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Lorsqu’Antoine
Bert a rejoint Pacis Lexis Family Law, fondé par l’avocate Héloïse Kawaishi en
2020, en tant que directeur stratégique, tous deux ont souhaité recentrer le
cabinet sur le client. L’idée a fini par germer de créer un cabinet dans le
metaverse, reproduction virtuelle – plus ou moins fidèle – de leurs bureaux
physiques à Paris. Objectif : une relation simplifiée et des avocats plus
abordables. Entretien.
Pouvez-vous revenir sur votre
parcours ?
J’ai
d’abord fait une licence de droit, avec, initialement, l’espoir de devenir
avocat. Au final, j’ai découvert que c’était un métier très procédurier, qui ne
m’aurait pas convenu. Sur ces entrefaites, à l’âge de 22 ans, j’ai découvert du
jour au lendemain le monde de l’entrepreneuriat à travers une série de vidéos,
et ça m’a fasciné. Pour aller plus loin, j’ai rejoint un master dans ce domaine
et j’ai commencé à entreprendre en parallèle. J’avais besoin de créer par
moi-même, et ce, sans perdre de temps ! J’ai décidé d’axer mes projets
autour du juridique. Ça n'a pas été que des succès, loin de là ! Par
exemple, au moment de la loi de modernisation de la justice du
XXIe siècle, j’ai voulu ubériser la procédure de divorce à l’amiable.
Naïvement, j’ai démarché les avocats, et j’ai fini par me rendre compte que je
n’avais pas les moyens de mes ambitions. Malgré tout, j’étais allé assez loin
dans cette démarche, et cela m’a donné une certaine expertise. Par la suite,
j’ai créé DigitalDroit, une plateforme de mise en relation avec des avocats en
droit de la famille. Celle-ci a bien marché, bien que, du fait de mon manque
d’expérience, j’aie commis quelques erreurs. Aujourd’hui, cette société existe
toujours, mais elle tourne toute seule, je l’ai mise en pilote automatique. Et
puis, il y a quelques mois, j’ai rejoint le cabinet Pacis Lexis.
Comment
vous est venue l’idée de créer votre cabinet virtuel ?
Il
y a deux ans, j’ai créé, au moment du premier confinement, un groupe d’entraide
en droit de la famille. Dans ce cadre, Maître Héloïse Kawaishi a accepté de
donner des lives, c’est de cette façon que je l’ai rencontrée. Je n’avais
jamais rencontré une avocate avec une telle compréhension des enjeux
actuels : se mettre à la place du client, lui donner de la transparence…
C’est donc assez naturellement que j’ai accepté de me mettre à son service en
tant que directeur stratégique. Alors que le cabinet en droit de la famille de
Maître Kawaishi existait depuis quelques mois déjà, nous avons essayé de le
rendre encore plus attractif, plus véloce. C’est pour cette raison que je
m’occupe des différents aspects de sa digitalisation : mise en place des
canaux d’acquisition, du CRM (ou « customer relationship
management », soit la stratégie de gestion de la relation client, ndlr),
des campagnes, de l’acquisition d’outils pouvant nous servir à gagner du temps.
Nous
avons également souhaité centrer davantage le cabinet sur l’utilisateur – telle
qu’une start-up pourrait le faire. La démarche a été progressive. Pour répondre
à la demande de clients qui n’habitent pas toujours à Paris, ou qui manquent de
temps, nous avons commencé à mettre en place la visioconférence. Sauf que cette
dernière présente plusieurs inconvénients, puisqu’on est, entre autres, obligé
d’envoyer un lien et de créer l’événement à une heure précise. Nous avons donc
fini par penser au metaverse et à envisager un cabinet virtuel, en plus du
cabinet physique (dans le 8e arrondissement de Paris, ndlr).
Quels
sont les différents objectifs qui ont motivé votre projet ?
Principalement
que nos clients se sentent pleinement intégrés. Car aujourd’hui, il faut bien
le dire, les cabinets demeurent des lieux parfois impressionnants pour
certains, mais aussi très fermés : on n’y entre pas sans avoir un
rendez-vous. Nous voulions donc rendre l’avocat plus accessible, en faisant
tomber les barrières. Dans la même veine, notre cabinet virtuel a pour ambition
de rendre les avocats davantage disponibles et tournés vers autrui : nous
souhaitions qu’ils soient connectés, qu’ils puissent donner des conférences sur
un sujet donné, qu’ils puissent discuter facilement avec leurs clients… Le but
étant vraiment que ces derniers aient un accès permanent au cabinet. Il faut
savoir que souvent, en droit de la famille, les clients vivent des choses assez
difficiles humainement et paniquent facilement : recevoir une lettre d’un
huissier, ou d’un(e) ex-compagnon (compagne) informant qu’il (elle) va demander
la garde exclusive des enfants, c’est dur. Parfois, l’avocat n’est pas
disponible pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines : le client
s’affole et peut appeler 40 fois. Avec le metaverse, il peut venir n’importe
quand, et même si l’avocat est indisponible – ce qui est indiqué par un petit
rond au-dessus de l’avatar –, il le constate par lui-même :
psychologiquement, c’est un point d’ancrage important. Et puis, il y a toujours
quelqu’un de disponible qui va pouvoir le rassurer en précisant que l’avocat
est en audience, par exemple.
Le
cabinet Pacis Lexis Family Law dans le metaverse
D’autre
part, d’un point de vue « interne » cette fois, le cabinet virtuel
permet de prolonger la vie au cabinet lorsque nous n’y sommes pas, quelle qu’en
soit la raison. L’épidémie de Covid nous donne raison sur ce point ! Par
ailleurs, l’accueil des nouvelles recrues dans le cabinet se fait beaucoup plus
simplement. La plupart du temps, dans un cabinet, lorsqu’un stagiaire arrive,
il débarque – étrangement – toujours au mauvais moment : les avocats sont
soit absents, soit au téléphone avec un client… Pas facile de s’intégrer dans
ces conditions.
