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Si la médiation animale, qui consiste en un accompagnement à visée thérapeutique d’un animal auprès d’une personne vulnérable, ne date pas d’hier, son développement ne cesse toutefois de croître et de gagner en adhésion auprès des professionnels et publics concernés. Le milieu judiciaire ne fait pas exception et voit poindre de nouvelles initiatives aux bénéfices prometteurs. Cette série revient sur quelques-unes des actions menées par des professionnels passionnés.
· Les chiens d’assistance judiciaire, un dispositif « victime de son succès »
· Quand des animaux de ferme au passé difficile aident les détenus à se réinsérer
· Devant un chien, un mineur incarcéré « n’est plus
un délinquant, c’est un enfant »
Grâce à l’intervention de
l’Association française de thérapie assistée par l’animal (AFTAA) dans les établissements pénitentiaires pour mineurs, les jeunes en détention font tomber leur posture sociale face aux
chiens médiateurs, qui agissent alors comme un catalyseur. Une présence canine qui
participe à remplir les axes de travail donnés par la PJJ et à libérer la parole.
« Quand la direction de la Protection
judiciaire de la jeunesse nous confie un jeune détenu, elle nous donne
aussi des axes de travail », explique Baudouin Duriez. Formé en zoothérapie,
l’homme a fondé l’AFTAA, l’Association française de thérapie assistée par
l’animal - au départ « AZP » - en 2006.
Aujourd’hui, l’association est
composée de 16 toutous médiateurs dont 12 en activité, tous des golden
retriever, une race réputée pour sa sensibilité et son affection, et d’une
équipe pluridisciplinaire de professionnels (ergothérapeute, psychomotricienne,
psychologue…) formés par la suite à la médiation. Et s’ils se rendent
principalement dans des structures médicalisées, certains binômes interviennent
aussi en pénitentiaire, notamment pour accompagner des jeunes en foyer et dans
des établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM).
Adoptés à l’âge de deux mois
et demi, les chiots sont placés en famille d’accueil, suivent des cours
d’éducation canine toutes les semaines et se rendent déjà dans les milieux
pénitentiaires « pour s’imprégner des lieux, des odeurs : ainsi, quand
ils commencent à travailler à 18 mois, ces lieux ne leur sont pas
inconnus », détaille Baudoin Duriez.
« La parole se libère
plus facilement »
Auprès des jeunes détenus, les
binômes sont orientés vers les mineurs qui rencontrent le plus de difficultés.
L’animal, qui arrive avec son « partenaire » humain - lequel n’est « pas
catalogué pénitentiaire » (et rarement identifié comme un
professionnel de santé) -, a tendance à apaiser immédiatement le jeune,
généralement plus enclin à démarrer ou prendre part à un dialogue, rapporte
Baudoin Duriez.
Mais le chien est surtout un
facteur dérivatif : « Si la psychologue en séance avec un jeune
arrive à un ‘nœud’ dans la conversation, l’attention est reportée vers le chien :
il va jouer avec, le caresser… », illustre Baudouin Duriez. Finalement, le
chien occupe l’espace physique, de parole, et c’est là « un point
clé », affirme le président de l’AFTAA. « Le mineur n’est
jamais mis en échec et la parole se libère plus facilement. Les animaux
sont de puissants supports de communication. »
Leur présence aide notamment
à « la reconnaissance des faits et leur mise en perspective », « axes
sur lesquels on nous demande régulièrement de travailler », témoigne
Baudoin Duriez. En effet, un certain nombre de jeunes ont tendance à
dédramatiser les actes qu’ils ont commis. Le travail de l’intervenant consiste
donc à remettre ces actes en perspective dans leur esprit et à leur faire
prendre conscience de la gravité de ceux-ci.
Le chien comme support de
projection
De la même façon, plutôt que
de poser certaines questions qui pourraient être perçues comme trop directes
par le mineur - par exemple, en lui demandant comment il ressent le fait d’être
séparé de ses parents -, la psychologue se sert du canidé, en lui donnant un
rôle de projection qui permet de détourner la conversation : « tu
penses que les parents du chien lui manquent ? » ou bien « aujourd’hui
le chien semble triste, tu saurais me dire pourquoi ? ». Inconsciemment,
le jeune se projette sur l’animal et donne une réponse qui correspond « à
90 % à sa réalité ». « Le chien peut tout être en
fonction des axes de travail, et cela passe pour la pénitentiaire par la
communication au sens large, l’intégration - qui ne sont pas des plus simples
dans ce milieu ».
L’association intervient
également auprès de personnes détenues majeures purgeant de longues peines, et a
la particularité d’accompagner des adultes incarcérés reconnus coupables et
responsables de leurs actes mais présentant des troubles cognitifs ou
schizophréniques, à Château-Thierry, en Seine-et-Marne, depuis 2011. Les
séances se tiennent toutes les semaines pendant quatre mois, « même
lieu, même jour, même heure, même intervenant, même binôme, même détenu
; ce qu’on appelle le cadre thérapeutique », indique Baudoin Duriez. Les
intervenants de l’AFTAA reçoivent notamment pour « consigne » de
faire progresser les détenus sur la question de l’hygiène, afin que ceux-ci
prennent soin d’eux et de leur cellule.
Là encore, le chien fait
office de support de projection. Si l’intervenant indique qu’il n’a pas eu le
temps de brosser le chien et qu’il le fera plus tard, les détenus ont en effet
généralement le réflexe d’insister pour le faire immédiatement, donnant
l’occasion au professionnel de rebondir en leur demandant pourquoi. « Ils
vont répondre qu’il faut que le chien soit propre, et finalement, ces
arguments qu’ils utilisent pour l’animal, ils les appliqueront ensuite à
eux-mêmes de façon détournée ».
