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Dans son 9e rapport d’activité rendu public fin juin, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement rappelle l’existence d’algorithmes capables d’identifier des connexions informatiques pouvant signaler des projets criminels. Elle précise cependant que les méthodes d’interception traditionnelles restent, pour l’heure, les plus utilisées.
« Le
recours à des méthodes de plus en plus intrusives » dans la captation des
données informatiques, une tendance qui pourrait bien se généraliser dans les
années à venir ?
C’est
ce qu’affirme le dernier rapport
annuel, publié fin juin, de la Commission nationale de contrôle des
techniques de renseignement (CNCTR), autorité administrative est chargée de garantir
que les techniques de recueil de renseignement respectent le Code de la
sécurité intérieure (CSI).
Depuis la loi du 24 juillet
2015 relative au renseignement, l’usage d’algorithmes est reconnu comme une
technique à part entière, mais limité à la prévention du terrorisme. L’article
5 de ce texte, qui reprend l’article L.851-3 du CSI, autorise le traitement
algorithmique des données issues des opérateurs de communications électroniques
et des fournisseurs de services internet, afin de « détecter des connexions susceptibles de révéler une menace terroriste
», rappelle la CNCTR dans son rapport.
Ce dispositif a cependant
été élargi à d’autres finalités en 2024. La loi n°2024-850 du 25 juillet 2024,
consacrée à la prévention des ingérences étrangères et des menaces pour la
défense nationale, autorise désormais l’emploi de ces algorithmes dans le but de détecter des
comportements ou des connexions susceptibles de révéler des « ingérences
étrangères », des « menaces pour la défense nationale »,
ou des cyberattaques.
Une évolution majeure du cadre légal, puisque ces outils ne
servent plus seulement à détecter des terroristes, mais aussi des acteurs
hostiles ou cyber. Cette
extension est toutefois expérimentale, limitée par le législateur à trois ans,
jusqu’au 1er juillet 2028.
Un contrôle parlementaire
renforcé accompagne par ailleurs cette mesure : deux rapports gouvernementaux
sont prévus, l’un d’évaluation pour le 1er juillet 2026, l’autre de bilan, à
remettre au Parlement au plus tard six mois avant la fin de l’expérimentation.
Dorénavant, avec cette extension, six algorithmes sont désormais autorisés
depuis l’ouverture de cette technique aux services de renseignement en 2015.
Les méthodes traditionnelles toujours en tête
Pour autant, en 2024, les services n’ont pas délaissé les méthodes dites
traditionnelles, toujours considérées comme outils de première intention.
L’année est d’ailleurs marquée par une hausse inédite depuis 2019 du contingent
d’ « interceptions de sécurité »[1] - comprendre, des écoutes - décidée
par le Premier ministre après avis favorable de la CNCTR.
Comme les années précédentes, le recours aux méthodes les moins
intrusives - notamment le recueil différé de données techniques de connexion -
reste dominant, et représente près de 58 % des demandes.
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Le nombre d’avis défavorables est quant à lui stable (803 en 2024 contre
775 en 2023), et ne concerne que 0,8 % des demandes. En excluant les requêtes
portant sur les données de connexion, le taux monte légèrement, de 1,2 % à 1,3
%. Cette évolution reflète, selon la CNCTR, « sans doute une meilleure maîtrise du droit
par les agents », qu’elle met sur le compte d’une formation renforcée
et d’« une politique d’échanges
approfondis et de diffusion de sa doctrine ».
Près de 24 000 personnes surveillées en 2024
Toujours dans son rapport annuel, l’autorité souligne que « le constat le plus marquant » de 2024
est l’absence « d’explosion du recours
aux techniques de renseignement », et ce malgré une accumulation
d’événements majeurs : élections européennes puis législatives, passage de la
flamme olympique suivi des Jeux olympiques et paralympiques, révoltes et état
d’urgence en Nouvelle-Calédonie, troubles violents en Martinique et en
Guadeloupe.
Tout cela dans un contexte de fortes tensions internationales, marqué
par la guerre en Ukraine et le conflit au Proche-Orient. Le nombre de demandes
d’utilisation de techniques de renseignement a en effet modestement progressé de
3 %, passant de 95 000 en 2023 à un peu moins de 99 000 en 2024.
Après une hausse importante l’année précédente, le nombre de personnes
surveillées est resté stable, avec 24 308 individus concernés contre 24 209 en
2023. Pour la commission, cela traduit « une
légère augmentation du nombre moyen de techniques sollicitées pour chaque
personne surveillée ».
La prévention du terrorisme redevient le premier motif de surveillance.
Elle représente 30 % des personnes dans le viseur, soit 7 264 individus,
un chiffre en légère hausse après plusieurs années de baisse (+ 4,3 % par
rapport à 2023).
La surveillance pour criminalité organisée, jusque-là en hausse
constante ces cinq dernières années, est en léger recul, puisqu’elle a concerné
6 761 individus en 2024, restant malgré tout bien au-dessus du niveau de 2019. Le
contrôle des violences collectives,
quant à lui, reste stable, avec 2 528 personnes surveillées, contre 2 551 en
2023.
Enfin, la lutte contre les ingérences étrangères prend une place de plus
en plus conséquente : elle représente désormais plus de 20 % des techniques
mises en œuvre comme des personnes surveillées, un niveau jamais atteint ces
huit dernières années, alerte l'organisation.
Une tendance qui pousse la CNCTR à recommander « la nécessité juridique de donner un cadre légal aux échanges de
renseignement entre les services français et leurs homologues étrangers ».
Romain
Tardino
[1]«
Les interceptions de sécurité, prévues à l’article L. 852-1 du Cde de la sécurité
intérieure, font partie des quatre techniques dites domestiques soumises au
principe du contingentement en application duquel le nombre d’autorisations
simultanément en vigueur ne peut excéder un maximum fixé par décision du
Premier ministre, prise après avis de la CNCTR. Ce principe
de contingentement vise à garantir que les services ne recourent aux techniques
concernées que dans les seuls cas de nécessité d’intérêt public prévus par la
loi », précise le
rapport.
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