Là,
tout comme les clients, ils ont forcément quelqu’un pour les accueillir. Et
grâce à l’aspect ludique, ils osent plus facilement aller voir l’un des avocats
lorsqu’ils ont une question.
Techniquement,
comment avez-vous créé ce cabinet ? Comment cela fonctionne ; à quoi
cela ressemble-t-il ?
Nous
avons travaillé sur le support lemverse, un projet en open source développé par
une société française, qui permet de construire des bureaux virtuels
personnalisés comme dans un jeu vidéo, mais aussi de fixer les règles
(variables), par exemple : prévoir une zone de visio, avoir un outil
« mute », cacher les noms des avatars présents, ouvrir un site web
lorsqu'une personne passe, etc.
Bien
sûr, notre cabinet virtuel n’est pas la réplique de notre cabinet physique, il
est bien plus grand – c’est aussi tout l’intérêt ! En plus des bureaux de
chacun, qui ont été considérablement agrandis, nous avons créé un espace de
coworking, plusieurs salles de conférences, un bureau pour les stagiaires… Ici,
la place ne vaut pas cher !
« La gamification n’empêche pas le sérieux. »
Les
membres du cabinet et les personnes invitées peuvent aller et venir dans ces
espaces, tous pourvus d’une zone de visio. Dans le bureau de chaque avocat, une
visio plus grande, plus travaillée se met en place pour un vrai
« 1-to-1 ». Actuellement, nous travaillons sur un petit détail
visuel : faire en sorte que les avatars puissent avoir une petite robe
d’avocat. Tout est dans l’accessoire !
Votre
cabinet virtuel vient d’être lancé le 2 février 2022, et c’est un outil inédit
dans le milieu. Proposez-vous systématiquement son accès aux clients ?
En
effet, nous sommes le premier cabinet d’avocats virtuel en France, et je crois
même dans le monde. Je sais que deux cabinets américains ont acheté des
parcelles sur les grands metaverses ouverts, mais ils ne poursuivent pas le
même objectif : dans leur cas, il s’agit du « grand metaverse »
où l’on vient pour se montrer, c’est marketing. De notre côté, il s’agit
vraiment d’une dynamique de bureau, avec un metaverse fermé, puisque nous
contrôlons les entrées.
Nous
ne proposons pas l’accès à tous nos clients, et tous ceux à qui on le propose
n’acceptent pas. Mais en tout cas, ceux qui nous rejoignent virtuellement
adorent ! Ils ressentent une certaine énergie, et ont vraiment le
sentiment que nous sommes centrés sur eux, que nous essayons de donner le
maximum.
Est-ce
qu’une consultation via le metaverse a une incidence sur son coût ? Par
ailleurs, une relation 100 % virtuelle est-elle envisageable ?
Les
clients sont facturés de la même manière qu'en physique, dans la mesure où le
metaverse est un support, un outil supplémentaire au profit du client et de la
communication. Actuellement, nous sommes d’ailleurs en train de mettre en place
le paiement par crypto-monnaies.
Nous
pouvons envisager une relation 100 % virtuelle mais à plusieurs
conditions : il faut que le client le souhaite, qu'aucune audience soit
nécessaire, et qu'aucun document ne nécessite une signature en présentiel.
Quel
futur pour le metaverse et les relations de travail, selon vous ?
Le
metaverse est le futur du travail, le futur des bureaux, c’est certain !
Aujourd’hui, les top start-up s’y trouvent, ainsi que la plupart des jeunes
pousses parisiennes en vogue. Pour moi, cela va de pair avec les NFT et la
blockchain… Bref, tout ce qu’on appelle le « Web3 », le web
décentralisé, avec des fondements idéologiques puissants, une façon de penser
que je trouve passionnante.
Pour
faire court, le virtuel est idéal pour les rencontres. On entre en
communication plus facilement, tout est plus fluide. On rencontre des gens
issus d’autres univers professionnels. De nouveaux clients. De nouveaux
partenaires. De nouveaux collaborateurs ou stagiaires. Cela évite de se
déplacer dans des salons, et permet de casser les codes : les gens
réinventent leur manière de fonctionner.
À
ceux qui sont circonspects sur le metaverse, ou arguent que ce n’est
« qu’un jeu », que répondez-vous ?
Ce
qui bloque la plupart des gens, c’est toujours la même chose. Quand une
technologie est moderne, récente, elle passe invariablement par trois
phases : au début, c’est ridicule, après, c’est dangereux, et enfin, c’est
évident. En ce qui concerne le metaverse, pour le moment, on en est à l’étape
« c’est ridicule » ; « ce n’est pas ça la vraie vie, les
relations ». C’est exactement le reproche que l’on faisait aux visios au
départ : « c’est absurde de voir des gens à distance ! Si on
veut rencontrer, il faut se déplacer ». Regardez où on en est aujourd’hui…
On
dit du metaverse qu’il est ludique, comme si c’était un inconvénient,
seulement, à mon sens, c’est loin d’en être un. Au contraire. On sait que les
animaux apprennent en jouant. Eh bien, les humains aussi. Aujourd’hui, tous les
secteurs ont recours au jeu. Les sociétés d’investissement, les banques en
ligne, notamment, ont une sacrée force de gamification. Cela n’empêche pas
l’apprentissage, ni le sérieux. Cela aide simplement le cerveau à se projeter.
Propos
recueillis par Bérengère Margaritelli
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