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Alors que seuls les notaires bénéficient aujourd'hui d'un accès au traitement automatisé du SPF (service de la publicité foncière) pour leurs clients, les avocats et les commissaires de justice y auront aussi droit. Sauf amendement contraire de l'ordonnance du 19 juin dernier, par les assemblées parlementaires, cet accès sera autorisé à partir du 31 décembre 2028. A la suite des élections législatives, l'actualité gouvernementale donnant priorité aux urgences, le barreau est en attente des décrets d'application de cet accès à venir.
Maître Simon Lambert (élu au CNB) a
milité avec ses confrères de l'AAPPE (Association des avocats et praticiens des
procédures et de l'exécution) pour que les avocats aient aussi voix au
chapitre. Il nous explique en quoi ce changement va améliorer la situation des
justiciables, et celle de la profession d'avocat. Il s'agit, selon le texte de
l'ordonnance publiée au Journal Officiel, de « la
mise en place, par les professions concernées, à leur charge, des outils
nécessaires pour réceptionner, exploiter et compléter les informations
transmises par l'État, ainsi que des outils de traçabilité des
consultations. » Maître Béatrice Duquerroy, commissaire de justice,
membre de la chambre nationale des CDJ nous relate la nécessité de cette
réforme pour améliorer l'exécution des décisions de justice.
Selon Béatrice Duquerroy
qui officie à Paris, les commissaires de justice consultent les services de la
publicité foncière en général pour les créances importantes et pour permettre
l’inscription d’une hypothèque, d’une saisie immobilière, voire l’engagement
d’une vente judiciaire du bien immobilier.
Pour les avocats, la
consultation du SPF est très fréquente. Le cabinet de Maître Lambert,
qui exerce au barreau de Dijon, sollicite quotidiennement le service de la
publicité foncière pour les besoins de ses clients. « Des demandes
auprès du SPF au cabinet, on en fait tous les jours. »
Réclamée par le conseil national des
barreaux depuis le 11 janvier 2018 auprès de la chancellerie, la réforme a
enfin vu le jour. « C'est l'aboutissement d'un long travail de l'AAPPE
et du CNB. » déclare Simon Lambert qui a œuvré pour ce changement avec
les associations professionnelles précitées.
Une première étape avait été franchie par
l'AAPPE, qui avait obtenu du tribunal administratif de Paris, la communication
de la convention-cadre
entre la direction des finances publiques et le CSN. Il était important de
connaître les détails de cet accord qui précise les conditions d'accès par les
notaires au service dématérialisé de la publicité foncière.
Les notaires ont un accès en quelques
secondes aux informations. Pour accéder au SPF dématérialisé sécurisé, ils
utilisent la plateforme Planète, un outil à leurs charges.
Pour les commissaires de justice comme
pour les avocats, « L'État [leur] donnera le flux de données, à charge
pour chacune des professions de disposer de l'outil pour recevoir ce flux de
données, et se connecter de manière certifiée. » explique Simon
Lambert.
Les avocats aussi financeront leur outil
pour accéder au service dématérialisé. « La profession n'est pas
satisfaite de devoir passer à la caisse mais on va continuer à
travailler. » déclare l'avocat. « Pourquoi des usagers d'un
service public que nous sommes devraient financer sur leurs propres deniers,
les conditions d'accès à ce service public ? »
Pour autant, « C'est normal de
payer un accès à un service dématérialisé, mais le problème c'est que tout le
monde n'y a pas accès en 2024. » poursuit-il. À l'heure actuelle, les
usagers du service de la publicité foncière doivent en effet s'acquitter du
paiement d'un montant de 12 euros (au minimum selon les demandes) pour avoir
les informations qu'ils réclament. Si l'accès dématérialisé n'est pas encore
autorisé, le télépaiement non plus. La somme doit être acquittée par chèque.
Pour les commissaires de
justice « Des mécanismes d'accès centralisés et automatisés réduisent
les coûts administratifs et le temps consacré par les CDJ à la recherche
d'informations. Cela permet une allocation plus efficace des ressources et
réduit les frais de gestion pour les administrations. »
En conclusion, la chambre
nationale des commissaires de justice se félicite de cette avancée mais déplore
que l’accès à l’information sur les justiciables soit encore long et souvent
difficile voire impossible entrainant des procédures infructueuses et des frais
inutiles restant à la charge des justiciables. Ce sera donc encore le
justiciable qui paiera le prix de cet accès.
