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Le marché de l’art peut
parfois cacher une réalité occulte. Derrière un secteur avec le vent en poupe,
se dissimule un réseau complexe de pratiques douteuses, qui peut parfois remettre
en question son intégrité.
Le 19 juin 2024, L’Institut Art et Droit et le CERDI ont organisé un colloque
sur la provenance dans le marché de l’art. Cette série revient sur cette
journée consacrée au bouleversement du monde de l’art par la nouvelle règle de
provenance. De la théorie à la pratique apparaissent deux réalités bien
distinctes, parfois difficiles à concilier :
• Le
marché de l’art est-il bouleversé par les nouvelles règles de provenance ? ;
• Le
regard des experts sur la provenance dans le marché de l’art ;
• Incompréhensions,
difficultés de mise en œuvre comment les marchands d’art appréhendent la
nouvelle règle ? ;
• Code
de déontologie des galeries d’art : le chapitre provenance ;
• Spoliation
et provenance : focus sur la restitution des œuvres d’art ;
• La face obscure du marché de l’art à l’international ;
• Le regard des gardiens du secteur.
Tentons de lever le voile sur
les zones d’ombre, en explorant les responsabilités des vendeurs et des
acheteurs, ainsi que le principe de bonne foi. Lors du colloque organisé le 19
juin 2024 par l’Institut Art et Droit et le CERDI, Anne-Sophie Nardon, Avocate
au Barreau de Paris, est revenue sur le principe de bonne foi dans le marché de
l’art.
La bonne foi est une notion
juridique transversale qui se retrouve dans tous les domaines du droit. Dans le
monde de l’art, le principe de bonne foi prend une tout autre dimension compte
tenu des spécificités du marché. Les transactions d’œuvres d’art concernent
bien souvent des objets de grande valeur où l’authenticité, la provenance ainsi
que l’état de conservation peut être sujet à controverse.
Anne-Sophie Nardon, Avocate
au Barreau de Paris, rappelle que « d’un point de vue juridique, la
bonne foi se défini comme la croyance qu’a une personne de se trouver dans une
situation conforme au droit. Aussi, cette personne doit avoir la conscience
d’agir sans léser les intérêts d’autrui ». Dans le marché de l’art, la
bonne foi concerne la vérification de l’authenticité et de la provenance d’une
œuvre. Toute dissimulation ou falsification volontaire d’informations peut être
considérée comme une violation du principe de bonne foi. Anne-Sophie Nardon
ajoute que « l’honnête homme ou l’honnête femme doit agir de bonne
foi ».
Dans le droit français, la
bonne foi est toujours présumée, puisque c’est la mauvaise foi qui est à
prouver en cas de litige. Lors d’une transaction, l’acheteur a le devoir de
s’informer sur l’objet qu’il achète et le vendeur d’informer l’acheteur.
Cependant, des faits récents ont prouvé que chaque situation est contestable.
Si en théorie le vendeur d’un
objet d’art a un devoir d’information et de bonne foi auprès de l’acheteur, la
responsabilité de l’acheteur peut également être engagée face à son devoir de
s’informer. L’obligation de diligence est un concept fondamental de la
convention d’UNIDROIT de 1995.
Néanmoins, des faits récents
ont tendance à faire pencher la balance du côté du vendeur en termes de
responsabilité. En effet, le vendeur a un devoir de recherche sur la provenance
et l’authenticité de l’objet mis à la vente.
En novembre 2023, la justice
a donné raison à l’acheteur dans un litige faisant suite à la vente d’un masque
africain. En 2021, un couple d’octogénaire, qui a décidé de se séparer d’un
masque africain, a fait appel à un brocanteur qui l’a acheté pour la somme de 150
euros. Six mois plus tard, ils découvrent dans la presse que cet objet a été
revendu aux enchères à 4,2 millions d’euros. Le couple d’octogénaire qui a
demandé à la justice l’annulation de la vente de ce masque « en raison
de l’erreur commise sur l’authenticité » a été débouté. Le tribunal
s’explique : « leur négligence et leur légèreté caractérisent le
caractère inexcusable » de leur demande. Le brocanteur a pu prouver sa
bonne foi grâce à des demandes d’estimation réalisées auprès de professionnels
qui fixaient la valeur de la statue entre 100 et 600 euros.
Lors d’une transaction, le
vendeur a le devoir d’informer l’acheteur sur l’état exact et la nature de
l’objet vendu. Lorsque le vendeur est un professionnel, celui-ci doit pouvoir
renseigner l’acheteur de façon détaillée sur l’époque ou le style de l’œuvre,
la provenance présumée, le sujet de l’œuvre et ses matériaux. De fait, il doit,
autant que possible, connaître la provenance et l’histoire de l’objet.
Cependant, Anne-Sophie Nardon pose une question existentielle : « Est-ce
qu’on doit se nuire à soi-même en étalant les éventuels défauts de la chose que
l’on veut vendre pour être de bonne foi ? » Un vendeur peut être
tenté de dissimuler des informations pour ne pas perturber la vente. L’absence
de bonne foi est alors à prouver auprès des tribunaux.
Pilier fondamental des
transactions et des relations contractuelles entre le vendeur et l’acheteur, le
principe de bonne foi fait face à des défis et des remises en question à
l’échelle internationale. En effet, les conventions de l’UNESCO sur la
protection des biens culturels imposent des obligations strictes aux États
membres. Ces conventions visant à empêcher le commerce illicite d’œuvres d’art
exigent une diligence assidue dans la recherche de provenance d’un objet.
Toutefois, cette diligence peut entrer en conflit avec la pratique
traditionnelle de bonne foi, où la vérification exhaustive était pratiquée de
façon systématique.
Les conflits entre pays sur
la restitution d’objets culturels démontrent les limites des textes
internationaux et la remise en cause du principe de bonne foi. Pour Anne-Sophie
Nardon, s’il est important d’assainir le marché de l’art, l’État de droit doit
pouvoir être garanti.
Mélanie
Pautrel
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