Article précédent

Alors que le procès de l’anesthésiste Frédéric Péchier doit s’ouvrir lundi 8 septembre pour quatre mois devant la cour d’assises du Doubs, la défense bataille toujours pour obtenir des moyens à la hauteur de l’affaire. Le médecin jugé pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, bénéficie d’une aide juridictionnelle (AJ) trop faible, compte-tenu de la longueur du procès, estiment les avocats du prévenu.
C’est un procès d’exception
qui va durer 4 mois et pour lesquels d’importants moyens ont déjà été engagés. L’anesthésiste
Frédéric Péchier doit être jugé à partir du lundi 8 septembre 2025 devant
la cour d’assises du Doubs, à Besançon, pour 30 empoisonnements
de patients dont 12 mortels, mais ses avocats
déplorent leurs conditions de défense.
L’un des avocats du prévenu a
déjà jeté l’éponge pour motifs financiers. Les avocats qui représentent encore
le médecin, Maîtres Randall Schwerdorffer et Lee Takhedmit, avaient déjà menacé,
mi-août, de se retirer de sa défense en raison de la faiblesse du montant de
l’aide juridictionnelle – 37 500 euros à se partager.
Un montant trop modeste
compte tenu de la longueur du procès, estime Maître Schwerdorffer : « Cette
somme couvre à peine les charges de cabinet. Elle est tellement faible qu’elle
ne couvre même pas le travail de l’avocat, la préparation du procès. Tandis
que, parmi les 54 avocats des parties civiles, deux percevront de l’État, au
total, environ un million d’euros hors taxe, car ils défendent à eux deux
la majorité des victimes. »
L’avocat bisontin dénonce
ici l'application du décret de mars 2025 concernant l'attribution des
indemnités au titre des interventions des avocats de défense et des
avocats de partie civile dans un procès pénal.
Depuis mars 2025, les
avocats des parties civiles peuvent cumuler les indemnités au titre de
l'aide juridictionnelle jusqu'à 50 parties civiles constituées avec un
barème dégressif, alors que les avocats de la défense sont sur une indemnité d’AJ de
droit commun classique, qui n'augmente pas en fonction du nombre de jours
du procès.
Jurisprudence V13 ?
L’avocat débouté devant plusieurs barreaux
Pour dénoncer cette iniquité,
l’avocat a saisi l’ordre des avocats de Besançon et demandé l’attribution à la
défense d’une partie de l’aide juridictionnelle versée aux avocats des parties
civiles, comme ce fut le cas lors du procès des attentats du 13 novembre
2015, à Paris. 10 % du montant de l'indemnité totale avaient été
prélevés de l'indemnité des avocats des parties civiles pour
permettre une rémunération plus acceptable pour les avocats de la défense.
Lors d’une réunion lundi 1er
septembre au soir, le conseil « a rejeté sa demande ».
« Cette décision se serait imposée aux avocats bisontins uniquement.
Or, ils ne sont que six à représenter 1 ou 2 parties civiles sur plus de 150
parties », a indiqué la bâtonnière de Besançon, Me Emmanuelle
Huot, contactée par le JSS.
Le conseil de l’ordre de
Besançon a cependant déploré dans sa décision « le manque de
moyens alloués par l’État » pour les avocats de la défense, « tout
particulièrement dans les procès de longue durée ».
Même demande aux barreaux d’Epinal et de Nancy, les avocats représentant la majorité
des parties civiles étant basés en Lorraine. « Pour l'instant, ces
avocats ont refusé d'appliquer la jurisprudence V13 », fait savoir Maître
Schwerdorffer. « Cela nous paraît totalement contraire aux intérêts de
la profession mais aussi à l'exercice des droits de la défense, et puis
surtout à un procès pénal équitable. »
Contacté par le JSS,
le bâtonnier du barreau de Nancy, Maître Rui Manuel Pereira, estime que « ce
n’est pas à la profession de payer par abandon de l’Etat ».
Une majoration pour les
procès longs
Saisi de cette question cet
été, le ministère de la Justice a rétorqué aux avocats qu’ils avaient accepté
de représenter leur client sous AJ, dont les barèmes sont fixés par décret, et qu’ils
devaient assumer leurs responsabilités.
« Cette réponse est
faite par quelqu'un qui ne sait pas ce que signifie gérer quatre mois de
procès », fustige la défense du Dr Péchier. « C'est vraiment
la réponse in abstracto. On nous dit, ‘’le système est mauvais, débrouillez-vous
avec’’. Cela fait huit ans que je gère ce dossier, depuis le début de la garde
à vue. Comment va-t-on faire ? Mettre deux avocats d'office avec deux
ans de barreau à trois mois du procès, et prier pour un procès équitable,
juste et digne d'un État démocratique comme le nôtre ? », dénonce
Maitre Schwerdorffer.
À lire aussi : INTERVIEW. Viols de Mazan : « Plus les avocats utilisent des moyens de défense inappropriés, moins les magistrats les écoutent
L’avocat pénal plaide pour
une révision du décret de mars 2025 : « Qu'il soit plus
adapté. Il ne s’agit pas là d’augmenter le budget de l'aide
juridictionnelle, mais de mieux répartir l'allocation des fonds entre les
avocats de partie civile et les avocats de défense. »
Et de prévoir une majoration lorsque
le procès dépasse un certain nombre de semaines. « Ce problème,
s'il y a un appel dans le procès Péchier, nous le retrouverons. Ce n'est
pas un cas isolé. Et on a de plus en plus de longs procès. Il faut mettre
les moyens pour qu'il y ait un financement équitable. »
Delphine
Schiltz
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Les plus vus
Au cœur de l'actualité !
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Abonnez-vous à la Newsletter !
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.

0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *