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WeWard a récemment soufflé sa première bougie. Créée en 2019, la jeune start-up parisienne propose de monétiser le temps de marche de ses utilisateurs en transformant leurs déplacements en euros. En janvier dernier, le CHU de Nice a lancé auprès de 1 500 personnes âgées le projet « Bien vieillir », auquel participe WeWard. L’objectif : prévenir l’isolement et la sédentarité des seniors en récompensant leur activité physique. Rencontre avec son cofondateur, Yves Benchimol.
Vous avez cofondé WeWard. Quand et comment est né ce projet ?
Le projet est né de deux constats. D’abord, les dangers liés à la sédentarité. Ingénieur de formation, je travaille, comme beaucoup de développeurs informatiques, derrière un écran, et reste assis devant mon poste de travail toute la journée, sans trop me déplacer. Selon l’OMS, la sédentarité fait partie des dix premiers facteurs de « risque de mortalité dans le monde ». À cela s’ajoute le déploiement des nouvelles technologies, qui permettent désormais d’accéder à une multitude de services sans bouger de son canapé. Le confinement nous a d’ailleurs récemment prouvé qu’il était possible de vivre tout en restant enfermé chez soi.
Nous avons donc décidé de prendre le virage inverse, en créant une application qui, par un mécanisme de récompenses, vise à encourager l’activité physique des utilisateurs et à lutter contre la sédentarité.
C’est ainsi que WeWard est né en septembre 2019.
Pouvez-vous nous présenter votre application ?
Notre ambition première est d’augmenter le temps de marche des utilisateurs. Pour ce faire, WeWard monétise et récompense leurs déplacements en comptabilisant leurs pas. Nos compétences en marketing nous ont permis de développer rapidement ce projet en invitant les utilisateurs de l’application à se rendre dans les commerces partenaires. Ce déplacement, en plus d’encourager le commerce local, permet aux utilisateurs d’accumuler des points qui sont ensuite transformés en euros et versés directement sur leurs comptes bancaires, utilisés comme dons pour des associations (nous avions par exemple, pendant le premier confinement, un partenariat avec la Fondation de France, et nous travaillons aussi avec une association qui aide les enfants hospitalisés), ou convertis en cadeaux (allant d’une corde à sauter, par exemple, à un voyage à Rome).
Ce concept a vite attiré les utilisateurs, majoritairement des urbains, et les commerçants de différentes natures (restaurateurs, boulangers…). Aujourd’hui, nous nous sommes diversifiés et travaillons aussi avec des grandes marques de sport (Adidas, Décathlon, Nike…), en cohérence avec notre concept. Toutefois, nous nous refusons à établir des partenariats avec des enseignes qui seraient éloignées de nos valeurs, comme les bureaux de tabac ou les fast-foods. Nous travaillons enfin avec des musées et des collectivités qui, par le biais de notre application, invitent les utilisateurs à visiter un site ou une ville.
Nous sommes aujourd’hui présents sur toute la France, et depuis quelques semaines, nous nous sommes développés en Belgique. Si nous comptons déjà plus de 10 000 utilisateurs hors de nos frontières, nous recensons 1,5 million d’utilisateurs en France, et chaque jour, plusieurs centaines de personnes utilisent l’application.
« La sédentarité est un vrai sujet de société, et ne concerne pas que les seniors. Le problème est général, toutes tranches d’âge confondues. »
Vous participez au projet « Bien vieillir » lancé par le CHU de Nice. De quoi s’agit-il ?
Nous avons rencontré le professeur Olivier Guérin, chef du Pôle Réhabilitation Autonomie Vieillissement du CHU de Nice et président de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), qui nous a exposé le projet « Bien vieillir », destiné à inventer le modèle du Bien Vieillir et le futur de la santé. Le but est d’inciter les seniors à pratiquer une activité physique et prévenir l’isolement. Au cours de cette entrevue, nous lui avons présenté notre application et ses fonctionnalités. Notre concept est vite apparu utile dans le cadre de ce projet. Nous avons alors apporté quelques modifications à notre application, afin de la rendre plus accessible et plus facile d’utilisation.
