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Lors de la Conférence de Paris, le 17 décembre dernier, Mike Henry, PDG du géant minier BHP, a évoqué les défis majeurs à venir pour le secteur.
« Pourrons-nous répondre
aux besoins [en ressources] des sept - et bientôt dix - milliards d’habitants
de la planète dans les années à venir ? » Invité mardi 17 décembre à conjecturer
sur le « futur du secteur minier » au siège du Centre de
conférences de l’OCDE, lors de la Conférence de Paris, Mike Henry, directeur
général de BHP, n’a pas caché son inquiétude.
250 milliards de dollars nécessaires
dans les mines de cuivre
Parmi les défis à relever, l’homme
à la tête du géant minier depuis 2020 a l’intelligence artificielle
dans le viseur. L’essor de l’IA, notamment via les centres de données
nécessaires à son fonctionnement, accentue la pression sur les ressources. C’est ainsi « potentiellement plus de 7 % de la demande de cuivre qui proviendra
de cet usage d’ici 2050 ».
Ces évolutions génèrent une
augmentation notable des besoins en ressources pour les deux à trois décennies
à venir, obligeant les entreprises minières à s’adapter rapidement. « Dans
les vingt prochaines années, le monde aura besoin de 70 % de cuivre en plus,
estime Mike Henry.
« Si
l’on regarde tous les minéraux et ressources présents dans la croûte terrestre,
il y en a plus que nécessaire » assure Mike Henry, PDG de BHP @ JSS
Alors que près de 250
milliards de dollars d’investissements seront nécessaires dans les mines
de cuivre dès les dix prochaines années pour satisfaire cette demande
croissante, estime le spécialiste de l’industrie minière et pétrolière, « seule
une fraction minime de projets soit actuellement lancée », regrette-t-il.
Selon lui, il faudra « que
tous les acteurs économiques ou politiques travaillent ensemble » pour
garantir l’approvisionnement en cuivre et autres ressources essentielles afin
de répondre à la demande.
Aux USA, 20 à 30 ans pour un
permis d’exploitation
Si sur la question de l’épuisement
des ressources, Mike Henry se veut rassurant - « dans la croûte terrestre,
il y en a plus que nécessaire » -, selon lui, le véritable défi n’est pas
tant la disponibilité que l’accès à ces ressources. « Il s’agit de savoir
les apporter rapidement sur le marché et de fixer un prix qui encourage les
investissements nécessaires à leur extraction. Ce qui sera un énorme challenge
», alerte-t-il.
Le directeur général de BHP
admet par ailleurs que l’industrie minière souffre de sa dimension polluante. Pour
sa survie, une approche plus responsable devient nécessaire : « le monde a
désormais besoin de plus de métaux et de minéraux, mais cela doit être fait de
manière durable. Si tel n’est pas le cas, les impacts négatifs sur la
biodiversité, l’eau et d’autres ressources seront inévitables ».
Un autre obstacle majeur,
selon lui, réside dans les lourdeurs administratives,
notamment pour obtenir les autorisations nécessaires à l’ouverture de nouvelles
mines. « Dans certaines juridictions aux États-Unis, cela peut prendre 20 à
30 ans pour obtenir un permis d’exploitation. Les gouvernements devront
simplifier et accélérer ces processus pour éviter des retards préjudiciables
», avertit-il.
L’IA pour identifier de
meilleurs gisements
En parallèle, le secteur mise
sur l’intelligence artificielle pour révolutionner ses pratiques. Face à la
raréfaction des gisements de cuivre de qualité « se trouvant très
profondément dans la croûte terrestre, il sera possible d’utiliser l’IA pour
identifier les meilleurs gisements, optimiser les forages et l’extraction, mais
aussi réduire les coûts d’investissement », explique Mike Henry.
Pourtant, les risques
demeurent si le secteur ne parvient pas à s’adapter. « Nous pourrions
assister à des hausses significatives des prix de certains métaux et minéraux.
Pire encore, ces ressources pourraient devenir des leviers géopolitiques dans
un contexte de tensions internationales, ce qui ralentirait également la
transition écologique ».
Des tensions déjà
perceptibles aujourd’hui, précise le spécialiste, à travers les perturbations
des chaînes d’approvisionnement causées par le conflit entre la Russie et
l’Ukraine ou encore dernièrement avec la pandémie du Covid-19.
Les relations internationales
au cœur de la stratégie
Les dynamiques
internationales sont par ailleurs au cœur des préoccupations stratégiques. En
Chine, par exemple, le développement économique effréné continue de multiplier
les projets immobiliers, ce qui exerce une pression accrue sur la production
d’acier et alimente la demande en matières premières telles que le cuivre.
Pourtant, Mike Henry se montre optimiste car « cette demande demeure saine,
pour l’instant soutenue par les bonnes performances de l’économie chinoise, qui
laissent entrevoir des perspectives positives, tant à moyen qu’à long terme
».
Un optimisme qu’il étend
également à l’économie américaine, résiliente à ses yeux : « Cette dernière
a maintes fois prouvé sa capacité à surmonter les crises et devrait continuer à
soutenir le secteur minier, même avec l’arrivée prochaine de Donald Trump au
pouvoir ». Toutefois, des inquiétudes émergent quant à une possible hausse
des droits de douane, un point qui reste à clarifier : « Il faut encore
attendre que tout cela devienne plus concret avant de pouvoir réellement se
prononcer mais nous sommes positifs ».
Dans tous les cas, les
priorités stratégiques de l’entreprise australienne pour 2025 sont claires,
comme l’explique son directeur : « Nous allons garder un œil attentif sur la
Chine, où la demande de matières premières reste forte, mais nous avons pleine
confiance dans les mesures du gouvernement chinois pour remettre leur économie
en selle ».
Quant à l’Europe, et plus
précisément à la France, le contexte politique « incertain »
représente une variable non négligeable à surveiller.
Romain Tardino
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