Article précédent


Le texte prévoit notamment la création d’un parquet national de lutte contre la criminalité organisée. La lutte contre le blanchiment et les nouvelles méthodes de vente de stupéfiants devrait être renforcée. Très attendue, la réforme du statut des repentis l’étend aux auteurs d’autres crimes.
La proposition de loi visant à sortir la France du piège du
narcotrafic arrive en séance publique au Sénat ce mardi
28 janvier, une semaine après son adoption par la commission des Lois. Le texte
est issu de la commission d’enquête sur l’impact du narcotrafic en France et
les mesures à prendre pour y remédier. En conclusion de cette commission, un rapport avait été publié et avait décliné huit
propositions, d’une meilleure coopération internationale au renforcement de la
prévention, en passant par l’adaptation du droit pénal.
Pour l’heure, le texte consolide les missions de l’Office antistupéfiants (Ofast), en le plaçant sous la tutelle conjointe des ministères de l’Intérieur et de l’Économie, et lui donnant « un monopole sur les enquêtes judiciaires relevant du « haut du spectre » de la criminalité », a précisé la commission des Lois du Sénat.
À lire aussi : INTERVIEW Rapport narcotrafic : « Les procédures pénales ne sont certainement pas en danger à cause de la déloyauté des avocats »
La proposition de loi crée un parquet national anti-criminalité organisée – le terme de parquet national anti-stupéfiants avait été initialement choisi –, travaillant de concert avec la cour d’assises et le tribunal correctionnel de Paris et, pour les mineurs, avec le juge des enfants, le tribunal pour enfants et la cour d’assises des mineurs de Paris.
Le procureur national anti-criminalité
organisée sera en revanche seul compétent pour certaines dispositions du code
pénal, en premier lieu pour la poursuite des dirigeants de groupements
producteurs, transporteurs ou vendeurs de stupéfiants.
Une proposition de loi organique examinée
conjointement fixe le statut de ce nouveau procureur.
Les entreprises sans
bénéficiaires effectifs déclarés pourront être radiées du RCS
La lutte contre le
blanchiment devrait aussi être renforcée, avec la création de plusieurs
dispositifs. Une mesure de fermeture administrative d’une durée maximale de six
mois pour les commerces en lien même indirect avec le narcotrafic sera en effet
créée. Les services de douane pourront par ailleurs avoir accès à des données
supplémentaires pertinentes pour l’exercice de leurs missions, par exemple les
informations des cartes grises des véhicules. Quant aux officiers de douane
judiciaire, ils verront leur régime de saisie sur compte bancaire aménagé, en
intégrant également les comptes de cryptomonnaies.
Les règles relatives à la
lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme seront pour leur
part renforcées. S’agissant des entreprises, celles qui n’auront pas transmis, dans
les six mois après l’immatriculation principal de la société, l’identité de
leurs bénéficiaires effectifs pourront être radiées du registre du commerce et
des sociétés (RCS).
Dans le cadre d’une enquête
pour narcotrafic, les enquêtes patrimoniales aux fins d'identification des
avoirs criminels seront systématiquement conduites. Une procédure d’injonction
pour richesse inexpliquée doit également être créée, afin de permettre au
procureur de la République, aux officiers de police judiciaire et aux agents
des douanes et des services fiscaux habilités à effectuer des enquêtes
judiciaires, de « requérir de toute personne qu’elle justifie de
ressources correspondant à son train de vie ou de l’origine d’un bien détenu »,
est-il indiqué dans la proposition de loi.
Le renseignement
administratif sera également renforcé, avec une extension des dispositifs
existants de transmission d’information par les juridictions aux services de
renseignement.
Le texte prévoit aussi la
généralisation des cellules de renseignement opérationnel dans tous les départements.
Celle-ci aura pour mission de « centraliser et analyser les
informations relatives aux trafics et assurer leur transmission au représentant
de l’État, faciliter la coordination des acteurs compétents en matière de
prévention et de répression de ces trafics, proposer au représentant de l’État
dans le département ainsi qu’au procureur de la République une stratégie de
lutte contre les trafics de stupéfiants dans le département [et transmettre]
les informations qu’elle recueille à l’Office anti-stupéfiants »,
précise la PPL.
La cellule sera notamment
composée du préfet du département des directeurs départementaux de la police
nationale et de la gendarmerie nationale, du procureur de la République et d’un
magistrat membre de la juridiction interrégionale spécialisée compétente. Des
instances similaires sont déjà en place à Tarbes, et depuis peu à Marseille.
Pour compléter ces
dispositifs, des traitements automatisés sur les données transitant par les
réseaux des opérateurs seront mis en place à titre expérimental et durant deux
ans, afin de « détecter des connexions susceptibles de révéler des
actes de délinquance ou de criminalité organisée ».
Les nouvelles méthodes de
vente sont particulièrement visées. La publication sur une plateforme en
ligne d’un contenu accessible aux mineurs proposant aux utilisateurs de transporter,
détenir, offrir ou céder des stupéfiants sera désormais punie sept ans
d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende, tout comme l’était déjà la
provocation directe aux mineurs. Les contenus en question seront par ailleurs plus
facilement rendus inaccessibles, grâce à la possibilité pour la cellule Pharos
de demander la suppression ou le déréférencement de contenus alimentant le
marché du narcotrafic, au même titre que les publications à caractère terroriste
ou pédopornographique.
Un meilleur statut pour les
repentis
La proposition de loi compte
en outre améliorer le statut des repentis, « aujourd’hui unanimement
reconnu comme défaillant », d’après la commission des Lois. Le nombre
de cas éligibles à ce statut sera étendu – en ajoutant les motifs de meurtre et
de meurtre en bande organisée aux crimes d’assassinat ou d’empoisonnement déjà
prévus par la loi, réduisant ainsi de moitié la peine de prison pour de tels
faits – et les juridictions qui décident de ne pas retenir une exemption ou une
réduction de peine pourtant demandée par le procureur de la République ou par
le procureur national anti-criminalité organisée devront se prononcer par une
décision spécialement motivée.
Les personnes souhaitant
collaborer avec la justice et permettent d’éviter la réalisation d’une
infraction, de mettre fin à sa commission ou à sa préparation, d’éviter ou de
limiter les dommages ou d’en identifier les auteurs ou complices disposeront
d’un délai de 180 jours pour communiquer au ministère public toutes les
informations utiles en leur possession, qui seront recueillies par le procureur
national anti-criminalité organisée.
À
lire aussi : Quelles leçons tirer du statut de repenti italien ?
Dans l’optique de donner
davantage de sécurité aux repentis, la proposition de loi veut inscrire la
possibilité de changer d’identité de manière définitive « lorsque cette
mesure apparaît indispensable au regard de la gravité de la menace encourue ».
Cette mesure pourra s’effectuer dans le cadre d’autres mesures de protection et
de réinsertion inscrites dans une convention conclue avec le procureur de la
République ou le procureur national anti-criminalité organisée.
La sécurité sera également
renforcée pour les officiers de police judiciaire, dont le nom pourra être
remplacé par leur immatriculation administrative dans tous les actes de
procédure.
Afin de limiter la récidive,
la loi imposera au procureur général de demander la révision du jugement si la
personne qui a bénéficié d’une exemption ou d’une réduction de peine a fourni
des informations inexactes ou incomplètes, ou si elle commet un nouveau crime
ou délit dans un délai de dix ans suivant la date à laquelle le jugement
est devenu définitif.
Le gouvernement ayant engagé
la procédure accélérée pour ce texte, une seule lecture sera nécessaire au
Sénat comme à l’Assemblée nationale.
Alexis
Duvauchelle
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *