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Conviés par la CCI Versailles-Yvelines, les présidents des organisations représentatives des entreprises ont fait état d’un tissu entrepreneurial en mauvaise forme, en raison de la conjoncture internationale et d’une « surrèglementation ».

« L’entreprise n’est pas le problème, mais la solution ! » Guillaume Cairou, président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Versailles-Yvelines, est en mission réconfort auprès des entrepreneurs venus assister aux vœux communs aux acteurs économiques des Yvelines – les deuxièmes de ce type –, le 27 janvier dernier.
Car il faut dire que l’année 2025 aura laissé des traces dans le tissu économique du département, avec 8 500 dépôts de bilan, bien au-dessus de la moyenne habituelle de 4 500, pour seulement 7 100 créations d’entreprises, en légère hausse sur un an. Au total, les Yvelines ont donc perdu 1 400 entreprises en un an.
Un chiffre à relativiser par rapport aux 230 000 entreprises encore présentes sur le territoire, mais qui inquiète : « Quand les marges de manœuvre de nos entreprises s’effritent, c’est toute la chaîne de valeur qui s’effondre », argue Guillaume Cairou pour justifier ces mauvais résultats.
Pour lui, la solution réside dans un mot : simplification. « Les entreprises yvelinoises et leurs salariés croulent sous le poids des 400 000 normes qui pèsent aujourd’hui et s’imposent dès l’embauche du premier salarié. »
Pour Thierry Trevalinet, président du Medef Yvelines, il faut surtout ne plus se faire d’illusions sur les relations avec les autres pays : « La période de la mondialisation heureuse est terminée, a-t-il asséné. Les États-Unis protègent leurs intérêts, pas les nôtres, ni ceux de l’Union européenne, et la Chine exerce une concurrence déloyale. »
Les entreprises doivent selon lui s’adapter pour survivre à l’imprévisibilité américaine : « Les décisions prises par l’administration Trump touchent des milliers d’entreprises européennes et françaises, qui ont vu quasiment du jour au lendemain leur marché outre-Atlantique se réduire drastiquement. » Conséquence de cette imprévisibilité : le gel des investissements, et donc des recrutements.
Pour ne rien arranger, la compétitivité du pays pose question. « Le coût moyen horaire du travail en France est de 43 euros, la moyenne européenne est de 33 euros, et nous sommes six à dix fois plus chers que la Chine », rapporte Virginie Faivet, présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises des Yvelines (CPME 78). À cela s’ajoute une hausse constante de l’absentéisme, qui pèserait à hauteur de 5 % d’augmentation par an. « Si on veut que nos boîtes perdurent, le coût du travail est un enjeu stratégique, et nous pouvons tous agir sur le territoire avec des actions très simples », martèle-t-elle.
Et Thierry Trevalinet d’enfoncer le clou en pointant du doigt les facteurs de risque qui pèsent sur la France : surendettement, fiscalité excessive et une « incapacité politique à conduire des réformes de fond ». Avec une dépense publique représentant 58 % de notre PIB (contre 50 % en moyenne dans l’OCDE), et 30 % du PIB dans les dépenses sociales, la situation est jugée « insoutenable ». « La France vit au-dessus de ses moyens ! », assène le représentant du Medef dans le département, redoutant un « décrochage irréversible par rapport à ses partenaires européens et aux États-Unis et la Chine ».
L’agacement des chefs d’entreprises est également dû à une surrèglementation, assurent leurs représentants. « On n’arrête de polluer notre énergie avec tous ces décrets », lance Christophe Bouguin, président de la Fédération française du bâtiment des Yvelines, aux élus, auxquels il a annoncé vouloir « donner une petite leçon de ce [qu’il] attend [d’eux] dans les prochaines semaines ». Rejoignant les propos de Virginie Faivet sur le coût du travail, il appelle à une baisse des charges pour éviter aux employeurs de devoir « facturer 80 000 euros par an pour pouvoir donner 40 000 euros bruts à un salarié, qui ne touchera que 25 à 30 000 euros ».
Virginie Faivet appelle les services de l’État à changer de critères dans l’attribution des appels d’offres : ceux-ci reviennent régulièrement à des entreprises ayant délocalisé leur production en Chine, alors même que le pays est engagé dans une politique de réindustrialisation. Un « paradoxe » ; il faudrait selon elle prioriser en premier lieu la proximité des lieux de fabrication, notamment grâce à des critères de RSE (responsabilité sociétale des entreprises).
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Les représentants sont aussi inquiets de la mise en place à venir de la facturation électronique. « Un véritable tsunami est en train de nous arriver sur le coin de la figure », alerte Ronan Keraudren, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat IDF Yvelines, inquiet de l’impact de la réforme sur les artisans – la taille moyenne d’une entreprise artisanale dans les Yvelines étant de 2,7 salariés.
Une réforme qui pourrait pénaliser les petits entrepreneurs, redoute Virginie Faivet : « Les TPE-PME vont devoir changer leur fonctionnement, avoir des coûts supplémentaires, il y a de la charge mentale derrière. » Pour elle, si cette réforme participe à la simplification de la lutte contre la fraude à la TVA, il faut aussi, à l’avenir, que les entreprises voient leur quotidien facilité.
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