privées dans le sillage du livre du journaliste M. Victor Castanet Les
Ogres », expose la proposition de loi de Christelle D’intorni, mais ce
constat est « contredit » par le rapport de la
commission d’enquête de l’Assemblée nationale de juin 2024 (ndlr :
rapport Tanzilli sur le modèle économique des crèches) « qui conclut
que la dégradation de la qualité de l’accueil touche, en réalité, les crèches
de tout statut juridique ».
Avec cet argumentaire, la droite
dure porte les revendications de la Fédération française des entreprises de
crèche (FFEC) qui
fustige la proposition de loi socialiste adoptée en janvier dernier en
première lecture à l’Assemblée nationale. Soutenu par la ministre des
Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin, le texte de la gauche s’attaque
aux investissements privés des crèches et à la financiarisation du secteur :
une décision « idéologique » et « discriminatoire »,
selon la fédération.
Relever le
taux d’encadrement : une proposition audacieuse face au manque de personnel
La députée estime, de son côté,
que « ce sont des rencontres et des visites auprès de professionnels de
la petite enfance qui lui ont permis de rédiger un texte en accord avec leurs
attentes », rapporte le média d’extrême-droite Cnews, à qui l’élue
s’est confiée.
Son article 1 propose d’augmenter
de 40 % à 60 % la proportion de professionnels qualifiés, c’est-à-dire
diplômés, au sein des établissements, comme le recommande le collectif Pas
de bébé à la consigne dans un courrier qu’il a prévu d’adresser à
Catherine Vautrin, ce 11 avril, pour la date anniversaire de la parution du
rapport de l’Igas.
L’article 1er envisage
aussi de relever le taux d’encadrement moyen en crèche afin de garantir la
présence d’un professionnel pour quatre enfants, « contre 1 pour 6 dans
le code public ». Cette disposition va dans le sens des attentes du collectif qui
préconise « un taux d’encadrement d’1 professionnel pour 5 enfants en 2027 et 1 pour 4 en 2030 ».
L’option mise sur la table par la
PPL reste audacieuse face à la pénurie criante de personnel dans le secteur de
la petite enfance. Selon un rapport
publié en 2023, il manquerait en France 10 000 professionnels
en crèche. Les représentants du secteur en appellent d’ailleurs à un plan
d’urgence dédié à la formation initiale et continue pour former 13 à 15 000
professionnel·les diplômé·es par an dans les 5 prochaines années.
Du côté du contrôle des
établissements, l’article 2 propose de renforcer les inspections des crèches en
imposant une évaluation au minimum tous les trois ans, contre cinq
actuellement. « Les professionnels de la petite enfance estiment qu’une
inspection annuelle serait peut-être excessive », selon
Christelle D’intorni. « En cas de dysfonctionnements
graves, une nouvelle évaluation devra être effectuée dans un délai de six mois »,
précise le texte. Contrôles plutôt que sanctions donc, à rebours du texte
socialiste qui propose de renforcer les amendes « dérisoires »,
« aux montants insuffisants » et sans « palier minimal »
à l’égard des établissements contrevenants.
Financement
: élargir plutôt que remettre à plat
Côté financement, l’article 3
suggère de revoir le mode de calcul de la Prestation de service unique (PSU)
ainsi que la participation financière des familles, en optant pour un système
de financement basé sur un forfait à la demi-journée.
L’article 4 recommande d’élargir
les bénéfices du crédit d’impôt famille (CIFAM), - dispositif censé encourager
les entreprises à aider leurs salariés à faire garder leurs enfants - aux
travailleurs indépendants, professions libérales et dirigeants non-salariés.
Une revendication… de la FFEC depuis 2021. Que disent cependant les
rapports sur ces modes de financement ?
En 2024, l’Igas appelle non pas à
un élargissement du dispositif mais à sa refonte totale, considérant à
l’endroit du CIFAM que « la complexité du système actuel de
financement, la tension qu’il fait peser sur le secteur, le surcoût qu’il
impose aux gestionnaires, l’instabilité budgétaire dans laquelle il installe
certains établissements, et le faible pilotage qu’il permet en termes
d’objectifs de qualité appelle à une réforme systémique ». Le rapport Tanzilli s’interroge aussi sur la « pertinence »
du dispositif fiscal. « Cette observation doit toutefois s’inscrire
dans le cadre d’une réflexion plus globale sur le financement des crèches »,
note le rapport.
Quant à la PSU, l’élue UDR
justifie un retour au financement forfaitaire à la demi-journée, quel que soit
le nombre d’heures passées par l’enfant en crèche, au nom d’une « meilleure
visibilité financière et d’une meilleure stabilité » des entreprises, tout en
reconnaissant que ce ne sera « pas forcément un gain d’argent pour les
parents ».
Pour l’heure, la refonte du PSU
est sur la table de la ministre chargée de la petite enfance. « Nous
constatons que cette prestation a atteint ses limites. En effet, en dépit de
certains assouplissements, la logique de facturation horaire continue à induire
de très importantes lourdeurs », a témoigné Catherine Vautrin, lors de
son audition à
l'Assemblée nationale, le 27 mars dernier.
Une
proposition de loi examinée lors de la niche UDR ?
Lors de cette séance, la ministre
a aussi annoncé avoir signé, le 2 avril, le décret concernant, entre autres,
l’amélioration de la qualité d’accueil dans les micro-crèches, et ce malgré le
haro des gestionnaires privés.
Ce décret, qui visé à relever le
niveau de formation exigé, a reçu un avis favorable du Conseil national
d’évaluation des normes fin novembre, et est en cours d’examen par le Conseil
d’État. Il ne s’appliquera qu’aux recrutements futurs à partir du 1er
septembre 2026, ce qui laisse 18 mois aux structures pour se préparer à la
réforme.
La proposition de loi de
Christelle D’intorni a, quant à elle, été transmise à la Commission des affaires
sociales pour examen, avant une éventuelle inscription à l’ordre du jour de
l’Assemblée nationale. « Ma proposition de loi n’est pas parfaite mais
elle tend à améliorer la situation actuelle. C’est un premier pas », a
défendu l’élue sur Cnews. « Même si certains
partis politiques ne la considèrent pas comme transpartisane. Même si elle
n’est pas évoquée immédiatement ». Lors de la niche parlementaire UDR,
le 26 juin prochain, par exemple ?
Pas sûr effectivement, car le
programme s’annonce chargé. Le président du groupe UDR, Éric Ciotti, allié au
RN, a promis de déposer un texte visant à supprimer l’exécution provisoire des
peines d’inéligibilité, visant actuellement Marine Le Pen.
Delphine Schiltz
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