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Les
261 auditeurs de justice de l’École nationale de la magistrature ont fait leur
rentrée dans l’établissement le 2 février, salués par la directrice Nathalie
Roret. Le début de cette formation de 31 mois a été marqué par la
traditionnelle prestation de serment, le 10 février.
La directrice de l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) Nathalie Roret a accueilli, le mercredi 2 février dernier, 258 des
261 élèves-magistrats de la promotion 2022, sa deuxième promotion depuis son
arrivée à la tête de l’établissement. « Une rentrée est toujours un
jour un peu spécial, teinté à la fois d’excitation, d’appréhension et surtout
d’envie », a-t-elle déclaré en ouverture de la cérémonie, en physique
cette fois-ci, la précédente ayant eu lieu à distance du fait de la pandémie.
Pour
la première fois, l’ENM a d’ailleurs reçu deux promotions d’auditeurs de
justice simultanément durant plusieurs jours. « Nous avons fait le
choix de privilégier un accueil en présentiel des nouveaux élèves-magistrats
malgré la présence de la promotion 2021 dans les locaux de l’ENM à cette
date. C’est une belle occasion de créer du lien interpromotion »,
précisait Sonia Desages, sous-directrice des études à l’ENM, dans un
communiqué.
Nathalie Roret a salué la diversité des origines
estudiantines et professionnelles de ces nouveaux arrivants : « Certains
l’ont fait après une première carrière, dont ils apportent l’expérience et un
regard singulier. D’autres le font immédiatement après leurs études, mais
également avec des parcours variés. » 151 auditeurs de justice de
cette nouvelle promotion sont issus du 1er concours d’accès à
l’école, soit 58 %. Sept de ces nouveaux entrants sont d’anciens élèves
des classes prépa talents de Bordeaux, Douai et Paris. L’occasion pour la
directrice de rappeler que deux nouvelles classes ont ouvert à Orléans et Lyon,
en 2021. « J’espère de tout cœur que, l’année prochaine, des élèves
issus des territoires où sont implantées ces nouvelles classes vous
succéderont », a souhaité celle qui dirige l’école depuis 2020. Quant
aux autres élèves, 35 d’entre eux ont été reçus au deuxième concours ouvert aux
fonctionnaires (13 % de la promotion), 10 ont intégré l’école grâce au
troisième concours réservé aux personnes ayant huit années d’activité dans le
domaine privé (4 % de la promotion), et enfin, 65 élèves ont été recrutés
hors concours : 62 au titre de l’article 18-1 et trois au titre de
l’article 18-1 2° b. Sur l’ensemble de la promotion, 45 % ont obtenu
un baccalauréat économique et social et 38 % un baccalauréat scientifique
ou équivalent. 56 auditeurs de justice issus du premier concours ont perçu des
bourses durant leurs années d’études supérieures. Ils représentent 37 % de
la promotion.
Pour ce qui est de l’expérience professionnelle, la
moitié des auditeurs de justice issus du premier concours a déjà au minimum
effectué un stage en juridiction, et ils sont à peu près tout autant à avoir
réalisé au moins un stage hors juridiction. Par ailleurs, les derniers emplois
les plus représentés parmi les élèves issus des 2e et 3e
concours ainsi que ceux issus du recrutement sur titres sont ceux de
juriste-assistant, d’avocat et de greffier des services judiciaires. « Votre
diversité est une force pour la magistrature, s’est réjouie la directrice. Elle
saura s’en saisir, s’en servir, et nous travaillons au quotidien à la
valorisation de cette diversité. » Par ailleurs, la grande majorité
des élèves-magistrats sont des femmes, et la moyenne d’âge de l’ensemble des
étudiants de cette promotion est de 29 ans, un chiffre quasi stable depuis plus
d’une décennie.
L'Ecole nationale de la magistrature, à Bordeaux.
La formation des futurs magistrats est découpée en huit
pôles, tels que « Processus de décision et de formalisation de la Justice
civile », « humanités judiciaires » ou encore « Dimension
internationale de la justice ». Elle alternera avec des périodes de stage
dans différentes juridictions et dans des cabinets d’avocats.
Les élèves-magistrats suivront une formation de 31 mois
(contre 29 mois pour la promotion précédente en raison de la pandémie),
laquelle a symboliquement été lancée par leur prestation de serment d’auditeurs
de justice, le 10 février dernier, en présence du ministre de la Justice Éric
Dupond-Moretti, de la Première présidente et du procureur général près la Cour
de cassation, Chantal Arens et François Molins, de la Première présidente de la
cour d’appel de Bordeaux Isabelle Gorce, et du procureur général Pierre-Yves
Couilleau.
Ce dernier a rappelé l’importance du serment prêté ce
jour-là : « Il ne vous aura pas, dans l’instant, chimiquement
transformé en un futur magistrat indépendant, impartial, attentif à autrui,
mais il vous aura contraint de tout faire pour le devenir. » D’autant
que l’on « rentre dans la magistrature un peu comme on rentre en
religion : par vocation », a assuré de son côté le garde des
Sceaux.
La Première présidente de la Cour de cassation a pour sa
part insisté sur l’indépendance dont devront faire preuve les futurs
magistrats : « difficile, mais indispensable exercice, vous ne
devrez prendre en compte que les seules considérations factuelles et juridiques
de la procédure, pour faire prévaloir la vérité judiciaire ». La
directrice de l’ENM a quant à elle évoqué le sujet de l’impartialité de la
Justice : « Vous allez devenir magistrats car vous voulez servir
la Justice, avec indépendance et fidélité à ses principes, partout où il le
faudra, à chaque fois qu’il le faudra. »
En écho, François Molins est revenu sur la légitimité du
magistrat, qui « réside également dans son aptitude à susciter
l’adhésion aux pouvoirs dont il est investi et aux décisions qu’il prend en
application de ses pouvoirs ». Légitimité beaucoup remise en cause
dernièrement, comme l’a souligné la Première présidente de la cour d’appel de
Bordeaux, qui s’est exprimée au sujet de la perte de confiance des Français
envers la Justice. « L’institution judiciaire n’est pas épargnée par
cette crise de confiance. Si nos concitoyens expriment leur attachement à la
valeur Justice comme condition du vivre-ensemble, ils n’épargnent pas en
revanche l’institution lorsqu’il s’agit de décrire son fonctionnement. »
Sur la question du vivre-ensemble, les relations
avocats-magistrats sont également un sujet phare qui revient d’année en année.
À ce titre et depuis la rentrée, les premières semaines d’école ont été
marquées par de nombreux échanges avec des avocats : 93 élèves-avocats ont
notamment assisté à des ateliers sur les représentations de leurs métiers respectifs,
le 9 février dernier.
Alexis Duvauchelle
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