Remise du rapport du comité mémoriel : commémorer les attentats terroristes en France


mardi 2 octobre 2018 à 12:027 min

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Le 7 septembre dernier, le comité mémoriel, placé sous l’égide de la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes (DIAV), a remis son rapport à Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Ce comité était chargé depuis février 2018 de réfléchir à la manière de commémorer les différents attentats terroristes dont la France a été victime ces dernières années. Celui-ci avance dans son rapport 14 propositions. Retour sur les enjeux et les réflexions contenues dans ce document.


« Avec les attentats commis depuis près d’un demi-siècle en France, et singulièrement dans la phase qui s’ouvre en janvier 2015, les survivants, les proches et les familles, les témoins et les intervenants et au-delà, l’ensemble de la communauté nationale ont subi des chocs qui constituent à bien des égards une mise à l’épreuve pour la société dans son ensemble et pour chacun de ceux qui la composent » indique le rapport dans son introduction.


C’est pourquoi, en février 2018, à la demande du président de la République, un comité mémoriel a été mis en place par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, afin de réfléchir à la manière de commémorer ces douloureux événements. Faire mémoire relève en effet de la responsabilité d’un État. La commémoration « est d’abord ce que la Nation doit au deuil et à la souffrance des blessures à vif, mais elle marque aussi sa reconnaissance envers ceux et celles dont l’engagement physique, moral et intellectuel face aux violences du terrorisme constitue la preuve que la terreur n’est pas venue à bout de la promesse républicaine ».


Pour mener à bien sa mission, le comité a procédé à de nombreux entretiens avec des associations de victimes (Life for Paris, la Fédération France victimes, Paris-Aide aux victimes…), des représentants institutionnels de l’État et des collectivités territoriales, des autorités religieuses, mais aussi avec des victimes et leurs proches. La visite de lieux emblématiques de mémoire a également été organisée.


Afin de mieux appréhender les enjeux d’un travail de mémoire, le comité a également entendu avec beaucoup d’attention le témoignage de Clifford Chanin, vice-président du Mémorial du 11 septembre.


Il reste que faire vivre la mémoire collective d’un pays est un véritable défi, étant donné que le propre de cette dernière est qu’elle est soumise « au continuum de ses modifications » (cf. Maurice Halbwacks, sociologue). « Répondre de la mémoire, c’est donc anticiper ces inévitables effacements liés à la succession des générations. »


 


Les enjeux d’une politique de mémoire collective


Selon le comité mémoriel, une politique de mémoire participe à la résilience d’une société, à la reconstruction individuelle et collective. On peut lui assigner par conséquent cinq fonctions :


Archiver. C’est-à-dire conserver les documents nécessaires à la production d’une connaissance objective. Les archives doivent donc être accessibles et transparentes. Pour le comité, ces dernières pourraient aussi s’inscrire dans une politique judiciaire et contribuer au travail de la justice.


Analyser. Cette démarche permet de prendre un peu de recul face à ce qui s’est passé. Elle doit répondre à des exigences précises, et la recherche scientifique dans ce domaine doit être définie par des thèmes et des objectifs clairs.


Donner un sens politique. En effet, puisqu’on définit habituellement le terrorisme comme : « l’emploi de la terreur à des fins politiques, religieuses ou idéologiques », il convient de rendre compte selon des termes géopolitiques et idéologiques de ce phénomène. Cela répond en outre à une demande des victimes et de leurs proches.


Soigner et guérir. Le fait de vivre des évènements aussi stressants peut provoquer chez les victimes des troubles psychiatriques importants et des maladies somatiques. Mettre en place des commémorations nationales peut contribuer à la guérison des victimes, en plus d’un travail psychothérapeutique. En effet, selon le comité : « plus les émotions sont partagées, plus ceux qui les partagent ressentent un sentiment d’intégration sociale et sont sensibles aux valeurs collectives comme la solidarité, l’espoir, la confiance, etc. ». Quant à la procédure judiciaire, elle est aussi appelée à jouer un rôle d’importance « dans l’élaboration de la résilience individuelle et collective ».


Transmettre. Le comité rappelle dans ce document que « la loi numéro 2013-595 du 8 juillet 2013? ’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République (…) indique qu’au titre de sa mission d’éducation à la citoyenneté, le service public de l’éducation prépare les élèves à vivre en société et à devenir des citoyens responsables et libres, conscients des principes et des règles qui fondent la démocratie ». Le comité propose donc que l’École intègre dans ses programmes la question des attentats, une éducation critique étant l’une des clés de la lutte contre la radicalisation.


