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Voter directement pour son maire, un principe électoral inconnu des Parisiens, Lyonnais et Marseillais. Pour harmoniser le mode d’élection des membres de ces conseils municipaux, la commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté, les 2 et 7 avril, une proposition de loi déposée par quatre députés. Bien qu’il divise, le texte, qui arrive cet après-midi en séance publique, devrait être adopté mercredi.
A
moins d’un an des prochaines élections municipales, les députés veulent mettre
fin à une exception électorale vieille de plus de quarante ans. Les quatre
millions d’habitants de Paris, Lyon et Marseille pourraient enfin élire
directement leur maire, comme dans toutes les autres communes de France.
Serpent
de mer politique, la réforme a été remise à l’ordre du jour, appelée de ses vœux
par le Premier ministre François Bayrou. Restaurer la lisibilité et la
transparence des votes, rapprocher concitoyens et élus, tels sont les enjeux de
la proposition
de loi hautement politique, déposée en octobre dernier par un quatuor de
députés Renaissance - Sylvain Maillard, David Amiel, Olivia Grégoire et Jean
Laussucq, qui sera débattue en séance publique à l’Assemblée nationale cet
après-midi.
Depuis
1982, la loi dite « PLM » instaure
non pas l’élection de conseils municipaux centraux mais un vote par secteur ou
par arrondissement pour les Parisiens, Lyonnais et Marseillais. Une fraction de
ces élus siège aux conseils de la commune qui élit dans un dernier temps le ou
la maire de la ville. En 1983, Jean-Claude Gaudin était alors devenu maire de
Marseille avec une minorité des voix. Une dérive de la loi que de nombreux
députés ont en tête lors des débats en commission.
«
Mettre fin à cette anomalie démocratique »
« Complexité pour les électeurs, distorsion
de représentativité, affaiblissement du lien entre le citoyen et leurs maires »,
Jean-Paul Mattei (Les Démocrates), rapporteur du texte, rappelle les nombreux
défauts de la loi en vigueur, mercredi 2 avril, en commission des lois. Le député ambitionne d'appliquer à « PLM » le même mode de scrutin que celui
en vigueur dans toutes les municipalités de plus de 1 000 habitants.
Sylvain
Maillard (Ensemble pour la République) insiste : « Les habitants de ces trois villes votent significativement moins pour
les municipales que pour les autres scrutins. Il est temps de mettre fin à
cette anomalie démocratique. »
Si
le texte est adopté, deux scrutins auront lieu au printemps 2026 : l’un pour
l’élection des conseillers municipaux à l’échelle de la commune et l’autre pour
les conseils d’arrondissement. « Le jour
du vote, l’électeur disposerait ainsi de deux bulletins. Sur le premier
figurerait la liste des candidats au conseil de Paris ou des candidats aux
conseils municipaux de Marseille et de Lyon. Sur le second, il trouvera la
liste des candidats au conseil
d’arrondissement », détaille le rapporteur de la loi.
L’épineuse prime majoritaire
Une fois le scrutin organisé, l’attribution des sièges est, elle aussi, un casse-tête politique. En effet, si le projet de loi PLM entend rattacher ces trois villes au droit commun, il instaure néanmoins une nouvelle dérogation : l’abaissement de la prime majoritaire de 50 à 25 %.
Ainsi,
la liste arrivée en tête pour le Conseil de Paris ou les conseils municipaux de
Marseille et de Lyon se verra attribuer une prime de 25% des sièges, contre 50
% dans toutes les autres villes de plus de 1 000 habitants. Jean-Paul Mattei
s’en défend : « Cela permet une meilleure
représentation des équilibres locaux, tout en assurant un lien clair entre
l’électeur et le futur maire. En abaissant le seuil à 25 %, on crée un
amortisseur. »
Sylvain Maillard, député
et ancien adjoint au maire d’arrondissement, explique, au soutien de l'article 1er de la proposition de loi : « Dans ces trois grandes villes, il nous
semble important de garantir la représentation de l’entièreté des habitants de
la ville, et donc des candidats minoritaires. C’est pourquoi nous préconisons
une prime de 25 % plutôt que 50 %, qui constitue un écrasement de la
représentativité des oppositions. » Dans un second temps, il précise : « Nous
conservons la prime de 50 % pour les arrondissements, au sein desquels les élus
ne sont pas professionnels et occupent un emploi parallèlement. »
Pourtant,
à droite comme à gauche, les députés rejettent ces arguments. « Monsieur le rapporteur, vous prétendez
vouloir vous aligner sur le droit commun. Pourquoi ne pas retenir dans ce cas
la prime majoritaire à 50 % au lieu d’en inventer une à 25 %, qui fait courir
le risque d’une censure constitutionnelle ? Je ne vois qu’une seule explication
: elle était la condition posée par le Rassemblement national dans son accord
avec M. Maillard », s’insurge Olivier Marleix (Droite Républicaine).
