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Du 30 juin
au 1er juillet, le congrès de l’Institut Français des
Experts-Comptables et des Commissaires aux comptes (IFEC) a fait escale à
Saint-Malo. RSE, interprofessionnalité, numérisation… durant deux jours, la
cité corsaire a été le témoin de l’effervescence de la profession comptable. Le
président de l’IFEC, Christophe Priem, revient sur cette manifestation et les
principaux enjeux qui animent la profession.
Les 30 juin et 1er juillet derniers s’est tenue la 30e édition du congrès de l’IFEC.
Pouvez-vous nous présenter cet événement ?
Cette 30e édition de notre
Congrès est importante à plus d’un titre. Nous nous sommes retrouvés en présentiel après avoir lancé le 1er
Congrès virtuel de la profession en 2020 à la suite de la pandémie.
Nous avons souhaité un Congrès 100 % pratico-pratique autour de 11 ateliers
qui ont traité de sujets phares et de défis à relever pour notre
profession : facture électronique, outils numériques du cabinet,
digitalisation, blockchain et crypto-actifs, la place des néo-banques, la prévention des difficultés des
entreprises, RSE, l’audit du Fichier des Écritures Comptables, télétravail, QVT et performance globale, les sources de
financement de la formation… et une plénière sur l’interprofessionnalité.
Chaque congressiste est reparti avec
des outils clé en main pour les mettre en application dans son cabinet. Nous
avons également accueilli plus de 40 partenaires dont des start-up.
« Avec plus de 21 000 professionnels
répartis au sein de 17 000 cabinets, nous accompagnons les entreprises dans
toutes les étapes de leur vie « pour le meilleur et pour le pire »
Enfin, un volet plus festif a été
l’occasion de célébrer les 60 ans de l’IFEC en présence de nombreux présidents d’honneur
lors d’une soirée animée par un DJ de renommée internationale.
Il est revenu à Stéphanie Barneix, championne de sauvetage côtier, d’ouvrir le congrès.
Persévérance, réactivité et audace sont des qualités indispensables pour cette
aventurière de l’extrême. Quels sont les adjectifs qui selon vous qualifient
aujourd’hui au mieux l’expert-comptable ?
Je
dirais proximité, réactivité et agilité. Il doit aussi être un facilitateur et
un accélérateur.
En
effet, depuis 1945, les experts-comptables sont des acteurs de l’économie
française. Avec plus de 21 000 professionnels répartis au sein de 17 000
cabinets, nous accompagnons les entreprises dans toutes les étapes de leur vie
« pour le meilleur et pour le pire ».
L’expert-comptable
est un partenaire indispensable des petites et moyennes entreprises. Il est un
acteur de proximité, un partenaire local qui connaît leur région d’implantation
et offre les moyens de sécuriser le développement de leur activité dans les
meilleurs environnements internes et externes. Il est également un facilitateur
et un accélérateur de leur adaptation aux transformations perpétuelles de
l’environnement économique, sociétal et législatif.
La
crise économique, sociale et sanitaire que nous avons vécue l’a démontré. Les
experts-comptables ont fait preuve de réactivité et d’agilité pour rassurer,
conseiller, accompagner au quotidien les entreprises et leur permettre la
continuité de leur activité économique.
L’expert-comptable souffre d’une
méconnaissance de son métier par le grand public, qui influe inévitablement sur
son attractivité. Comment définiriez-vous le rôle de l’expert-comptable ?
Et comment rendre cette profession plus attractive ?
Force
est de constater que depuis la crise sanitaire, la profession du chiffre a été
mise en lumière par tous les médias, qu’ils soient écrits ou télévisés.
Conscient de ce rôle indéniable de partenaires des entreprises durant la crise
économique, le monde a salué les experts-comptables et les commissaires aux
comptes et nous ont qualifiés de médecins de famille des entreprises, de
partenaires de confiance, de sauveurs de l’économie, de conseillers
indispensables, de pilotes d’activité etc. Jamais la profession n’aura eu
autant de reconnaissance des acteurs économiques relayée largement par les
journalistes.
Grâce
à la connaissance de l’entreprise et à la relation de proximité avec son dirigeant,
l’expert-comptable est un partenaire de confiance pour conseiller et aider à
trouver les solutions adaptées.
L’image
d’une profession se construit aussi pendant une crise.
Nous
devons poursuivre sa valorisation, celle d’une profession active, d’une
profession solidaire, d’une profession unie, d’une profession incontournable et
engagée au service de l’intérêt général et de notre économie nationale.