 


Créer un musée-mémorial


Selon le comité, pour satisfaire les cinq critères d’une politique de mémoire collective satisfaisante,
il faudrait créer un Musée-mémorial qui soit à la fois un lieu de mémoire, un musée d’histoire, un espace de recherche, de conférences et de débats, mais aussi un lieu de transmission et d’éducation. La vocation de ce musée serait donc multiple. Après une étude approfondie, et des visites d’autres lieux de mémoire, le comité préconise de réaliser ce musée en deux temps : mettre en place une mission de préfiguration du Mémorial « afin d’en explorer et d’en définir toutes les dimensions et les aspects » ; puis de créer un établissement public de coopération culturelle (cette structure juridique à caractère administratif étant particulièrement adaptée au projet).


Ce Musée-mémorial devra contenir en son sein un lieu de recueillement où seraient inscrits les noms de toutes les victimes de tous les attentats terroristes. Un jardin du souvenir devra également agrémenter ce lieu de mémoire. Il devra aussi comporter un lieu d’archivage (l’usage du numérique devra être privilégié), accueillir colloques et manifestations scientifiques. En outre, « à l’instar des autres lieux de mémoire, la vocation pédagogique de ce Musée-mémorial pour le public scolaire comme pour les autres visiteurs apparaît comme une priorité » affirme le comité.


Enfin, après de multiples concertations, les membres du comité ont estimé qu’une surface minimale d’environ 1 500 mètres carrés était nécessaire à la réalisation de ce monument, qui devrait être localisé à Paris (la Ville lumière ayant été la cible récurrente des attentats depuis 50 ans).


 


Instaurer une date commune de commémoration


Dans son rapport, le comité propose que soit adoptée une date commune à tous les attentats terroristes perpétrés en France, qui « n’exclut pas les commémorations ponctuelles, à d’autres dates, sur les lieux des attentats, mais résiste à l’oubli et à l’usure du temps ». Pour ne pas se voir reprocher le choix d’une date qui renverrait à un attentat en particulier, le comité préconise que soit retenue la date déjà choisie par l’Union européenne, c’est-à-dire le 11 mars (attentat commis à la gare d’Atocha).


« C’est un texte que j’ai lu avec beaucoup d’attention et dont j’ai trouvé les mots justes, pertinents et profonds » a souligné la ministre en recevant le rapport des membres du comité. Quelques jours après, elle a évoqué les recommandations contenues dans ce document avec le président de la République. Le 19 septembre, Emmanuel Macron a officialisé la mise en chantier du musée-mémorial en hommage aux victimes des attentats.


 


Liste des propositions du comité mémoriel


 


1. Faire de l’archivage de toute documentation relative aux attentats terroristes une priorité selon la législation en vigueur.


2. Autoriser l’enregistrement filmé des principaux procès en matière de terrorisme.


3. Susciter une réflexion sur les conséquences engendrées par la répétition des images diffusées, notamment par les chaînes d’information en continu et développer en milieu scolaire une éducation critique aux médias et aux réseaux sociaux sur ce thème.


4. Prendre en compte la question des attentats terroristes dans les futurs programmes scolaires (terminales générales, technologiques et professionnelles) dans une approche géopolitique, multiscalaire (Monde, Europe, France) et pluridisciplinaire dont l’histoire et la géographie seront des composantes essentielles.


5. Consacrer à Paris un Musée-mémorial aux sociétés à l’épreuve du terrorisme, tout en inscrivant le phénomène dans une perspective mondiale.


6. Dispenser une formation à des publics ciblés, dans le Musée-mémorial en direction de plusieurs publics, notamment ceux appelés à intervenir à des titres divers dans le domaine du terrorisme : forces de l’ordre, magistrats, corps enseignant, personnel de secours, personnel soignant.


7. Initier une mission de préfiguration du Musée-mémorial. Elle sera composée, dès son instauration, de trois conseils : mémoriel, scientifique et pédagogique.


8. Inscrire au sein du Musée-mémorial les noms de toutes les victimes, de tous les attentats terroristes, quel que soit le support choisi qui puisse répondre aux attentes des familles et des proches.


9. Offrir aux visiteurs un espace de recueillement au sein du Musée-mémorial qui prendrait la forme d’un jardin du souvenir.


10. Inciter le Musée-mémorial à travailler en réseau, avec des lieux de mémoire des attentats qui verront le jour en France, ou qui existent déjà en Europe et dans le monde.


11. Se concerter avec les associations de victimes et d’aide aux victimes, de manière très régulière, tout au long de l’élaboration du projet de création du Musée-mémorial.


12. Privilégier l’Établissement public de coopération culturelle à caractère administratif (EPCC) pour la structure juridique du Musée-mémorial.


13. Étudier la possibilité d’installer ce Musée-mémorial sur l’Île de la Cité dans les locaux de l’ancien Palais de justice de Paris.


14. Fixer au 11 mars la date commune de commémoration afin de l’inscrire dans une perspective européenne tout en prenant en compte l’ensemble des attentats qui ont touché la France depuis les années 1970.


 


Maria-Angélica Bailly


 


 


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