SÉRIE ­­« LA PROVENANCE DANS LE MARCHÉ DE L'ART » (1). Le marché est-il bouleversé par les règles de provenance ?


jeudi 1 août 2024 à 11:004 min

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Notre série «La provenance dans le marché de l'art»

Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série d'articles revient sur cette journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien distinctes, parfois difficiles à concilier.
  • SÉRIE ­­« LA PROVENANCE DANS LE MARCHÉ DE L'ART » (1). Le marché est-il bouleversé par les règles de provenance ?
  • Le marché de l’art qui semblait flotter sur un nuage d’allégresse se retrouve aujourd’hui confronté à de nouvelles règles portant sur la provenance des œuvres d’art.


    Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série d'articles revient sur cette journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien distinctes, parfois difficiles à concilier :

     Le marché de l’art est-il bouleversé par les nouvelles règles de provenance ? ;
     Le regard des experts sur la provenance dans le marché de l’art ;
    • Incompréhensions, difficultés de mise en œuvre comment les marchands d’art appréhendent la nouvelle règle ? ;
    • Code de déontologie des galeries d’art : le chapitre provenance ;
    • Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d’art ;
    • La face obscure du marché de l’art à l’international ;
    • Le regard des gardiens du secteur.

    Cette réglementation récente prévoit de transformer d’une manière très large la façon dont les œuvres d’art sont évaluées, collectionnées mais également vendues entre professionnels ou aux particuliers.

    L’objectif est de lutter contre le trafic, le vol d’œuvres d’arts et la contrefaçon, mais également d’offrir aux acquéreurs une meilleure transparence pour améliorer la traçabilité de leurs investissements.

    Sentiments partagés chez les différents acteurs du marché de l’art

    D’un point de vue économique, le marché de l’art a connu des évolutions significatives en 2023, comme en 2024. On estime à 65 milliards d’euros la valeur des ventes mondiales d’art en 2023. Les statistiques témoignent d’une résilience et d’une dynamique aléatoire du secteur. Le doigt aujourd’hui pointé sur la provenance des pièces échangées risque d’amplifier encore davantage cette tendance mouvante. En effet, bien que la nouvelle règle, offre plus de sécurité autour d'une œuvre d’art, elle est, d’une manière générale, saluée par les acteurs du monde de l’art, mais suscite quand même de vives inquiétudes.

    Pour Françoise Labarthe, professeur à l’Université Paris-Saclay et directrice scientifique du colloque, « la provenance est devenue un élément nécessaire du marché de l’art au même titre que l’authenticité ». La provenance d’une œuvre d’art permet en effet de connaître l’origine de l’œuvre, la parenté ou la source ainsi que son parcours à travers le temps.

    Toutefois, les acteurs du marché craignent que la règle mise en place ne vienne alourdir leur charge de travail. Ils redoutent un impact sur leurs coûts et, de fait, une augmentation de prix des œuvres d’art.

    Le marché de l’art peut-il s’adapter aux nouveaux impératifs relatifs à la provenance ?

    S’il y a encore 30 ans, la provenance connue d’une œuvre d’art était uniquement perçue comme une plus-value dans le calcul de sa valeur, aujourd’hui la réalité est tout autre. Françoise Labarthe l’assure, tous les acteurs du marché de l’art vont devoir agir. Chacun aura le devoir de se renseigner assidument sur chaque pièce. Afficher la provenance d’une œuvre d’art permet d’historiser son authenticité et de lutter contre le trafic de biens culturels. D’ailleurs, au cours de l’année 2023, de nombreux scandales impliquant de grands musées et des galeries réputées ont été révélés.

    Le Palais des beaux-arts de Lille en a récemment fait les frais avec son fameux « portrait du Fayoum », l’une de ses pièces phares. Le secret, bien gardé pendant plusieurs mois, a fini par fuiter en décembre 2023. Ce portrait funéraire égyptien du IIe siècle représentant un soldat romain a été saisie pour être examinée par l’Office centrale de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC). Il suspecte l’œuvre d’être un faux. L’absence totale de documents sur les antécédents de l’objet n’a pourtant pas éveillé de suspicion de la part du musée lors de son achat. Celui-ci a présenté son mea culpa en décembre dernier.

    « Les chercheurs sont des lanceurs d’alerte »

    La nouvelle règle portant sur la provenance dans le marché de l’art demande un effort d’éthique. Elle assure aussi une meilleure protection du patrimoine culturel. Son objectif principal consiste à dissuader le trafic florissant d’œuvre d’art. Notons que ce trafic, d’une part prive les pays d’origine de leur patrimoine culturel, et d’autre part abonde les comptes de la criminalité organisée.

    S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact réel de cette mesure sur le marché, par ailleurs dynamique, il est certain que cette règle marque un tournant dans le secteur. Elle entraine de nombreux défis, mais ses bénéfices tant en termes de transparence que de protection du patrimoine en justifie le déploiement. Pour Françoise Labarthe : « les chercheurs sont des lanceurs d’alerte ».

    Mélanie Pautrel


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