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Son patronyme n’a pas de tiret et s’orthographie Saint Exupéry. Son nom d’écrivain s’écrit avec un tiret : Saint-Exupéry. Ainsi en avait décidé son éditeur, Gallimard. Saint Ex est son surnom.
On a commémoré l’an passé le 75e anniversaire de sa mort. Une épée d’agent montée d’or ornait le blason protégeant les actions chevaleresques de ses ancêtres.
Il rédige son premier poème à l’âge de 7 ans et s’amuse à décrire Moisy, sa gouvernante, qui ne cesse de recompter le linge, « trottant comme un rat ».
On le connaît en France comme pilote concourant à l’envol de l’Aéropostale puis comme pilote de guerre ayant fini son dernier vol au fond de la Méditerranée. On le connaît surtout dans le monde entier comme auteur d’un livre publié à plus de 130 millions d’exemplaires et traduit dans toutes les langues, Le Petit Prince. Édité en romanche, il devient Il Pitschen Prinzi ; traduit en 2004 en dialecte toba, une langue rare parlée par quelques milliers de locuteurs en Argentine, au Paraguay et en Bolivie, il devient So Shiyaxauolec Nta’a. Pour les Corses, il est U Principellu alors que pour les Sardes, il est Lu Prinzipeddu.
Sait-on que cet ancien élève des jésuites puis des pères marianistes puis brièvement d’une école d’officiers a contrôlé la fabrication de tuiles pour le compte d’une grande tuilerie avant de prospecter, de 1924 à 1926, dans l’Allier, la Creuse et le Cher, les industriels locaux afin de leur vendre des camions suisses pour le compte de l’entreprise Saurer, une activité où il n’a rencontré que des tuiles puisqu’il a eu très peu de clients ?
Souvent nomade, parfois mondain, régulièrement germanopratin, il fréquente assidument les aérodromes de Villacoublay et d’Orly. Il aime faire partager à sa mère son enthousiasme de pilote, lui écrivant : « J’adore ce métier. Vous ne pouvez imaginer ce calme, cette solitude que l’on trouve à quatre mille mètres en tête à tête avec son moteur. Et puis cette camaraderie charmante en bas, sur le terrain. On dort couché dans l’herbe en attendant son tour. On suit des yeux le camarade dont on attend l’avion et on raconte des histoires. Elles sont toutes merveilleuses. Ce sont des pannes en campagne près de petits patelins inconnus où le maire ému et patriote invite à dîner les aviateurs… et des aventures de contes de fée. »
Il est également pilote d’hydravion puis chef d’aéroplace au Maroc pour Latécoère, ou encore directeur d’Aéropostale en Argentine.
De ses différentes aventures, de ses expériences et de son rêve d’absolu, il tire Courrier sud en 1929, Vol de nuit en 1931, préfacé par André Gide (prix Femina), Terre des hommes en 1939 (grand prix du roman de l’Académie française).
En septembre 1998, alors qu’une tempête s’annonce en Méditerranée, un patron-pêcheur marseillais expérimenté, Jean-Louis Bianco, s’éloigne des criques et de leurs séneçons cinéraires, et emmène ses filets piéger des pageots, quelques merlans, des sardines égarées et bien évidemment des rougets pour les gourmets. C’est alors que son chalut remonte, parmi divers objets insolites, une gourmette enserrée dans une concrétion. Il la frotte fébrilement et découvre sur le métal précieux plusieurs inscriptions : Antoine de Saint Exupéry et Consuelo notamment. Traité dans un premier temps de faussaire et de charlatan, il subit les foudres des sceptiques. Il stocke chez lui les journaux français et étrangers qui le font passer pour un escroc. Après une enquête approfondie en France et aux États-Unis (c’est à New York que Consuelo, l’épouse de Saint Exupéry, lui avait offert le bijou en 1942), la gourmette est authentifiée. Son découvreur devient alors un héros et un faiseur de miracle ! Les débris de l’avion du pilote français abattu par un pilote allemand sont retrouvés. La désormais célèbre gourmette est exposée au musée de l’Air et de l’Espace.
Saint Ex n’avait pas d’enfants, mais une fratrie et des neveux ainsi qu’un éditeur détenant les droits d’édition. Il a légué ses biens à son épouse qui, à son tour, a tout légué à son secrétaire particulier… Les descendants des uns et des autres n’ont pas pour habitude de s’adresser des bouquets de fleurs, même si en 1960, le célèbre pépiniériste Georges Delbard a créé « Le rosier Saint-Exupéry » aux boutons joufflus, aux fleurs opulentes et au parfum subtil ! Ils se retrouvent en effet régulièrement devant les tribunaux pour organiser la répartition des droits dans le cadre d’une dévolution successorale financièrement intéressante et juridiquement complexe, malgré une transaction datant de 1947 ayant fixé les droits de chacun. La Cour de cassation est intervenue à plusieurs reprises, rappelant que les descendants familiaux avaient le droit moral (nom, image…) et le droit d’exploitation sur l’œuvre, et que les autres ayants-droit pouvaient percevoir une partie des produits de l’œuvre.
En 2017, le spationaute français Thomas Pesquet, reconnaissant qu’il y a dans son métier une part de rêve et de poésie, lance depuis l’espace un concours d’écriture destiné aux jeunes de 78 pays, intitulé « La huitième planète du petit prince ».
Saint Exupéry, sur terre, en mer, et dans l’espace ? Un grand prince des rêveurs !... qui offre à tous les rêveurs de biens grands espaces !
Étienne Madranges,
Avocat à la cour,
Légende : Antoine de Saint Exupéry (photos aimablement fournies à l’auteur de cette chronique par le service de presse de la Succession Antoine de Saint Exupéry)
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