Abaissement au niveau national
De
l’autre côté de l'échiquier politique, Léa Balage El Mariky (Écologiste et
Social) confirme l’abaissement à 25 % mais appelle à une unification nationale
: « La prime majoritaire a plutôt
tendance à écraser les oppositions, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle
les écologistes sont favorables à une prime majoritaire à 25 % pour toutes les
collectivités territoriales. Mais, votre dispositif apportera plus de
complexité que de lisibilité et ne permettra pas de renouer le lien organique
indispensable entre les arrondissements et les conseils municipaux. »
Pour
le Rassemblement national, « le système
actuel n’est plus tenable » comme
l’explique Franck Allisio. Alors pour y remédier, son groupe propose que : « la prime majoritaire de 25 % s’applique à
toutes les élections municipales et même aux législatives. » Pour appuyer
son propos, il illustre son argumentaire : «
Actuellement, dans une triangulaire, celui qui fait 45 % au second tour obtient
80 % des sièges, quand celui qui fait 40 % en obtient 10 %. Il n’y a pas plus
injuste. »
Rejetant
ces propositions, l’article 1er est finalement adopté avec un abaissement de la
prime majoritaire à 25 % pour les trois plus grandes villes de France
uniquement.
Trop parisienne ?
Dès
l’introduction des débats, une critique revient dans les prises de parole de
tous les parlementaires : le texte serait avant tout parisien. Gabriel Amard
(France Insoumise) dénonce une « commande
politique de l’actuelle Ministre de la Culture [Rachida Dati]».
Léa
Balage El Mariky y voit une proposition de loi « écrite par les Parisiens pour les Parisiens », tout en dénonçant
l’absence de consultation du Conseil d’Etat et l’absence de prise en compte de
la ville de Toulouse, désormais troisième ville de France en nombre
d’habitants. « En définitive, nous avons
l’impression d’une réforme très parisienne, qui ne tient pas compte des
spécificités des deux autres villes concernées. Ainsi, à Lyon, où existe déjà
un double scrutin, les habitants se retrouveraient confrontés à trois bulletins
le jour du vote », conclut Martine Froger (LIOT).
Le
député Républicain, Olivier Marleix, est le plus virulent qualifiant le texte
de « plaidoyer pathétique pour que
Sylvain Maillard puisse être élu au conseil de Paris. » S’appuyant sur des simulations annoncées, il confirme : « Le scénario proposé dans la proposition de
loi de Sylvain Maillard – celui du ministère de l’intérieur – fait passer les
listes centristes de 7 % à 19 % à Paris, de 16 % à 23 % à Lyon, et de 1 % à 6 %
à Marseille. On voit à qui profiterait le crime ! »
Dix mois avant les prochaines
élections
En
réponse, les députés adoptent l’amendement de Jean Laussucq (Ensemble pour la
République) permettant la création d’un dispositif sous la forme d’une
conférence des maires. « La maire de
Paris a l’habitude de réunir les maires d’arrondissement pour évoquer des
sujets de son choix, selon un ordre du jour déterminé. Celle-ci pourrait être
dupliquée à Lyon et Marseille si les élus le souhaitent », appuie l’élu. Ce
sera l’objet d’un sixième article ajouté au texte initial.
Trouver un équilibre entre proximité locale et faisabilité, un exercice périlleux à quelques mois du prochain scrutin. Jean Moulliere (Horizons) démontre : « Nous avons toutefois des réserves vis-à-vis de ce texte. Si son objectif est louable, notre groupe estime qu’il intervient dans un calendrier trop contraint. La campagne démarrera dans quelques mois seulement. Cette proposition de loi intervient donc trop tard. »
Le
rapporteur Jean-Paul Mattei balaye ces inquiétudes : « À trop vouloir légiférer en fonction du calendrier électoral, nous ne
sommes plus capables d’avoir une vision prospective et de légiférer pour le
long terme. » Quarante ans auparavant, en 1982, la première loi consacrée
aux scrutins municipaux de Paris, de Lyon et de Marseille avait été adoptée
seulement trois mois avant les élections.
Après
le vote en commission des lois, la proposition de loi amendée devrait être discutée
le 8 avril après-midi en séance publique. Les débats s’annoncent animés avec
près de 95 amendements. Les députés devront se décider avant une entrée en
vigueur, à quelques mois des prochaines élections.
Marie-Agnès Laffougère
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