Rentrée de la promotion 2022 de l’ENM : les élèves-magistrats face à l’objectif d’indépendance de la justice


mardi 15 mars 2022 à 09:005 min

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Les 261 auditeurs de justice de l’École nationale de la magistrature ont fait leur rentrée dans l’établissement le 2 février, salués par la directrice Nathalie Roret. Le début de cette formation de 31 mois a été marqué par la traditionnelle prestation de serment, le 10 février.

 


 

La directrice de l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) Nathalie Roret a accueilli, le mercredi 2 février dernier, 258 des 261 élèves-magistrats de la promotion 2022, sa deuxième promotion depuis son arrivée à la tête de l’établissement. « Une rentrée est toujours un jour un peu spécial, teinté à la fois d’excitation, d’appréhension et surtout d’envie », a-t-elle déclaré en ouverture de la cérémonie, en physique cette fois-ci, la précédente ayant eu lieu à distance du fait de la pandémie.

Pour la première fois, l’ENM a d’ailleurs reçu deux promotions d’auditeurs de justice simultanément durant plusieurs jours. « Nous avons fait le choix de privilégier un accueil en présentiel des nouveaux élèves-magistrats malgré la présence de la promotion 2021 dans les locaux de l’ENM à cette date. C’est une belle occasion de créer du lien interpromotion », précisait Sonia Desages, sous-directrice des études à l’ENM, dans un communiqué.

 

 

Une promotion plurielle

Nathalie Roret a salué la diversité des origines estudiantines et professionnelles de ces nouveaux arrivants : « Certains l’ont fait après une première carrière, dont ils apportent l’expérience et un regard singulier. D’autres le font immédiatement après leurs études, mais également avec des parcours variés. » 151 auditeurs de justice de cette nouvelle promotion sont issus du 1er concours d’accès à l’école, soit 58 %. Sept de ces nouveaux entrants sont d’anciens élèves des classes prépa talents de Bordeaux, Douai et Paris. L’occasion pour la directrice de rappeler que deux nouvelles classes ont ouvert à Orléans et Lyon, en 2021. « J’espère de tout cœur que, l’année prochaine, des élèves issus des territoires où sont implantées ces nouvelles classes vous succéderont », a souhaité celle qui dirige l’école depuis 2020. Quant aux autres élèves, 35 d’entre eux ont été reçus au deuxième concours ouvert aux fonctionnaires (13 % de la promotion), 10 ont intégré l’école grâce au troisième concours réservé aux personnes ayant huit années d’activité dans le domaine privé (4 % de la promotion), et enfin, 65 élèves ont été recrutés hors concours : 62 au titre de l’article 18-1 et trois au titre de l’article 18-1 2° b. Sur l’ensemble de la promotion, 45 % ont obtenu un baccalauréat économique et social et 38 % un baccalauréat scientifique ou équivalent. 56 auditeurs de justice issus du premier concours ont perçu des bourses durant leurs années d’études supérieures. Ils représentent 37 % de la promotion.

Pour ce qui est de l’expérience professionnelle, la moitié des auditeurs de justice issus du premier concours a déjà au minimum effectué un stage en juridiction, et ils sont à peu près tout autant à avoir réalisé au moins un stage hors juridiction. Par ailleurs, les derniers emplois les plus représentés parmi les élèves issus des 2e et 3e concours ainsi que ceux issus du recrutement sur titres sont ceux de juriste-assistant, d’avocat et de greffier des services judiciaires. « Votre diversité est une force pour la magistrature, s’est réjouie la directrice. Elle saura s’en saisir, s’en servir, et nous travaillons au quotidien à la valorisation de cette diversité. » Par ailleurs, la grande majorité des élèves-magistrats sont des femmes, et la moyenne d’âge de l’ensemble des étudiants de cette promotion est de 29 ans, un chiffre quasi stable depuis plus d’une décennie.




L'Ecole nationale de la magistrature, à Bordeaux. 

 

 

31 mois pour « tout faire pour devenir magistrat »

La formation des futurs magistrats est découpée en huit pôles, tels que « Processus de décision et de formalisation de la Justice civile », « humanités judiciaires » ou encore « Dimension internationale de la justice ». Elle alternera avec des périodes de stage dans différentes juridictions et dans des cabinets d’avocats.

Les élèves-magistrats suivront une formation de 31 mois (contre 29 mois pour la promotion précédente en raison de la pandémie), laquelle a symboliquement été lancée par leur prestation de serment d’auditeurs de justice, le 10 février dernier, en présence du ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, de la Première présidente et du procureur général près la Cour de cassation, Chantal Arens et François Molins, de la Première présidente de la cour d’appel de Bordeaux Isabelle Gorce, et du procureur général Pierre-Yves Couilleau.

Ce dernier a rappelé l’importance du serment prêté ce jour-là : « Il ne vous aura pas, dans l’instant, chimiquement transformé en un futur magistrat indépendant, impartial, attentif à autrui, mais il vous aura contraint de tout faire pour le devenir. » D’autant que l’on « rentre dans la magistrature un peu comme on rentre en religion : par vocation », a assuré de son côté le garde des Sceaux.

La Première présidente de la Cour de cassation a pour sa part insisté sur l’indépendance dont devront faire preuve les futurs magistrats : « difficile, mais indispensable exercice, vous ne devrez prendre en compte que les seules considérations factuelles et juridiques de la procédure, pour faire prévaloir la vérité judiciaire ». La directrice de l’ENM a quant à elle évoqué le sujet de l’impartialité de la Justice : « Vous allez devenir magistrats car vous voulez servir la Justice, avec indépendance et fidélité à ses principes, partout où il le faudra, à chaque fois qu’il le faudra. »

En écho, François Molins est revenu sur la légitimité du magistrat, qui « réside également dans son aptitude à susciter l’adhésion aux pouvoirs dont il est investi et aux décisions qu’il prend en application de ses pouvoirs ». Légitimité beaucoup remise en cause dernièrement, comme l’a souligné la Première présidente de la cour d’appel de Bordeaux, qui s’est exprimée au sujet de la perte de confiance des Français envers la Justice. « L’institution judiciaire n’est pas épargnée par cette crise de confiance. Si nos concitoyens expriment leur attachement à la valeur Justice comme condition du vivre-ensemble, ils n’épargnent pas en revanche l’institution lorsqu’il s’agit de décrire son fonctionnement. »

Sur la question du vivre-ensemble, les relations avocats-magistrats sont également un sujet phare qui revient d’année en année. À ce titre et depuis la rentrée, les premières semaines d’école ont été marquées par de nombreux échanges avec des avocats : 93 élèves-avocats ont notamment assisté à des ateliers sur les représentations de leurs métiers respectifs, le 9 février dernier.

 

Alexis Duvauchelle

 

 

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