Durant 12 semaines, 1 500 seniors ont utilisé cette application qui les encourage à pratiquer une activité physique. Le but étant d’évaluer les conséquences sur leurs capacités fonctionnelles.
Le projet a été lancé en janvier 2020. Quels sont les premiers retours ?
Il faut encore attendre que le protocole scientifique soit monté pour valider l’intérêt de l’application auprès des personnes âgées. Un questionnaire leur sera envoyé, et les retours seront par la suite analysés. Il est encore trop tôt pour en dégager de premiers résultats, mais nous sommes très heureux de pouvoir travailler avec le CHU de Nice, qui regroupe des professionnels innovants. Nous espérons aussi que ce projet sera un tremplin pour notre application et s’avèrerera utile par les séniors.
De façon générale, nous avons de très bons retours de la part de nos utilisateurs, avec lesquels nous communiquons beaucoup. Ils nous remercient, car grâce à l’application, ils s’arrêtent une station de métro plus tôt, ou préfèrent prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur, dans le but de gagner des points, et, ainsi atteindre leur objectif sur l’application. Nous remarquons en effet que de manière générale, les personnes qui utilisent l’application se déplacent plus. Même pendant le confinement, les gens avaient tendance à faire plus leur ménage, à tourner autour de leur canapé ou faire de la corde à sauter, activités comptabilisées par l’application. Nos utilisateurs sont très innovants !
En France, l’espérance de vie est de 85,6 ans pour les femmes et de 79,7 pour les hommes (chiffres de 2019). De plus, notre pays compte 1,5 million de personnes de 85 ans et plus (chiffres du ministère des Solidarités et de la Santé). Ces quelques chiffres donnent la mesure des enjeux du secteur et de l’impact du futur de la santé. Quel regard portez-vous sur ce constat ?
La sédentarité est un vrai sujet de société, mais ne concerne pas que les seniors. Le problème est général, toutes tranches d’âge confondues. Quand nous avons lancé WeWard, nous avons souhaité nous adresser à tous. Nous savons que certains enfants téléchargent l’application sur le smartphone de leurs grands-parents, et il est vrai que notre application est actuellement testée auprès d’un public plus âgé, mais notre objectif est d’aider et d’améliorer la qualité de vie du plus grand nombre.
10 000 pas journaliers sont conseillés par l’OMS. Savez-vous si cet objectif est en moyenne atteint par la majorité des Français ?
10 000 pas par jour correspondent à 7 km environ. Et nous en sommes loin ! En moyenne, nous comptabilisons 6 800 pas quotidiens, et seulement 30 % de nos utilisateurs réalisent 10 000 pas quotidiennement. Toutefois, l’objectif n’est pas d’atteindre ce chiffre à tout prix, mais de continuer à progresser en prenant conscience qu’il faut pratiquer une activité physique pour préserver son corps.
Avec les modes de transport et les pratiques professionnelles qui évoluent, diriez-vous que nous nous déplaçons moins qu’avant ?
En effet, entre l’utilisation quotidienne de la voiture et le développement du télétravail, les gens se déplacent de moins en moins. Dans les grandes villes, avec le déploiement des transports en commun, les citadins marchent davantage, mais dans les zones pavillonnaires par exemple, les déplacements se font très régulièrement en voiture. Toutefois, nous savons qu’être sédentaire augmente les risques de maladies cardiovasculaires de 30 %. C’est pourquoi nous avons construit notre projet autour du facteur motivationnel, par le biais de récompenses. Nous offrons du bien-être aux gens en les aidant à mieux se déplacer.
Enfin, quels sont vos projets à venir ?
Notre engagement auprès du CHU de Nice constitue un gros projet pour nous pour les mois à venir, puisque l’étude va durer un an.
En parallèle, nous souhaitons également poursuivre notre expansion à l’international.
Nous envisageons aussi de développer nos partenariats avec les commerçants. C’est aussi une façon de les soutenir, notamment en cette période difficile.
Enfin, nous continuons bien sûr nos campagnes pour acquérir toujours plus d’utilisateurs.
Propos recueillis par Constance Périn
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