« Dans les vingt prochaines années, le monde aura besoin de 70 % de cuivre en plus »


vendredi 3 janvier 2025 à 15:384 min

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Lors de la Conférence de Paris, le 17 décembre dernier, Mike Henry, PDG du géant minier BHP, a évoqué les défis majeurs à venir pour le secteur.

« Pourrons-nous répondre aux besoins [en ressources] des sept - et bientôt dix - milliards d’habitants de la planète dans les années à venir ? » Invité mardi 17 décembre à conjecturer sur le « futur du secteur minier » au siège du Centre de conférences de l’OCDE, lors de la Conférence de Paris, Mike Henry, directeur général de BHP, n’a pas caché son inquiétude.

250 milliards de dollars nécessaires dans les mines de cuivre

Parmi les défis à relever, l’homme à la tête du géant minier depuis 2020 a l’intelligence artificielle dans le viseur. L’essor de l’IA, notamment via les centres de données nécessaires à son fonctionnement, accentue la pression sur les ressources. C’est ainsi « potentiellement plus de 7 % de la demande de cuivre qui proviendra de cet usage d’ici 2050 ».

Ces évolutions génèrent une augmentation notable des besoins en ressources pour les deux à trois décennies à venir, obligeant les entreprises minières à s’adapter rapidement. « Dans les vingt prochaines années, le monde aura besoin de 70 % de cuivre en plus, estime Mike Henry.

« Si l’on regarde tous les minéraux et ressources présents dans la croûte terrestre, il y en a plus que nécessaire » assure Mike Henry, PDG de BHP @ JSS

Alors que près de 250 milliards de dollars d’investissements seront nécessaires dans les mines de cuivre dès les dix prochaines années pour satisfaire cette demande croissante, estime le spécialiste de l’industrie minière et pétrolière, « seule une fraction minime de projets soit actuellement lancée », regrette-t-il.

Selon lui, il faudra « que tous les acteurs économiques ou politiques travaillent ensemble » pour garantir l’approvisionnement en cuivre et autres ressources essentielles afin de répondre à la demande.

Aux USA, 20 à 30 ans pour un permis d’exploitation 

Si sur la question de l’épuisement des ressources, Mike Henry se veut rassurant - « dans la croûte terrestre, il y en a plus que nécessaire » -, selon lui, le véritable défi n’est pas tant la disponibilité que l’accès à ces ressources. « Il s’agit de savoir les apporter rapidement sur le marché et de fixer un prix qui encourage les investissements nécessaires à leur extraction. Ce qui sera un énorme challenge », alerte-t-il.

Le directeur général de BHP admet par ailleurs que l’industrie minière souffre de sa dimension polluante. Pour sa survie, une approche plus responsable devient nécessaire : « le monde a désormais besoin de plus de métaux et de minéraux, mais cela doit être fait de manière durable. Si tel n’est pas le cas, les impacts négatifs sur la biodiversité, l’eau et d’autres ressources seront inévitables ».

Un autre obstacle majeur, selon lui, réside dans les lourdeurs administratives, notamment pour obtenir les autorisations nécessaires à l’ouverture de nouvelles mines. « Dans certaines juridictions aux États-Unis, cela peut prendre 20 à 30 ans pour obtenir un permis d’exploitation. Les gouvernements devront simplifier et accélérer ces processus pour éviter des retards préjudiciables », avertit-il.

L’IA pour identifier de meilleurs gisements

En parallèle, le secteur mise sur l’intelligence artificielle pour révolutionner ses pratiques. Face à la raréfaction des gisements de cuivre de qualité « se trouvant très profondément dans la croûte terrestre, il sera possible d’utiliser l’IA pour identifier les meilleurs gisements, optimiser les forages et l’extraction, mais aussi réduire les coûts d’investissement », explique Mike Henry.

Pourtant, les risques demeurent si le secteur ne parvient pas à s’adapter. « Nous pourrions assister à des hausses significatives des prix de certains métaux et minéraux. Pire encore, ces ressources pourraient devenir des leviers géopolitiques dans un contexte de tensions internationales, ce qui ralentirait également la transition écologique ».

Des tensions déjà perceptibles aujourd’hui, précise le spécialiste, à travers les perturbations des chaînes d’approvisionnement causées par le conflit entre la Russie et l’Ukraine ou encore dernièrement avec la pandémie du Covid-19.

Les relations internationales au cœur de la stratégie

Les dynamiques internationales sont par ailleurs au cœur des préoccupations stratégiques. En Chine, par exemple, le développement économique effréné continue de multiplier les projets immobiliers, ce qui exerce une pression accrue sur la production d’acier et alimente la demande en matières premières telles que le cuivre. Pourtant, Mike Henry se montre optimiste car « cette demande demeure saine, pour l’instant soutenue par les bonnes performances de l’économie chinoise, qui laissent entrevoir des perspectives positives, tant à moyen qu’à long terme ».

Un optimisme qu’il étend également à l’économie américaine, résiliente à ses yeux : « Cette dernière a maintes fois prouvé sa capacité à surmonter les crises et devrait continuer à soutenir le secteur minier, même avec l’arrivée prochaine de Donald Trump au pouvoir ». Toutefois, des inquiétudes émergent quant à une possible hausse des droits de douane, un point qui reste à clarifier : « Il faut encore attendre que tout cela devienne plus concret avant de pouvoir réellement se prononcer mais nous sommes positifs ».

Dans tous les cas, les priorités stratégiques de l’entreprise australienne pour 2025 sont claires, comme l’explique son directeur : « Nous allons garder un œil attentif sur la Chine, où la demande de matières premières reste forte, mais nous avons pleine confiance dans les mesures du gouvernement chinois pour remettre leur économie en selle ».

Quant à l’Europe, et plus précisément à la France, le contexte politique « incertain » représente une variable non négligeable à surveiller.

 Romain Tardino 

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