Quelles perspectives de croissance pour les entreprises en 2022 ? Focus sur le baromètre ARC-IFOP


jeudi 9 décembre 2021 à 10:498 min

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Le 21 octobre, à l’occasion d’un petit-déjeuner animé par Jean-Marc Sylvestre, journaliste de presse économique, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance, a commenté les résultats du Baromètre Cabinet ARC/IFOP 2021 intitulé « Quelles perspectives de croissance pour les entreprises en 2022 ? ». Relance, délais de paiement, financement, remboursement, dématérialisation… tous les sujets ont été évoqués par le ministre.

 

 


Entre le 1er et le 17 septembre, 502 entreprises de 50 salariés et plus ont été interrogées par le cabinet ARC, spécialisé dans le recouvrement de créances et l’institut de sondage IFOP. Celles-ci ont été sondées sur leur perception des mois à venir, notamment avec les remboursements à planifier (URSSAF/PGE), les mesures gouvernementales mises en place, le rapport de force entre entreprises, la notation des délais de paiement, leur prise en compte dans le rapport RSE. Les résultats de cette enquête ont permis au cabinet ARC d’établir son baromètre annuel sur l’optimisation de la trésorerie des entreprises et le recouvrement de créances. Celui-ci a été présenté par Kérine Tran, directrice juridique au cabinet ARC.

 

 

UNE CONFIANCE RETROUVÉE, MAIS DES INQUIÉTUDES QUI PERSISTENT


Globalement, la majeure partie des entreprises (9 sur 10) estiment que les mesures prises par le ministère de l’Économie à destination des entreprises pour gérer les aspects économiques et sociaux de la crise ont été adaptées à la situation. La majorité d’entre elles reprennent confiance (45 % prévoient une croissance de leur activité (13 % en 2020) et seulement 8 % s’attendent à un recul de leur activité, alors qu’elles étaient 43 % en 2020), avec quelques réserves et inquiétudes cependant, notamment sur la question des délais de paiement qui restent très élevés et qui risquent de devenir « l’ajustable » de sortie de crise. Cette année en effet, les délais de paiement des PME qui ont explosé en 2020 se stabilisent, mais à un trop haut niveau. En outre, dans les grandes entreprises, les délais de paiement moyens (entre 11 et 30 jours) sont en train de repartir à la hausse.





Denis Le Bossé, Bruno Le Maire, Jean-Marc Sylvestre et Kérine Tran




Un quart des entreprises interrogées craignent en outre de ne pas pouvoir rembourser le cumul des aides sociales (PGE, paiement des factures et autres obligations.), et 54 % parmi elles pensent que les 18  derniers mois que la France vient de vivre vont freiner les opérations d’investissement de leurs clients. Un nouveau plan de relance est donc sollicité par la moitié des entreprises sondées. Les entreprises les plus fragiles ont certes été soutenues pendant la crise grâce aux aides de l’État, mais maintenant que le PGE a été absorbé, si les banques ne les soutiennent pas dans le financement de leur trésorerie, leur situation économique risque de se dégrader, ce qui pourrait les conduire à déposer le bilan dans un avenir proche. Sur ce point précisément, 57 % des entreprises jugent que les PME ne sont pas suffisamment accompagnées sur le plan juridique, pour prévenir et gérer les difficultés financières de leur entreprise. Il est donc essentiel de prévoir un accompagnement au plus près des TPE-PME. C’est d’ailleurs l’objectif du traitement de sortie de crise dont le décret d’application a été publié le 16 octobre dernier.

 

 

LES RETARDS DE PAIEMENT, PRINCIPALE SOURCE D'INQUIÉTUDE DES ENTREPRISES


Sur le point précis des délais de paiement – principale source d’inquiétude des entreprises interrogées –, en 2021, le retard moyen de paiement s’élève à 15 jours, contre 13 en 2020. Dans les grandes entreprises, les retards ont augmenté de 4,3 jours en moyenne depuis l’an dernier.  La désorganisation des services concernés et le télétravail peuvent expliquer cette hausse, selon le cabinet ARC. D’ailleurs, les dirigeants déclarent que les retards de paiement sont dus, pour 33 %, à un process de validation des factures trop long, soit 10 points de plus qu’en 2020. Cela est d’autant plus inquiétant que 94 % des entreprises interrogées considèrent que le non-respect des délais de paiement met en danger la santé des entreprises et peut aller jusqu’au dépôt de bilan. 


Il existe toutefois des solutions pour les réduire. Mais comment les entreprises mesurent-elles leur impact sur la réduction de ces délais ? La dématérialisation des factures dans le secteur privé convainc 61 % des entreprises sondées, soit 10 points de moins que l’an dernier. 44 % croient en l’investissement de solutions d’intelligence artificielle pour optimiser le crédit management (42 % en 2020). 40 % sont convaincues par les amendes administratives plafonnées à 2 millions d’euros et leur publication systématique, et 32 % par la transmission de l’attestation du commissaire aux comptes sur les retards de paiement clients/fournisseurs, au ministère de l’Économie.


D’autres solutions sont actuellement à l’étude. Quelles sont celles plébiscitées par les dirigeants pour réduire les délais de paiement ? La première solution préconisée par les entreprises est la réduction du délai maximal de paiement de 60 à 30 jours, qui séduit 49 % des entreprises interrogées (10 points de plus que l’an dernier). Pour atteindre cet objectif, pourquoi ne pas prévoir un calendrier progressif de réduction ?


