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Lors de sa présentation officielle au tribunal judiciaire de Versailles, Jean-David Cavaillé a esquissé ses priorités. En ligne de mire notamment : le développement de la CRPC, y compris le week-end.
Le jeudi 19 juin était
synonyme de rentrée avant les vacances pour le tribunal judiciaire de
Versailles. Car toute la juridiction s’était réunie pour assister à l’audience
de présentation du nouveau procureur de la République, Jean-David Cavaillé, en
provenance de Perpignan.
« Votre présence
était attendue », a assuré la procureure de la République adjointe
Emmanuelle Lepissier, qui a assuré l’intérim entre l’arrivée officielle de
Jean-David Cavaillé et le départ, le 27 janvier, pour la cour d'appel d'Amiens, de Maryvonne Caillibotte.
« Elle a dirigé ce
parquet avec un dynamisme remarquable alliant sa chaleur humaine, sa sincérité,
sa simplicité, son sens de l’écoute et son énergie pour l’adaptation du parquet,
d’abord aux nouvelles technologies et aux enjeux de la dématérialisation, mais
aussi dans l’accueil et la prise en charge des mineurs de retour de zones de
combat, des victimes de violences conjugales, et dans la lutte contre la
délinquance environnementale », lui a rendu hommage Emmanuelle Lepissier.
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l’année 2025 sur un départ
S’adressant cette fois au
nouveau venu, la procureure adjointe a loué l’ensemble de sa carrière : « Votre
itinéraire professionnel porte la marque de votre détermination, aussi bien
dans la conduite de projets que lors de participations à de nombreux groupes de
travail. » Une carrière qui, selon la procureure adjointe, « porte
la marque de [sa] reconnaissance approfondie du monde judiciaire et son
environnement ».
De son côté, le président du
tribunal Bertrand Menay, qui a tenu à remercier Emmanuelle Lepissier « pour
son intérim parfait et son implication sans compter », a salué l’arrivée
d’un « grand professionnel du ministère public ».
« Vos quatre
expériences passées de procureur de la République, votre connaissance même
brève du siège, de l’action de l’administration centrale, au ministère de
l’Intérieur d’abord puis au cabinet de la garde des Sceaux, votre
investissement dans le recrutement et la formation des magistrats en qualité de
directeur adjoint de l’École nationale de la magistrature pendant cinq ans, et
enfin votre implication au plus haut niveau de la conférence nationale des
procureurs de la République, dont vous êtes vice-président, vous ont donné une
connaissance approfondie et sûre des problématiques judiciaires pénales et des
enjeux de fonctionnement de notre institution et des juridictions. »
« Vous arrivez dans un
département attractif »
« L'arrivée d'un
nouveau procureur de la République est un événement important dans la vie d'une
juridiction et, bien au-delà, pour le territoire sur lequel il exerce sa
compétence », a par ailleurs estimé Bertrand Menay.
La procureure adjointe a ainsi
tenu à dresser la situation actuelle du dit territoire : « Vous arrivez
dans un département attractif, […] et caractérisé par de fortes disparités de
territoires, mixant des zones très urbanisées à l’est et le long de grands axes
routiers, ferroviaires et fluviaux, et de vastes territoires ruraux qui
occupent plus de la moitié de la superficie du département, notamment au sud. »
Des disparités géographiques,
mais aussi économiques, avec « une activité touristique forte, la
présence de pôles économiques majeurs, mais aussi, contrairement à l’image que
l’on se fait du département au premier abord, des zones de pauvreté et des
cités historiquement difficiles ».
Différentes caractéristiques qui
ont une incidence sur l’activité du parquet. Sur le plan pénal, « si la
criminalité très violente reste relativement limitée, l’année 2024 et le début
de l’année 2025 ont vu croître les rixes entre mineurs et jeunes majeurs et les
règlements de comptes, souvent liés au trafic de stups ».
Emmanuelle Lepissier a
également noté « une augmentation du phénomène de prostitution des
mineurs, recrutés par les réseaux sociaux ». La délinquance
d’appropriation, notamment liée à la présence de touristes, est également forte
dans les Yvelines. Les violences intrafamiliales restent quant à elles à un
niveau élevé, « même si, et c’est tant mieux, elles ne connaissent plus
le rythme d’augmentation des années antérieures ».
« Des priorisations
douloureuses qui deviennent dangereuses »
Quant à la situation de la
juridiction : « J’ose le dire, elle est fragile », a assumé
Bertrand Menay. Les raisons : l’activité pénale particulièrement intense
et tendue, et les tensions sur les ressources humaines de magistrats et de
greffe. « Nos délais de jugements au pénal, qui se sont dégradés
pendant la période de la crise sanitaire, n’ont pu être rétablis dans des
conditions satisfaisantes. »
Le tribunal pour enfants est
lui aussi surchargé, Bertrand Menay prenant pour preuve le « seuil plus
que critique » d’occupation du centre pénitentiaire de Bois-d’Arcy.
