« En quête d’indices » : en quoi consiste ce nouveau dispositif d’appel à témoins lancé par le gouvernement ?


mardi 2 avril 2024 à 16:444 min

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Le premier « épisode » de cet outil sous forme de pastilles vidéos lancé ce matin présente l’affaire non résolue d’un « violeur au couteau » et appelle le grand public à se manifester s’il détient la moindre information permettant de faire avancer l’enquête.

« Vos témoignages sont la clef ». C’est sous cette affirmation un brin théâtrale, contenue dans la première capsule vidéo de son nouveau dispositif d’appels à témoins, que le gouvernement alpague le grand public pour tenter de recueillir des informations sur des affaires non élucidées.

Baptisé « En quête d’indices », cet outil a été présenté par les ministères de l’Intérieur et de la Justice à l’occasion d’une conférence de presse ce 2 avril au matin ; un mois après une série d’annonces concernant le Pôle cold cases du tribunal de Nanterre, créé il y a deux ans, qui doit prochainement bénéficier de moyens d’enquête supplémentaires et qui teste à l’heure actuelle des méthodes inédites de recherche de corps.

Des vidéos qui retracent les circonstances des faits

Ces vidéos d’une durée de quelques minutes, produites par la Délégation à l’information et à la communication du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, en collaboration avec le Pôle et le ministère de la Justice, précise un communiqué commun, retraceront chacune les circonstances dans lesquelles s’est produit un crime (ou une série de crimes) sur lequel enquête le Pôle. Objectif : recueillir de nouveaux témoignages pour relancer l’affaire. 

Diffusées sur le site internet du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer « dans un espace dédié », ces vidéos seront partagées sur les réseaux sociaux des deux ministères. 

Ce sont le procureur de la République et le magistrat instructeur du Pôle cold cases qui apprécieront l’opportunité de recourir, dans le cadre d’une enquête ou d’une instruction en cours, à un tel appel à témoins. La date de diffusion des pastilles relèvera également de la décision des magistrats du Pôle, après concertation avec les services d’enquête saisis.

Quant aux informations collectées dans le cadre de cette sollicitation, elles seront ensuite exploitées par l’un des services d’enquête dédiés de la Police nationale, de la Gendarmerie nationale ou de la Préfecture de Police de Paris, en fonction de l’unité en charge du dossier.  

Qui a vu le « violeur au couteau » ?

Pour son premier appel à témoins sous ce format inédit, diffusé aujourd’hui, « En quête d’indices » revient sur l’affaire du « violeur au couteau », par l’intermédiaire d’une présentation opérée par le procureur de la République de Nanterre Pascal Prache, une commandante de police au service de police judiciaire de Bayonne, et un major de police de l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). 

Dans cette affaire, un suspect aurait commis trois viols entre 2002 et 2011 selon le même mode opératoire, agressant des femmes en plein jour, dans des lieux publics et sous la menace d’un couteau.Dix jours après une agression, le 9 décembre 2011, à Gujan Mestras (Gironde), sur une femme qui regagnait son véhicule au niveau de la gare de la Hume, une seconde agression à Saint-Paul lès-Dax (Landes), près du lac de Christus, avait abouti à un rapprochement entre ces deux affaires, au vu de leur proximité temporelle et géographique, ainsi que des éléments rapportés par les deux victimes. L’analyse de l’ADN récolté avait également permis de créer un lien avec une affaire plus ancienne : le viol d’une autre femme, le 14 février 2002, à Melun, près du parc Debreuil.

La première vidéo de ce nouveau dispositif retrace les faits relatifs à l'affaire du "violeur au couteau" (capture d'écran Youtube)

En revenant sur cette chronologie, les services de police et de justice espèrent ainsi « recueillir toute information auprès des personnes qui auraient été présentes dans ces environs » pour « retracer l’itinéraire de l’auteur », mais aussi afin d’apporter « une réponse pénale aux victimes pour qu’elles se reconstruisent, et pour éviter que d’autres femmes soient victimes de ce prédateur », indiquent-ils au fil de la capsule.

Également destiné à aider les éventuels témoins, un portrait-robot est diffusé en fin de vidéo, accompagné de quelques détails. D’après les victimes, le « violeur au couteau » serait âgé de 30 à 40 ans à l’époque des faits. De petite taille (1,60-70), d’une corpulence moyenne, il aurait les yeux foncés, parlant sans accent, et était porteur, pour deux des faits perpétrés, d’un bonnet et de gants. 

Dans le sillage d’ « Appel à témoins »

« La police et la justice relancent cette affaire. On a besoin de vous ! » indique la vidéo en guise de clôture. 

Cette façon de faire appel au public - qui peut détenir des informations cruciales sans s’en douter, ou hésiter à les transmettre - s’inscrit dans le sillage de l’émission « Appel à témoins », diffusée depuis le 7 juin 2021 sur M6. Produite par C. Productions et en partenariat avec les ministères de l'Intérieur et de la Justice, consacrée à plusieurs affaires criminelles non résolues, celle-ci fait intervenir des spécialistes et des familles de victimes, et met en place un numéro vert ainsi qu’une adresse mail à disposition des téléspectateurs. 

Si elle compte seulement sept épisodes au compteur, cette dernière a déjà prouvé son intérêt : jusqu’ici, elle a déjà permis d’identifier le suspect d’une affaire, et a mis un terme à la fugue d’une jeune femme disparue. 

Bérengère Margaritelli

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