Surpopulation carcérale : les pouvoirs publics de nouveau épinglés par le barreau de Paris


mardi 2 janvier 2024 à 15:412 min

Écouter l'article

Alors que le nombre de personnes détenues en France ne fait qu’augmenter, le barreau appelle à réfléchir « urgemment » à un « mécanisme de régulation carcérale » pour remédier aux conditions de détention « extrêmement dégradées ».

Jusqu’à la fin de l’année 2023, les conditions de détention dans les prisons françaises auront fait parler d’elles.

Dans un communiqué du 31 décembre dernier, le barreau de Paris a de nouveau exprimé ses préoccupations vis-à-vis des conditions de détention dans les prisons, témoignant d’un nombre record : 75 677 personnes sont à ce jour détenues, soit 1 978 de plus depuis le décompte de juillet 2023.

Le 13 juillet, le barreau, « aux côtés de nombreuses autres institutions ou organisations professionnelles », avait déjà appelé les pouvoirs publics à réagir en proposant des moyens concrets « pour faire cesser cette suroccupation carcérale, notamment en réfléchissant à un mécanisme de régulation carcérale ». Une demande réitérée par le plus grand barreau de France, qui rappelle également le taux suroccupation atteint en moyenne les 140 % puisque 61 359 places « seulement » sont opérationnelles.

En cause, les conditions de détention fortement affectées, puisque « les maisons d’arrêt, qui accueillent les personnes en détention provisoire ou condamnées à de très courtes peines de prison, vivent dans des condition extrêmement dégradées », rapporte le barreau.

Le barreau tacle un gouvernement « sourd »

Au-delà des chiffres d’incarcération jamais atteints, le barreau de Paris témoigne dans ce même communiqué de sa colère envers le gouvernement « sourd aux expériences et demandes des personnels », et ce malgré « les promesses incessantes mais intenables ».

Il pointe également que les constructions de nouvelles places et de nouvelles prisons se poursuivent alors même que des prisons pas encore sorties de terre affichent déjà un taux de suroccupation carcérale, à l’instar de celle de Gradignan prévue pour 2027, qui devrait être dotée de 630 places pour accueillir les 850 personnes actuellement détenues dans la prison voisine qui sera détruite ensuite.

Le premier barreau de France, qui estime au contraire que la décroissance carcérale permettrait d’endiguer la suroccupation, souligne « qu’au 1er juillet 2020, après le premier confinement, il y avait 58 695 personnes dans les prisons françaises. Cela a pu être fait avec de vraies décisions courageuses », épingle-t-il.

La France s’était déjà vue épinglée par la Cour européenne des droits de l’homme en 2013 et 2020 pour son taux de suroccupation et ses conditions inhumaines et dégradantes, puis de nouveau rappelée à l’ordre en juillet 2023, quelques mois après s’est fait pointée du doigt quant à la rémunération « indécente » des travailleurs en détention.

Soutenu par plusieurs institutions, le barreau parisien affirme qu’il continuera de dénoncer « encore et toujours, [de] signer des tribunes, [de] participer à des collectifs, [de] visiter des lieux de privation de liberté (…) pour dénoncer et alerter », car il s’agit là d’« une mission fondamentale propre à l’institution ordinale ».

Allison Vaslin

Partager l'article


0 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à la Newsletter !

Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.