Reconnaissant que l’action d’un procureur était « dépendante des
infractions commises sur le territoire », le président a néanmoins
interpellé le nouveau procureur sur sa « responsabilité dans la
conduite de l’action publique sous toutes ses formes, y compris alternative ou
simplifiée et l’appréciation de l’opportunité des poursuites ».
« C’est un marqueur fort d’une politique pénale dont je sais qu’elle
fera l’objet d’une définition claire et de consignes précises nécessairement
empreintes de considérations humaines et matérielles des infractions commises,
mais aussi des contraintes de la juridiction. »
Le président a aussi appelé à
prendre soin de l’activité civile, « que le regard médiatique tend à
invisibiliser, alors qu’il s’agit d’un contentieux essentiel pour nos
concitoyens ». Un pôle qui se trouve dans une situation compliquée, en
raison des tensions sur les effectifs et de la pression de l’urgence de
certaines affaires au pénal.
Pour exemple, sur les dix cabinets
de juge aux affaires familiales, seuls sept postes seront pourvus au 1er
septembre, puis un huitième au début de l’automne. « Cela conduit à des
priorisations douloureuses qui deviennent aujourd’hui dangereuses »,
a-t-il averti. Autre conséquence : les justiciables mettent aujourd’hui
neuf mois avant de pouvoir voir leur juge pour la première fois.
De nombreux défis auxquels
devra répondre Jean-David Cavaillé, en duo avec Bertrand Menay. « Nos
premiers échanges ont démontré que vous aviez une approche moderne du parquet
et de votre fonction de procureur, ancrée dans une diarchie harmonieuse, soucieuse
des équilibres de la juridiction », a constaté le président du
tribunal. Les deux hommes s’étaient par ailleurs déjà croisés
professionnellement, à l’occasion de groupes de travail et de réunions avec
l’administration centrale et le Conseil consultatif conjoint de déontologie de
la relation magistrat-avocat.
En retour, le nouveau
procureur a estimé que la collaboration naissante serait « sereine et
instructive ». « Je suis assuré de partager à vos côtés et
avec la directrice de greffe une dyarchie aussi constructive, confiante et, j’ose
le mot, heureuse que celle avec le président Pierre Viard (ancien président
du tribunal judiciaire de Perpignan, ndlr), qui préside désormais le
tribunal judiciaire de Toulouse. »
Dans les pas de ses
prédécesseurs
Jean-David Cavaillé a
également eu quelques mots pour le procureur général près la cour d’appel de Paris,
Marc Cimamonti, qui quittera sa juridiction en septembre : « Je
n'ai qu'un seul regret : celui d'arriver au sein d'un parquet général bienveillant
alors que vous quitterez vos fonctions dans quelques semaines. Votre expérience
des grands parquets et nos échanges déjà anciens sur l'avenir de la police
judiciaire, l'organisation de parquet ou la lutte contre la criminalité
organisée sont autant de réflexions partagées sur les orientations à développer
dans les Yvelines. »
« Je rejoins une des
plus belles et prestigieuses cours de France », s’est ensuite félicité
Jean-David Cavaillé, qui a toutefois reconnu avoir passé de premières semaines
« intenses » à Versailles. Le nouvel arrivant a promis d’être
« un procureur engagé, loyal et attentif aux équilibres entre le siège,
le parquet et le greffe, ainsi qu’à la qualité des relations au sein de la juridiction ».
« Prendre la tête
d’un nouveau parquet, c’est inscrire son action dans les pas de son
prédécesseur, dans une forme de compagnonnage à distance », a assuré
Jean-David Cavaillé.
Le nouveau venu compte aussi
s’inspirer des procureurs qu’il a croisés à son début de carrière et qui l’ont
« convaincu que l’on est [aussi] des magistrats de plein exercice dans
un parquet », à l’instar d’Henri Desclaux, ancien procureur général
près les cours d’appel de Bordeaux puis Versailles.
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Nanterre
Jean-David Cavaillé a
également croisé la route de Jacques Beaume, ancien procureur général près la
cour d’appel de Colmar et de Lyon. Les deux hommes ont travaillé ensemble entre
1999 et 2001, lorsque Jacques Beaume était procureur de la République de
Bordeaux, et Jean-David Cavaillé substitut du procureur. Ils ont ensemble
participé à la mise en place à l’échelle locale de la loi de 1998 relative à la
prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu'à la
protection des mineurs. « Il m’a donné les clés de la construction d’un
collectif », a-t-il assuré.
