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Le marché de l’art qui semblait flotter sur un nuage d’allégresse se retrouve aujourd’hui confronté à de nouvelles règles portant sur la provenance des œuvres d’art.
Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque
sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série d'articles revient sur cette
journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de
provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien
distinctes, parfois difficiles à concilier :
• Le marché de l’art est-il bouleversé par les nouvelles règles de provenance ? ;
• Le regard des experts sur la provenance dans le marché de l’art ;
• Incompréhensions, difficultés de mise en œuvre comment les marchands d’art appréhendent la nouvelle règle ? ;
• Code de déontologie des galeries d’art : le chapitre provenance ;
• Spoliation et provenance : focus sur la restitution des œuvres d’art ;
• La face obscure du marché de l’art à l’international ;
• Le regard des gardiens du secteur.
Cette réglementation récente prévoit
de transformer d’une manière très large la façon dont les œuvres d’art sont
évaluées, collectionnées mais également vendues entre professionnels ou aux
particuliers.
L’objectif est de lutter
contre le trafic, le vol d’œuvres d’arts et la contrefaçon, mais également
d’offrir aux acquéreurs une meilleure transparence pour améliorer la
traçabilité de leurs investissements.
D’un point de vue économique,
le marché de l’art a connu des évolutions significatives en 2023, comme en
2024. On estime à 65 milliards d’euros la valeur des ventes mondiales d’art en
2023. Les statistiques témoignent d’une résilience et d’une dynamique aléatoire
du secteur. Le doigt aujourd’hui pointé sur la provenance des pièces échangées
risque d’amplifier encore davantage cette tendance mouvante. En effet, bien que
la nouvelle règle, offre plus de sécurité autour d'une œuvre d’art, elle est, d’une
manière générale, saluée par les acteurs du monde de l’art, mais suscite
quand même de vives inquiétudes.
Pour Françoise Labarthe,
professeur à l’Université Paris-Saclay et directrice scientifique du colloque, « la
provenance est devenue un élément nécessaire du marché de l’art au même titre
que l’authenticité ». La provenance d’une œuvre d’art permet en effet
de connaître l’origine de l’œuvre, la parenté ou la source ainsi que son parcours à travers le temps.
Toutefois, les acteurs du
marché craignent que la règle mise en place ne vienne alourdir leur charge de
travail. Ils redoutent un impact sur leurs coûts et, de fait, une augmentation
de prix des œuvres d’art.
S’il y a encore 30 ans, la
provenance connue d’une œuvre d’art était uniquement perçue comme une plus-value
dans le calcul de sa valeur, aujourd’hui la réalité est tout autre. Françoise
Labarthe l’assure, tous les acteurs du marché de l’art vont devoir agir. Chacun
aura le devoir de se renseigner assidument sur chaque pièce. Afficher la
provenance d’une œuvre d’art permet d’historiser son authenticité et de lutter
contre le trafic de biens culturels. D’ailleurs, au cours de l’année 2023, de
nombreux scandales impliquant de grands musées et des galeries réputées ont été
révélés.
Le Palais des beaux-arts de
Lille en a récemment fait les frais avec son fameux « portrait
du Fayoum », l’une de ses pièces phares. Le secret, bien
gardé pendant plusieurs mois, a fini par fuiter en décembre 2023. Ce
portrait funéraire égyptien du IIe siècle représentant un soldat romain a été
saisie pour être examinée par l’Office centrale de lutte contre le trafic de
biens culturels (OCBC). Il suspecte l’œuvre d’être un faux. L’absence totale de
documents sur les antécédents de l’objet n’a pourtant pas éveillé de suspicion de
la part du musée lors de son achat. Celui-ci a présenté son mea culpa en
décembre dernier.
La nouvelle règle portant sur
la provenance dans le marché de l’art demande un effort d’éthique. Elle assure
aussi une meilleure protection du patrimoine culturel. Son objectif principal
consiste à dissuader le trafic florissant d’œuvre d’art. Notons que ce trafic, d’une
part prive les pays d’origine de leur patrimoine culturel, et d’autre part abonde
les comptes de la criminalité organisée.
S’il est encore trop tôt pour
mesurer l’impact réel de cette mesure sur le marché, par ailleurs dynamique, il
est certain que cette règle marque un tournant dans le secteur. Elle entraine de
nombreux défis, mais ses bénéfices tant en termes de transparence que de
protection du patrimoine en justifie le déploiement. Pour Françoise
Labarthe : « les chercheurs sont des lanceurs d’alerte ».
Mélanie
Pautrel
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