Selon Simon Lambert (CNB), il faut
attendre un délai de 15 jours pour chacune des demandes. Le problème avec ces
délais, c'est que les avocats sont empêchés dans leurs activités, notamment
dans le cadre des procédures civiles, dans lesquelles des délais sont prescrits
pour agir en justice ou faire exécuter les décisions.
Ce blocage d'accès est injustifié quant à
la durée des traitements de ces demandes qui se font par voie postale (encore
aux frais du professionnel).
Pour Béatrice Duquerroy
(CDJ), s’il est vrai que l’article L152-1 du code de procédures civiles
d'exécution permet aux commissaires de justice d’interroger les
administrations, en pratique malheureusement ils ont un très faible taux de
réponse, à l’exception de l’administration des impôts. En outre, les délais de
réponses quand elles existent, sont plus ou moins longs (de quelques semaines à
plusieurs mois). « C’est l’exécution qui se trouvera améliorée et les
délais puisque lorsque l’accès est dématérialisé et le délai de réponse est
quasiment immédiat contrairement à ce qui se passe actuellement et qui dépend
des durées de traitement de chaque conservation d’hypothèques. »
Maître Béatrice Duquerroy
L’accès à l’information est
donc primordial pour les commissaires de justice afin de leur permettre
d’assurer correctement la signification des actes extra-judiciaires et une
exécution efficace des décisions de justice.
« C’est une avancée
significative pour l’exécution des décisions de justice » qui évitera, selon maître Duquerroy, leurs ralentissements.
Afin de pouvoir exercer
leur activité, les commissaires de justice ont besoin d’informations
actualisées. « Un accès direct et dématérialisé à certains organismes
permettrait de simplifier l’obtention de renseignement et de remplir au mieux
son obligation de conseil et de modération envers leur mandant et d’éviter des
frais frustratoires et disproportionnés. ». Béatrice Duquerroy ajoute
que de fait « les informations que les commissaires de justice peuvent
recueillir ne leur permettent pas toujours d’effectuer des actes utiles pour
leur mandant ce qui peut créer une certaine frustration pour ces derniers, mais
également pour le débiteur. »
Le notariat a accès depuis 2006 au
service dématérialisé de la publicité foncière, et peut, par un système de
sécurité exploiter les informations sur les immeubles. Bien que les notaires
bénéficient d'un monopôle pour assurer la sécurité juridique en matière de
publicité foncière, le conseil supérieur du notariat n'a pas souhaité réagir
sur leur perte d'exclusivité à ce stade de la réforme. Le CSN attend de voir
paraître les décrets définissant les modalités de ce nouvel accès.
Pour entériner la réforme, il faudra que
le nouveau gouvernement dépose avant le 19 septembre prochain son projet de loi
de ratification de l'ordonnance pour qu'elle ait une valeur légale.
L'ordonnance ne sera en effet appliquée que dans 18 mois, le temps de laisser
au prochain Gouvernement la possibilité d'en préciser les modalités par voie
décrétale.
Selon le rapport du 12 novembre 2018 de
la commission de réforme de la publicité foncière, 10% des demandes effectuées
au SPF ne seraient pas dématérialisées et ne proviendraient pas des notaires.
La chambre nationale des huissiers de justice préconisait déjà, le 1er février
2018, un accès aux informations sur la composition du patrimoine immobilier
pour le recouvrement de créances. Les Commissaires de justice sont officiers
publics et ministériels au même titre que les notaires.
Cette réforme pourrait être
particulièrement faste pour les administrateurs d'immeubles (huissiers
effectuant des missions de syndic et de gestion locative), pour lesquels
l'accès rapide aux documents leur permettra de mettre en œuvre les procédures
d'exécution plus rapidement. Les CDJ y auront donc aussi accès et « C'est
normal, au même titre que les citoyens. » rajoute l'avocat qui se
satisfait de la fin d'une rupture d'égalité entre les professionnels concernés
par l'ordonnance.
Antonio
Desserre
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