Recruter,
former, monter en compétences, fidéliser : autant d’enjeux sur lesquels nous nous
positionnons pour demeurer performants et agiles. Les jeunes sont notre avenir.
Nous
devons poursuivre la montée en compétence de nos collaborateurs. Il convient
également d’attirer de nouveaux talents d’horizons divers en pratiquant de
nouveaux modèles managériaux et en individualisant les parcours. C’est bien le
professionnalisme de nos offres de services qui est l’élément majeur de notre
attractivité pour nos futurs collaborateurs et nos clients.
Durant ces deux jours de congrès, il a notamment été question
de la digitalisation des cabinets et des entreprises. Comment la profession
s’approprie-t-elle les outils numériques ?
Nul ne peut nier l’impact du
numérique dans notre vie quotidienne. La technologie a bouleversé nos habitudes
quotidiennes et nos façons de consommer. Cela influe également sur les attentes
de nos clients et des collaborateurs.
La réponse à cette nécessité
d’évolution est de digitaliser nos cabinets : mise en place de nouveaux process, évolution
vers le « zéro » papier, adoption de nouveaux outils…
À l’occasion de la grande enquête organisée
par l’IFEC en 2021 sur les éditeurs et la profession, nous avons pu observer
qu’environ 50 %
des cabinets répondants étaient « mono-éditeurs », regroupant les
principales fonctions étudiées (digitalisation, gestion électronique des
documents, comptabilité, gestion interne et commerciale, indicateurs clés pour nos clients…) dans un seul
et même outil.
Les éditeurs traditionnels limitent
souvent leurs outils, peu ouverts à l’extérieur, à la seule production
comptable des cabinets. Ils ne sont pas toujours en capacité de répondre aux
besoins que pourraient exprimer les experts-comptables qui souhaiteraient
développer de nouvelles missions au plus près des attentes de leurs clients.
Nous nous devons d’aider la profession à mener une réflexion stratégique indispensable et positionner « l’outil » au service de la stratégie et non l’inverse. Nous ne voulons plus de « prêt-à-porter », mais du « sur-mesure » !
À l’occasion de notre Congrès, la
Commission Innovation de l’IFEC a donc présenté de nouveaux outils qui ont
retenu son attention pour développer ces nouvelles missions au sein des
cabinets d’expertise comptable.
La RSE est aujourd’hui un sujet
majeur pour les entreprises. Quel regard
portez-vous sur cette responsabilité que les entreprises ont encore du mal à
s’approprier ?
En 2010, l’IFEC, par la voix de François Jegard, organisait son Congrès national à Deauville sur le thème : « Economie durable – Économie d’avenir, construisons la performance durable de l’entreprise ! » C'était le premier Congrès de la profession consacré au développement durable, à la RSE et à l’approche conjointe de la performance financière et non financière ! Ces sujets sont plus que jamais, aujourd’hui, au cœur de nos débats de société.
La responsabilité sociale et environnementale de
l’entreprise connaît aujourd’hui des développements considérables, en lien avec
une prise de conscience partagée par tous les acteurs économiques : la performance ne se mesure plus à la seule aune du profit.
Les règlementations européennes en cours (règlement
taxinomie, directive CSRD…) vont considérablement accélérer ce processus.
L’alliance du financier et de l’extra-financier est un
facteur de performance de l’entreprise, et cette performance est d’autant plus
importante qu’elle est durable.
L’attente citoyenne est claire, et elle appelle des
actions tangibles, mesurables, certifiables et certifiées.
Les professionnels du chiffre doivent sensibiliser et
accompagner les dirigeants dans cette transition et leur permettre d’accéder
aux nombreux dispositifs d’aides mis en place.
En 2024, la facture électronique
deviendra progressivement obligatoire dans les entreprises. Quels sont les
enjeux ?
En
2024, la facture électronique deviendra progressivement obligatoire pour les
assujettis à la TVA. Dans un premier temps à la réception, et ensuite à
l’émission.
Au-delà
des enjeux fiscaux, économiques et écologiques, celui pour notre profession est
crucial. En effet, la facture électronique représente une excellente
opportunité pour nous de faire valoir notre rôle de coach d’entrepreneur,
facilitateur du quotidien. Elle va également nous permettre d’accélérer la
digitalisation de nos cabinets, elle-même source de gains de productivité.
Mais
l’adoption de la facture électronique implique la maîtrise de certains points
techniques (quelle plateforme utiliser, quel est le format d’une facture
électronique…) et la
mise en œuvre de process adaptés au sein de la structure en interne (traitement
des données en temps réel, formation des collaborateurs…), mais également avec
nos clients.