Des binômes sont également
envoyés dans des cellules sales : le chien est alors utilisé pour mettre
en évidence que la cellule est dans un tel état que même l’animal ne veut pas y
entrer. On explique aux détenus que le sol est trop collant pour l’animal ;
qu’une odeur ne lui plaît pas. « Les détenus vont alors tout mettre
en œuvre pour rendre leurs cellules plus propres afin de pouvoir accueillir le
chien la prochaine fois, et la semaine suivante, vous pouvez être sûre que la
cellule est nettoyée », relate Baudouin Duriez. « Un détenu a
voulu tellement bien faire qu’il a lavé le matin-même de la visite sa cellule à
l’eau de javel, mais a eu la main un peu trop lourde, l’air était
irrespirable ! » s’amuse-t-il.
« La motivation,
c’est l’affection »
« Ce que le détenu ne
fera pas pour lui, il le fera pour le chien, avance le président de
l’AFTAA. La motivation, c’est l’affection qu’il peut donner au chien et
l’envie d’interagir avec l’animal qui ne juge pas la personne par rapport aux
faits qu’elle a pu commettre, mais uniquement par rapport à l’interaction qu’elle
a avec lui ». Les chiens médiateurs donnent en effet du sens aux
personnes visitées, explique Baudouin Duriez. « Ils sont, avec les
intervenants, des liens d’accroche. Et une fois qu’il y a un ancrage, le
travail est un peu plus facile. »
En compagnie du chien, source
affective importante, le comportement des mineurs change par ailleurs du tout
au tout, ajoute le président de l’AFTAA. « Quand un jeune est face à
l’un de nos chiens, on retrouve un enfant. Ce n’est plus un délinquant, c’est
un enfant qui se met à quatre pattes pour jouer avec le chien ; qui pleure
quand il voit l’animal ». A contrario, dès qu’il n’est plus dans le
cadre d’une séance seul avec l’animal et qu’il retrouve ses pairs, le jeune
prend une tout autre posture sociale, observe Baudoin Duriez. « Quand avec
nos chiens, on croise des groupes dans les couloirs, ils jouent
quasi-systématiquement les indifférents ». Raison pour laquelle les
séances en EPM se font uniquement en individuel, explique-t-il.
Dans les
établissements pénitentiaires pour détenus majeurs où les séances peuvent se
dérouler en groupe, l’intervenant et le chien sont « la
porte ouverte à la communication, à l’affectif » analyse Baudouin Duriez.
« C’est important pour un détenu de se sentir aimé par un être vivant
et qu’il l’aime en retour ». La présence des chiens responsabilise également
beaucoup de détenus qui vont cantiner non pas pour eux, mais pour acheter des
croquettes pour le chien, des balles de tennis… « Ça leur donne un
engagement, une responsabilité sociale. »
Idem du côté des mineurs en
EPM. Si la séance n’est pas obligatoire, ils s’y rendent d’eux-mêmes, sans
« carotte », assure Baudoin Duriez. « On est l’activité,
l’accompagnement avec le taux d’absentéisme le plus faible qu’un EPM ait jamais
connu » se réjouit-il, confirmant l’adhésion des jeunes pour ce format.
Une adhésion qu’eux-mêmes verbalisent souvent : « On reçoit
beaucoup de lettres de jeunes qui témoignent de l’effet bénéfique de la
présence du chien, de lettres pour remercier l’association. On a régulièrement
des dessins, des poèmes ! »
Un règlement intérieur pour
préserver le bien-être des chiens médiateurs
Nala, Jackpot, Samba et leurs
compères remplissent donc leur office haut la patte. Un travail qui n’est
toutefois pas encadré en France. Alors, à défaut, l’association a élaboré son
propre règlement. Objectif : préserver le bien-être de l’animal. Les
golden retrievers de l’association ne peuvent donc pas travailler plus de trois
heures par jour, pas plus d’une heure d’affilée, avec un minimum d’une heure de
pause entre chaque heure travaillée, et leur intervention doit être limitée
dans certaines structures. « On ne peut pas dépasser un score de 9 pour
un chien dans une journée. La prison par exemple est scorée 1, un Institut
médico-éducatif (IME) est scoré 3. Avec ce système de score, un chien ne pourra
donc pas faire 3 IME dans la même journée » illustre Baudouin Duriez.
L’équilibre des canidés se fait
également en dehors de leur temps de travail, auprès de leurs familles
d’accueil, chez qui ils vivent 24h/24. « À la différence des chiens qui
restent à la maison toute la journée en attendant le retour de leur maitre, les
chiens médiateurs sont constamment avec leurs maitres avec qui ils forment les
binômes intervenants », et le reste du temps, « ils vivent la vie
de n’importe quel chien », souligne Baudoin Duriez. Ils ne travaillent
cependant pas toute leur vie, et partent pour une retraite bien méritée vers
8-9 ans.
Bien que les interventions de
l’association fassent le bonheur des patients et des détenus qu’ils
accompagnent, de nombreuses structures ne peuvent toutefois, pour l’heure, bénéficier
des séances de thérapie assistée, faute de chiens disponibles, regrette Baudouin
Duriez. « A Paris intra-muros par exemple, nous n’avons pas de
disponibilité avant janvier 2026. » Quatre nouvelles recrues devraient
toutefois arriver prochainement, à l’instar de Vanie. Actuellement en formation,
la chienne, baptisée ainsi d’après la toute première recrue de l’AFTAA, pourra
commencer à travailler en septembre 2025, dans les traces de son homonyme.
Allison
Vaslin
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