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La cohabitation provisoire et forcée d’un couple séparé dégénère un après-midi d’avril. Placage au sol, cris et flot d’insultes… Au tribunal, Monsieur, jugé pour violence, regrette. Madame, elle, manque à l’appel pour défendre sa version des faits.

Droit, les bras croisés derrière le dos, franc et audible, Anthony* veut bien reconnaître une partie des faits. Oui, il a mis son ex-femme au sol, au cours d’une dispute dans leur appartement en avril dernier. Non, il ne lui a pas porté de coups de poings après l’avoir immobilisée, comme elle l’affirme dans sa plainte. Ce geste, un placage, il le connaît. Dans la vie, Anthony est CRS.
A la barre, ce gardien de la paix de 27 ans explique que la situation est tendue depuis que le couple, séparé depuis plusieurs mois, cohabite encore pour des raisons financières, le temps de vendre leur bien. Dans sa version à lui, c’est Madame qui en rentrant se met à lui hurler dessus et à l’insulter. « Depuis la séparation, il y a un gros changement dans notre relation : ça faisait huit ans qu’on était ensemble », lâche-t-il.
« Ce jour-là, j’en pouvais plus de ses cris et de ses insultes. Je lui ai demandé d’arrêter, mais impossible. Alors, je l’ai prise par les épaules, je l’ai mise au sol pour la calmer. Elle m’a craché dessus, m’a griffé au visage. Je l’ai relâchée après un instant », raconte-t-il au tribunal correctionnel de Melun ce 4 août.
« Pourquoi n’êtes-vous pas parti quand elle vous criait dessus ?, demande la juge.
– J’étais dans l’incapacité de partir sur le coup, je voulais calmer le jeu.
– Est-ce qu’elle pleurait ?
– Non.
– Madame a déclaré que oui. Elle ment ? Dans quel but ?
– Je ne vois rien qui l’explique.
– Mettre quelqu’un au sol, c’est impressionnant, vous ne trouvez pas ?
– Mon ex-compagne connaît ça : elle est surveillante de prison.
– Ça vous semble proportionné ?
– C’était de la légitime défense.
– Pourquoi ne pas être allé voir la police dans ce cas ?
– Je savais qu’elle s’y rendait aussi pour porter plainte. J’étais sous le choc. »
Aux enquêteurs, Madame décrit son ex-conjoint comme « impulsif » : « Il me balance souvent des objets, fouille dans mes affaires, même s’il s’est calmé depuis qu’il est gardien de la paix ».
Le procureur, lui, relève que « certains auditionnés le voient comme quelqu’un de grossier et de colérique ». « Pas plus qu’un autre », rétorque le prévenu. « Les personnes que vous mentionnez, je ne les ai pas vues depuis plusieurs années et croisées deux ou trois fois tout au plus dans ma vie. Je ne suis ni colérique, ni impulsif. Je n’ai pas un vocabulaire très élaboré. Des fois, j’utilise des grossièretés faute de mots », se défend le prévenu avec calme.
– Comment décririez-vous vos huit années avec Madame ?, demande à son tour l’avocate du prévenu.
– De belles années, avec des bas et des hauts comme en connaissent tous les couples. Sans violence ni de son côté, ni du mien.
Il ajoute : « Ça se termine, c’est la vie. Maintenant je souhaite tourner la page. Qu’elle soit le plus heureuse possible et moi aussi. »
– Vous lui reprochez des choses aujourd’hui ?, s’inquiète la présidente du tribunal
– Non, c’est juste un énorme gâchis. Cette fin, je la regrette.
– Est-ce que vous acceptez la rupture ?
– Complètement. Je lui souhaite d’être aimée. »
Placé sous contrôle judiciaire, Anthony a respecté l’interdiction de contact avec la plaignante, celle de paraître au domicile, ainsi que l’obligation de soins ordonnée par la justice jusqu’à son procès.
Lors des réquisitions, le procureur regrette l’absence de la plaignante, « qui ne permet pas de faire pleinement la lumière sur deux versions qui s’opposent ». Reste que pour le parquet, la légitime défense n’est pas caractérisée. Le geste du CRS n’est « ni proportionné ni nécessaire ». « Monsieur avait évidemment d’autres moyens de mettre un terme à cette dispute », appuie le procureur. Pour autant, seul le placage est démontré, reconnu par le prévenu lui-même. Pour les coups de poings, il n’y a pas de preuve probante.
La photo versée au dossier ne montre qu’une petite égratignure sur l’avant-bras de Madame. Plusieurs éléments jouent par ailleurs en faveur du prévenu : l’absence de condamnation antérieure, le fait qu’il « regrette son geste » et sa fonction « noble » de CRS. « Elle vous oblige à un devoir d’exemplarité », tance cependant le procureur de la République.
Il requiert un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales, cinq mois de prison avec sursis si ce dernier n’est pas exécuté, ainsi qu’une interdiction de paraître au domicile de la victime pour une durée de trois ans. Pour lui, la condamnation peut être exclue du casier judiciaire.
« La violence n’épargne pas les femmes », plaide de son côté l’avocate du prévenu, qui décrit une « réciprocité de blessures de part et d’autre ». Elle met en avant les déclarations constantes de son client et un acte « isolé » : « Monsieur a été sidéré d’en arriver à ses proportions. Il a essayé de canaliser la situation. Son geste est violent mais sans intention de violence. »
Le tribunal suit les réquisitions du procureur et fait droit à la dispense d’inscription au casier judiciaire demandée par la défense. « Des désaccords dans la vie, ça arrive souvent. Ce stage vous invite à vous remettre en question, Monsieur », conclut la juge.
*Le prénom a été changé
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