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Le ministre de l’Intérieur s’est rendu au salon spécialisé, mardi 24 juin, pour évoquer le contexte économique mondial, de plus en plus pesant sur les entreprises. Une allocution qui a rapidement pris des airs de meeting politique.
« Il va falloir
profondément revoir les choses », « Il faut redéfinir ce qu’est l’État
», « Il faut que l’État tienne pour que la France demeure »… Mardi 24
juin 2025, Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur fraîchement élu président
des Républicains, a profité de sa présence au salon Impact PME pour livrer un
discours aux accents résolument politiques. Officiellement venu échanger avec
les entrepreneurs autour du thème « Les PME au cœur d’un monde nouveau
», il a surtout saisi l’occasion pour affûter ses arguments en vue de la
campagne présidentielle de 2027.
Le ministre avait pourtant
amorcé son intervention dans le respect du cadre imposé, se disant ravi de «
sortir des sujets régaliens » pour « parler d’économie » avec les
chefs d’entreprise. Sensible à la cause des PME et des ETI, celui qui avait été
président du conseil général de la Vendée a confié devoir une partie de sa
culture économique à ses « amis chefs d’entreprise et artisans », à la
tête de structures « enracinées, non délocalisables, inscrites dans la
profondeur de nos territoires ».
Mais très vite, son propos a
pris une autre tournure. Selon lui, les entreprises évoluent désormais dans un
contexte bien plus menaçant : « Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’il
y a dix ans », a-t-il averti, évoquant une mondialisation en pleine
reconfiguration, dominée par des blocs continentaux idéologisés. Reprenant
l’écrivain Benjamin Constant - « l’âge de la guerre est terminé, l’âge du
commerce commence » - Bruno Retailleau a souligné qu’une ère semblait
s’être refermée. « Cette phrase, c’est celle qui nous a portés depuis 1989
jusqu’à récemment. Désormais, nous sommes entrés dans un monde non pas plus
civilisé, mais plus archaïque, où ce ne sont plus le droit ou le marché qui
régulent les relations internationales, mais le rapport de force », a-t-il
analysé.
Dans cet environnement
incertain, le ministre a mis en garde contre une réduction du commerce mondial
qui pèserait lourdement sur les économies : « La leçon à tirer pour
tous les responsables politiques, c’est que dans un monde d’instabilité, il ne
faut pas en rajouter. Car l’incertitude tue la croissance. Et l’incertitude tue
la confiance ». Une référence, peut-être aussi, à la motion de censure
déposée récemment par le Parti socialiste.
L’Union européenne en
décalage avec les États-Unis ?
Autre sujet de préoccupation
soulevé par Bruno Retailleau : le décrochage économique de l’Europe face aux
États-Unis. « Désormais, la richesse, le niveau de vie… quand on fait le
ratio PIB par habitant, les Européens ont un niveau deux fois moindre que les
Américains. Alors qu’il y a peu de temps, quelques décennies, finalement, le
niveau de vie était égal. Et ça, c’est quelque chose qui a profondément changé.
» La comparaison est osée. Car si l’écart s’est effectivement creusé,
l’idée d’une égalité entre les deux puissances économiques lors des dernières
années est difficilement démontrable.
Ainsi, une étude de la Banque de France publiée le 28 février 2025
rappelle que « depuis le début des années 2000, l’écart entre les
performances économiques de l’Union européenne (UE) et celles des États-Unis
s’est élargi ». En 2000, le PIB par habitant dans l’UE représentait 68 % de
celui des États-Unis, un écart de 32 %, déjà significatif. Ce différentiel est
resté relativement stable jusqu’à la pandémie de Covid-19, avant de s’accentuer
légèrement pour atteindre 35 % en 2023.
Pour Bruno Retailleau, la
dynamique américaine s’explique par des choix politiques assumés, notamment
l’adoption de l’Inflation Reduction Act en 2022. Une loi destinée à freiner le
déficit public, réduire le prix des médicaments et investir massivement dans
les énergies propres. « Cette loi a mis la politique de décarbonation de son
économie au service de la compétitivité des entreprises américaines. Et c’est
comme ça que les Américains gagnent du pouvoir d’achat », a-t-il analysé.
Quant à la situation de la
France, elle serait, selon lui, prise « dans un étau redoutable »,
contrainte d’affronter dans les années à venir le défi des « déficits
jumeaux » : un déséquilibre simultané des comptes publics et de la balance
commerciale. Un phénomène souvent éclipsé par le seul débat sur la dette
budgétaire. « Les Français consomment beaucoup trop par rapport à ce que
l’on produit, et cela provoque un véritable décrochage », a-t-il alerté.
