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Dans ce cas de harcèlement scolaire aux faits gravissimes, le tribunal administratif de Versailles a condamné l’Etat, vendredi 21 mars, à verser 92 000 euros à la famille du collégien qui avait mis fin à ses jours en 2018 à son domicile de Saintry-sur-Seine.
Une avancée notable dans le
traitement des affaires de harcèlement scolaire ? C’est en tout cas une
décision peu commune : le tribunal administratif de Versailles a donné
raison à la famille de Thybault Duchemin, 12 ans, élève victime de harcèlement
scolaire et décédé en 2018 chez lui, en Essonne, après avoir mis fin à ses
jours.
Reconnaissant le préjudice
moral vécu par la famille du jeune garçon, la juridiction est allée dans son
sens, vendredi 21 mars, en condamnant l’administration à des intérêts qui s’élèvent au total à 92
000 euros.
Des « défaillances »
dans la prise en charge
L’instruction a montré que l’établissement
dans lequel était scolarisé le collégien, situé à Saint-Germain-lès-Corbeil, avait
fait preuve de « défaillances » dans la prise en charge des
faits, malgré un changement d’établissement intervenu quelques mois avant le
drame. Les juges ont estimé en particulier que l’administration ne justifiait
pas avoir pris les sanctions qui s’imposaient à l’encontre des élèves mis en
cause.
Pour le tribunal
administratif, « l'absence de mesures proportionnées face à la gravité
des faits subis par un élève [révèle] un défaut d'organisation du service
public de l'enseignement ». Il conclut que l'administration avait
commis une faute de « nature à engager la responsabilité de l'État ».
À lire aussi : (92) Harcèlement scolaire et jeunes en difficulté comme
thématiques du Festival judiciaire des Hauts-de-Seine
Dans sa décision, la 7e
chambre de la juridiction versaillaise relève entre autres que la direction de
l’établissement et les enseignants, pourtant informés des faits par les parents
mais également par la victime, n’avaient mis en œuvre aucune disposition de
protection à l’égard de l’adolescent, « les mesures de médiation et de
vigilance mises en place [s’étant] manifestement révélées insuffisantes ».
De plus, rappelle le
tribunal, le rectorat avait mis en avant le fait que le collégien « pouvait
avoir lui-même un comportement inapproprié voire violent avec ses camarades ».
Ce dernier, dont la « santé psychologique s’était fortement dégradée »
avant son passage à l’acte, était victime de menaces de mort, de violences
physiques et de nombreuses humiliations.
Interrogée par Le Parisien,
la mère de l’adolescent, Karine Duchemin, est revenue sur les faits : « Des
adultes n’auraient pas supporté ce qu’il a subi. J’ai du mal à comprendre que,
parce que ce sont des enfants, cela devienne acceptable. »
« Mieux former les
agents et les enseignants »
Les parents du jeune garçon
ont, depuis le drame, fondé une association de lutte contre le harcèlement
scolaire, Elève ta voix : « Ces synergies font partie de la
solution », soulignent-ils sur la page Facebook dédiée à la mémoire de
leur fils.
Réagissant à la décision de
justice dans un communiqué, la famille de Thybault met en avant les besoins de
former les professionnels de l’éducation : « Espérons que la
décision rendue par le juge administratif constitue une mesure incitative pour
que l’Etat se donne les moyens de former ses agents et enseignants à mieux
prendre en compte la parole de la victime et stopper les attitudes de
minimisation (…). Institutions et établissements scolaires doivent comprendre
la nécessité d'agir ensemble, avec les familles, pour l’éducation de nos enfants
et du mieux vivre-ensemble... plutôt que de se renvoyer les responsabilités dos
à dos. »
Mylène Hassany
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