55 % des entreprises optent pour la publication des amendes administratives sur les bases d’informations légales et non uniquement sur le site de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF). 53 % souhaitent la création d’une plateforme sur laquelle les entreprises auront l’obligation de déclarer leur retard de paiement client-fournisseur. En outre, quatre des entreprises sur cinq plébiscitent la création d’une notation des délais de paiement pour connaître le comportement payeur d’une entreprise. Enfin, 73 % des sociétés souhaitent que les délais de paiement client-fournisseur deviennent une donnée obligatoire du rapport RSE et 85 % veulent que les délais de paiement deviennent un critère pris en compte par les agences de notation telles que Moody’s.


« Si le tsunami des faillites n’a pas eu lieu, il reste central de surveiller dans les mois à venir les délais de paiement qui seront pratiqués entre entreprises privées, mais également dans le secteur public, car ils pourraient devenir l’ajustable de cette sortie de crise en entraînant des défaillances d’entreprises viables, mais non payées de leurs factures dans les temps. Les incidences des retards de paiement sur la reprise économique pourraient être majeures, sans une prise de conscience collective » a souligné Denis Le Bossé, président du Cabinet ARC à ce sujet.

 

 

UNE CRISE MOINS GRAVE QUE PRÉVU


Finalement, a commenté Jean-Marc Sylvestre après la présentation du baromètre du cabinet ARC, les économistes se sont bien trompés : la vague de faillites et de chômage n’a pas eu lieu. « Pourquoi s’est-on autant fourvoyé ? », a-t-il demandé à Bruno Le Maire.


« Aujourd’hui, on devrait être en train de tenir un petit-déjeuner en se demandant comment on va faire pour éponger les dizaines de milliers de faillites supplémentaires, comment on va faire pour revenir à 10 % de taux de chômage, comment on va faire pour répondre à la crise sociale et politique qui se profilent. Voilà où nous devrions en être au moment où je vous parle », a reconnu le ministre, avant d’ajouter avec fierté : « La réalité statistique est que nous avons un taux de chômage bien inférieur à celui d’avant la crise, un taux de faillites d’entreprises inférieur de 20 000 à ce que nous avons d’ordinaire, un taux de croissance qui est l'un des plus forts de la zone euro, de très bonnes recettes fiscales, un taux d’investissement qui redémarre… Je crois donc très sincèrement que nous avons bien géré la crise économique. »


Pour Bruno Le Maire, l’État, en versant autant d’aides publiques aux sociétés, a clairement fait le bon choix. C’est pour cela que le pays n’a pas sombré dans une grave récession. Le fait que les principales inquiétudes des chefs d’entreprise concernent aujourd’hui le pouvoir d’achat et les délais de paiement, serait donc une bonne nouvelle, car cela aurait pu être pire.


Il reste que si la vigueur de la reprise a surpris tout le monde, pour le ministre de l’Économie, il faut cependant être attentif à un certain nombre de risques, des « goulets d’étranglement » qui pourront, dans un avenir proche, freiner la reprise. Le premier concerne le manque de matériaux de base (acier, aluminium, bois) qui entravent la construction. Cela a entraîné la pénurie actuelle des semi-conducteurs qui est un problème « vraiment stratégique » pour les secteurs de l’automobile, de l’industrie de puissance, de l’aéronautique, des cartes bancaires, etc. Un exemple : l’automobile tourne aujourd’hui seulement à 50 % de ses possibilités. Un autre risque concerne la facture énergétique et le risque d’inflation. Tout le monde affirme que l’inflation est transitoire, mais cette situation risque de durer, a prédit le locataire de Bercy. Il faudra donc vivre avec encore plusieurs années.


Quelles solutions avons-nous pour faire face à cette situation ? L’atout dont la France dispose pour faire face à cette inflation est notre capacité d’investissements publics ou privés, a expliqué Bruno Le Maire. Les investissements publics sont prévus dans le Plan Investissements annoncé par le président Emmanuel Macron le 12 octobre dernier. Dans son allocution, celui-ci a notamment préconisé d’engager des milliards d’euros pour la construction de semi-conducteurs, devenue capitale. En effet, « on ne peut pas dire que notre économie va se digitaliser et en même temps se dire que nos semi-conducteurs vont être importés massivement de Corée du Sud, de Taïwan ou des États-Unis » a argumenté le ministre. Sans semi-conducteurs, a-t-il poursuivi, il n’y a plus d’industrie, il n’y a plus d’économie, et il n’y a plus de grandes entreprises. Concernant l’investissement privé, pour le ministre, il faut inciter les Français à débloquer les 150 milliards d’euros d’épargne qu’ils ont mis de côté. Pour les pousser à investir, la solution est simple selon lui : il faut continuer à baisser les impôts, ou en tout cas ne pas les augmenter.


« Au moment où on sort de la crise, ma conviction intime et profonde est que la France est la nation européenne la mieux placée pour réussir économiquement au 21e siècle » a affirmé, très optimiste (un peu trop ?, ndlr), Bruno Le Maire. Mais pour cela, il faut corriger certains défauts. Le principal étant la longueur des délais de paiement qui traduisent en réalité une absence de solidarité entre les entreprises. C’est pourquoi, selon le ministre, la question des délais de paiement ne doit pas être traitée d’un point de vue seulement technique, mais surtout d’un point de vue politique. D’où la mise en place de la cotation FIBEN. Bruno Le Maire souhaite que les délais de paiement fassent partie des critères de cette cotation. À son avis, les entreprises devraient également réfléchir à introduire elles-mêmes le respect des délais de paiement dans leur raison d’être. « Ces délais traduisent le règne du chacun pour soi et un individualisme qui n’est pas bon dans l’économie contemporaine » a mis en garde Bruno Le Maire.


Les diverses mesures prises par le gouvernement pour réduire les délais de paiement porteront-elles leurs fruits ?

 

Maria-Angélica Bailly

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