« Travaillez moins et
vous vivrez mieux. C'est archi faux ! »
Malgré un contexte économique
et social jugé préoccupant, Bruno Retailleau a tenu à tempérer le pessimisme
ambiant. « Je pense qu’il ne faut pas désespérer », a affirmé le
ministre de l’Intérieur, en appelant à s’inspirer des exemples venus
d’ailleurs. À ses yeux, les pays du sud de l’Europe - qui ont pu être désignés
de manière condescendante à Bruxelles sous le terme de « Club Med » -
prouvent aujourd’hui que des décisions politiques courageuses peuvent produire
des effets. « Le Portugal, malgré une crise bien plus sévère que celle que
connaît la France, s’apprête à dégager un excédent budgétaire. L’Espagne se
redresse, la Grèce va mieux, et l’Italie va ramener son déficit de plus de 7 %
à un peu plus de 3 % du PIB », a-t-il énuméré. Avant de conclure avec
optimisme : « La France a déjà traversé des périodes bien pires. Nous avons
su, à d’autres moments, prendre les bonnes décisions. Et nous avons d’énormes
atouts. »
Pour cela, le ministre a appelé à rompre avec ce qu’il considère comme des illusions ancrées depuis trois décennies. « Il faut déconstruire les mensonges sur lesquels nous vivons depuis 30 ans. Le premier, c’est le droit à la paresse. Cette idée qu’on a trop répété aux Français : “Travaillez moins, vous vivrez mieux”. C’est archi faux ! », a-t-il lancé. Une croyance qui, selon lui, aurait contribué à un appauvrissement à la fois collectif - en raison d’un endettement public croissant - et individuel, avec un pouvoir d’achat en recul. « Dans deux ans, la totalité de l’impôt sur le revenu ne suffira à peine à couvrir les seuls intérêts de la dette. Et un million de Français ont été rattrapés par le SMIC », a-t-il alerté, tout en dénonçant une fiscalité trop lourde pour les entreprises.
Enfin, le ministre s’en est
pris à une autre idée reçue : l’augmentation de la dépense publique serait la
solution à tous les maux. « La dépense publique ne crée plus la richesse, ni
la croissance, ni même la qualité du service public », a-t-il insisté. Et
d’ajouter, non sans ironie : « Si c’était vrai, nous serions déjà à
l’avant-garde du bonheur universel, puisque nous avons la dépense publique la
plus élevée d’Europe ! »
Il faut rompre avec « le
social-étatisme »
Lors de son intervention au
salon Impact PME, Bruno Retailleau a affirmé sa volonté de rompre avec « le
modèle avec lequel on vit depuis des décennies : le social-étatisme ». Un
système qu’il considère responsable de l’appauvrissement collectif, mais aussi
du décrochage français en matière de mobilité sociale. « C’est en France que
l’école dépend le plus de l’origine sociale. C’est l’école de tous les pays
européens où les résultats des élèves dépendent le plus des revenus et de la
position sociale des parents. Et on ose encore dire que c’est ça, l’école
républicaine ? Moi, ça ne me satisfait pas ! », a-t-il fustigé.
Le ministre a également
plaidé pour une réforme en profondeur des systèmes de formation, aussi bien
pour les enseignants - y compris en dehors de l’université - que pour les
étudiants, appelant à « de meilleurs parcours professionnels » et à une
entrée plus précoce sur le marché du travail. « Les jeunes devraient pouvoir
travailler plus tôt, avec moins de charges. Aujourd’hui, on entre plus tard
dans la vie active, mais en sortant plus tôt », a-t-il déploré. Une
critique qui s’est naturellement prolongée sur le terrain des retraites, Bruno
Retailleau estimant qu’ « il serait souhaitable de désétatiser la gestion du
régime général au profit des partenaires sociaux ».
À lire aussi : Antoine Armand s’adresse aux entrepreneurs : « Il vaut mieux un
budget imparfait, mais qui évolue »
Dans cette logique, Bruno
Retailleau estime qu’il est impératif de stimuler à la fois le taux d’emploi et
l’offre de travail. Mais un obstacle majeur persiste, selon lui : « la
smicardisation du pays ». Un phénomène qu’il a expliqué par le poids des
charges sur les bas salaires, aggravé par un mécanisme d’exonérations mal
calibré. « Il y a de tels niveaux de charges, avec un système de trappe à
pauvreté sur les bas salaires, que lorsqu’on veut augmenter de 100 euros ces
salaires, il faut multiplier ce montant par trois ou quatre. »
Conséquence directe : dans la
tranche comprise entre 1,1 et 1,5 SMIC, « quand vous êtes augmenté, vous
travaillez pour les autres. C’est le cas d’environ deux tiers des Français »,
a-t-il pointé. Avant de conclure, catégorique : « On ne peut pas demander
aux Français de travailler plus si le travail ne paie pas plus. » Pour lui,
une seule voie s’impose : « alléger les charges sociales » afin de « remotiver
un certain nombre de nos compatriotes ».
En France, « il faut
revoir les choses en profondeur »
Enfin, s’agissant de la
prolifération des normes, symptôme selon lui du modèle de société actuel, Bruno
Retailleau a tenu à préciser : « Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas
dit. J’aime mon pays, et quand on aime son pays, on sait que l’État y occupe
une place particulière. C’est l’État qui, en France, a créé la nation,
contrairement à l’Allemagne, à l’Italie ou à l’Espagne. Ne pas le comprendre,
c’est ignorer quelque chose d’essentiel. »
Mais, a-t-il poursuivi,
l’affaiblissement de l’État engendre un repli bureaucratique nuisible : « L’impuissance
de l’État le pousse à se réfugier dans les tracas du quotidien, à s’immiscer
dans nos vies. Un État impuissant devient un État tracassier. Tout se tient :
l’impuissance et l’inflation normative. » Pour y remédier, le ministre
appelle à une remise à plat en profondeur : « Il faut revoir les choses en
profondeur pour reconstruire un État sur ses bases essentielles, d’abord
régaliennes, mais aussi capable d’anticiper et de tracer notre avenir. »
Romain
Tardino
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