Troisième figure tutélaire pour
Jean-David Cavaillé, celle de Marc Moinard, avec qui il a collaboré à la cour
d’appel de Bordeaux en 1998 et 1999. « J’ai appris avec lui le dialogue
permanent avec la centrale et l’engagement du parquet dans des projets d’avenir. »
Trois hommes sous la
direction desquels Jean-David Cavaillé a « développé des outils de
politique pénale, recherché des opérateurs pour renforcer les droits des
victimes, défini une politique de signalements et formé des OPJ ». Des
tâches multiples qui l’ont « définitivement convaincu de la richesse de
cette fonction, malgré, souvent, l’insuffisance des moyens. »
La lutte contre le
narcotrafic et les atteintes à l’environnement comme priorités
Jean-David Cavaillé a
également esquissé quelques-unes de ses priorités pour le parquet qu’il dirige
désormais, tout en rappelant que son action serait prioritairement liée à la
mise en œuvre de la politique définie par le garde des Sceaux et déclinée au
niveau régional par le procureur général, « en ayant bien pris en
compte la situation particulière des effectifs du siège et du greffe ».
Le procureur a assuré vouloir être « au rendez-vous de la lutte contre
le narcotrafic, de la saisie des avoirs criminels, de la lutte contre les
atteintes à l’environnement et des formes de violence les plus graves ».
« Définir une
politique pénale, c’est faire des choix parfois difficiles pour adapter la
réponse pénale aux spécificités locales, aux capacités de traitement des
services d’enquête et aux capacités d’absorption de la juridiction et des
services pénitentiaires », a estimé le nouveau procureur de la
République de Versailles. Jean-David Cavaillé a annoncé sa volonté de
développer la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), y
compris le week-end. Objectif : « Réduire la pression sur les
audiences de comparution immédiates dont les durées d’audience sont parfois peu
acceptables. »
Le procureur a aussi assuré
souhaiter « développer une politique de fermeté à l’encontre de ceux
qui s’en prennent aux policiers, gendarmes, douaniers, et agents de l’administration
pénitentiaire ». Une attention renforcée est aussi promise aux élus,
« lorsqu’ils subissent des atteintes injustes », le nouveau
venu ayant constaté que « tous les dispositifs permettant de les
accompagner ne sont pas opérationnels ». Une réflexion sera engagée
dans les prochaines semaines avec le président de l’Association des maires des
Yvelines.
Des temps de travail communs
avec le barreau à venir
Autre volonté de Jean-David
Cavaillé, le renforcement de l’utilisation des « réponses alternatives
pédagogiques de qualité pour les infractions ne relevant pas du haut du spectre »,
en premier lieu les différents stages, ou encore la contribution citoyenne.
« Je sais que nous pourrons nous appuyer sur les délégués du procureur
et sur le riche réseau associatif des Yvelines », a assuré le
procureur de la République de Versailles.
Pour améliorer les relations
avec les avocats, Jean-David Cavaillé a appelé à la création de temps de
travail communs avec le barreau de Versailles, « une nécessité absolue ».
Rappelant sa participation aux travaux du comité consultatif conjoint de la
relation magistrats-avocats depuis la mise en place de cette instance initiée
et présidée par les chefs de la Cour de cassation, le procureur a assuré
considérer comme « essentiel que l’audience, tout en restant un temps
de débat, respecte les règles éthiques pour gagner en sérénité ».
S’inspirant de ses
expériences passées, notamment au tribunal judiciaire de Perpignan, Jean-David
Cavaillé a annoncé renforcer les outils de lutte contre la radicalisation et le
repli communautaire, avec « la création d’une cellule de partage
d’informations entre le tribunal, la protection judiciaire de la jeunesse
(PJJ), le SPIP et les établissements pénitentiaires ».
L’accompagnement des victimes
pourrait également être renforcé. Jean-David Cavaillé, qui a participé aux
travaux interministériels visant à élaborer un « référentiel
victimes », a estimé que « malgré les progrès réalisés, les
attentes demeurent souvent déçues, qu’il s’agisse du recueil de la plainte, de
l’accès à la justice ou du suivi des orientations prises par le parquet ».
Le procureur a rappelé l’arrivée prochaine d’un chien d’assistance d’ici la fin
de l’année. Une politique d’information systématique sur les suites réservées aux
plaintes sera étudiée.
« L’action du
procureur doit se faire au profit des plus fragiles »
Cette allocution de
présentation a par d’ailleurs été l’occasion pour Jean-David Cavaillé de prononcer
un plaidoyer pour une prise en charge optimale des victimes par la juridiction.
« Dans un département
aussi contrasté que les Yvelines, l’action du procureur doit se faire au profit
des plus fragiles, des personnes isolées, de ceux qui subissent des
discriminations liées à leur handicap, à leur religion, à leur absence de
maîtrise du français, ou à leur orientation sexuelle, pour qu’ils soient
assurés de trouver au palais de justice, un lieu où ils pourront faire valoir
leurs droits. »
En fin de discours, le
nouveau procureur de la République s’est adressé à ses collègues du
parquet : « Loyauté, confiance, innovation et sens du collectif
sont les exigences qui m'ont été inspirées par mes mentors. Elles constituent
le socle sur lequel sera construit un parquet dans la durée. »
Alexis
Duvauchelle
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