L’IFEC
propose des formations aux consœurs et confrères ainsi que des webinaires et a
édité un dossier complet dans son IFEC Mag n° 71
Durant le congrès, s'est également tenu un échange sur l’interprofessionnalité, durant lequel le président de l’ACE
est notamment intervenu. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Traditionnellement, les experts-comptables, avocats,
notaires, huissiers de justice, commissaires-priseurs, administrateurs
judiciaires ou encore conseillers en propriété industrielle étaient habitués à
s’allier ou à nouer des partenariats en mode projet.
En 2015, la « loi Macron » puis les ordonnances et
décrets de mars 2016 et mai 2017 ont permis la création de Société
pluriprofessionnelle d’exercice (SPE) ayant pour objet l’exercice en commun des
professions réglementées « du droit et du chiffre » au sein d’une même structure
afin de proposer une offre sur mesure à leurs clients avec un champs de
compétences élargi.
Au cours de cette table ronde, nous nous sommes interrogés sur les opportunités de cette loi, son efficacité ou non, ses
freins.
Notre objectif était d’en tirer un bilan et tenter
d’esquisser les perspectives pour l’avenir
La mission de l’expert-comptable est
d’accompagner le dirigeant tout au long de la vie de l’entreprise, dans les
bons moments, mais aussi les plus difficiles. Quels sont les dispositifs de
prévention préalables aux procédures collectives ?
L’IFEC
a participé, dès le mois de juin 2021, à la mission commune sur les entreprises
en difficulté du fait de la Covid menée par l’ex-député Romain Grau.
Cette rencontre a été l’occasion de l’interroger et lui
faire part des remontées terrain sur les aides consenties aux entreprises, le
PGE, la dette « Covid », les améliorations souhaitées, les enjeux de la reprise
et du rebond, mais aussi sur notre rôle auprès de nos clients et/ ou au sein de « cellule de crise » sur notre territoire...
À l’IFEC, nous avons donc décidé
d’anticiper en proposant un parcours « prévention des difficultés à la
procédure collective » de 5 modules de 2h dédiés aux experts-comptables,
commissaires aux comptes et chefs de mission, car les mois à venir étaient
déterminants pour les entreprises en difficulté.
Notre objectif a été de les
informer. Alexandra Blanch, administratrice
judiciaire, a animé un atelier pratique et d’actualité pour mettre nos
professions au cœur de ces dispositifs. Comment maîtriser la boîte à outils qui peut être utilisée dans le cadre
de la prévention des difficultés des entreprises et en cas de procédures
collectives, à l’aune de l’exigibilité et des restructurations nécessaires de
certains PGE ? Les points
clés abordés ont été les suivants : état de
cessation des paiements, mandat ad hoc, conciliation, procédures
collectives, paiement de nos honoraires dans le cadre de ces procédures, procédure
d’alerte du CAC, rouages de la CCSF (Comité consultatif du secteur financier),
autant d’éléments qui n’ont désormais plus de secret pour les consœurs et
confrères à la fin de cet atelier !
Lors du congrès, vous le disiez, l’IFEC a
soufflé ses 60 bougies. L’expert-comptable n’exerce plus
aujourd’hui comme il le faisait il y a 20 ou même 10 ans. Comment imaginez-vous
le cabinet et l’expert-comptable de demain ?
Nous
sommes tous conscients qu’aujourd’hui, notre secteur n’échappe pas à une
intensité concurrentielle drastique et croissante avec l’arrivée de nouveaux
acteurs sur notre marché, favorisée par l’explosion numérique.
Nous
devons viser une organisation agile, capable de réagir et de se transformer
dans des délais courts en corrélation avec les attentes de notre marché. La
récente crise sanitaire, économique et sociale l’a démontré s’il en était
besoin.
Cette pandémie a ainsi accéléré la transformation de nos
modes de travail ayant pour corollaire une modification de nos modes de
fonctionnement avec la prise en compte du télétravail. Nos salariés ont dû
rapidement s’adapter à la situation, faire preuve d’innovation, apprendre à
revoir leur fonctionnement et à se responsabiliser.
Les nombreux défis énumérés supposent un changement de
posture, une nouvelle ambition, accompagnée d’une stratégie adaptée et de
différenciation.
Nous devons également nous réinventer et anticiper la
transformation des métiers.
Propos
recueillis par Constance Périn
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