Les secrétaires de la Conférence tout feu tout flamme à la rentrée du barreau de Versailles


vendredi 27 septembre 20244 min

Écouter l'article

Au traditionnel bizutage assorti de bons mots, ont succédé des réflexions quasi-existentielles, mais jamais sans malice, sur la valeur humaine, la vanité des avocats ou encore la place de l’urgence dans la profession.

Pour le barreau de Versailles, l’heure est à la rentrée… et à la dérision, ce vendredi 20 septembre. Car c’est là un exercice de style de haute volée que représente cette Conférence du barreau, qui fête ses 75 ans. « Ce n'est pas qu'un concours d'éloquence. C'est l'opportunité de faire preuve d'audace, de courage et de liberté, qualités requises par la profession d'avocat », s’enflamme le bâtonnier de Versailles, Raphaël Mayet.

Le moment tant attendu, pour les nouveaux secrétaires, de tenir leur traditionnel discours, au sein du tribunal judiciaire de Versailles. Des discours chacun précédé d’un bizutage sous forme de biographie humoristique déclamée par Fabien Vendorme, 1er secrétaire de la Conférence de l’an passé.

« Un avocat de gauche dans un barreau de droite »

« Vous êtes le 3e, autant dire le dernier. Et je ne doute pas que s'il y avait eu 12 secrétaires vous récupériez la 12e place », assène-t-il immédiatement à William de Freitas, 3e secrétaire de cette nouvelle promotion et premier à subir ses assauts, sous les rires du public. « Petit rappeur du barreau de Versailles dont la devise est : ‘1m73, 62 kg, poids-plume dans la vie mais je suis un costaud au barreau, balèze c’est pas la peine quand t’en as dans le cerveau.’ »


Dans sa tirade, le 3e secrétaire William de Freitas pointe la "destruction de l'humanité"

S’enchaînent plusieurs anecdotes plus ou moins inexactes sur la vie du jeune secrétaire, entre triche à l’examen du CAPA et dévotion pour Jean Ferrat, en passant par une prétendue passion pour les castagnettes. Et l’ancien premier secrétaire de noter l’activisme politique du nouveau secrétaire : « Vous êtes un homme d'engagement, un avocat militant, autant le dire, un avocat de gauche dans un barreau de droite. »

Retour au sérieux avec un discours de William de Freitas consacré à l’universalisme. Dans sa tirade, le 3e secrétaire dénonce la manière méthodique par laquelle « l'humanité tout entière semble s'employer à détruire la seule valeur qui vaille la peine d'être sacrée, la valeur humaine ». Le jeune avocat se réjouit ironiquement de l’unité des hommes qui peuvent, « par des ressources insoupçonnées, œuvrer dans une direction commune : la destruction de l’humanité », appelant, « par des ressources insoupçonnées, à œuvrer dans le sens totalement contraire ».

« Nous nous nourrissons du regard des autres »

Quand c’est au tour du 2e secrétaire de la Conférence, Sofian Bouzerara, Fabien Vendorme s’en donne à cœur joie : « Pourquoi est-il devenu secrétaire de la Conférence ? Pourquoi est-il devenu avocat pénaliste ? Pourquoi est-il devenu avocat ? Pourquoi est-il ? Pourquoi ? Trop de questions », avant de charger son confrère :  « Vous faites preuve d’un certain courage, mais au point de brouiller parfois la frontière entre le courage et la bêtise. Parfois, entre les deux il n’y a qu’un pas, et je suis au regret de vous dire que vous le franchissez sans peine ».


Sofian Bouzerara, 2e secrétaire de la Conférence, soutient que "l'émotion est un véritable encombrement pour l'intelligence"

De son côté, Sofian Bouzerara se livre à un éloge de la vanité, apanage des avocats : « Nous nous nourrissons du regard des autres, de la gratitude et de la considération. Sans les regards admiratifs, point de joie, sans la résonance rauque ou éclatante de nos voix dans une salle docile, point d’extase. » Un éloge qui se transforme rapidement en hommage aux magistrats, « tous ces protecteurs de l’ordre et des faibles qui subissent l’injustice, de la haine, de l’avarice et de la cupidité », face à « l’attente horriblement élevée » du peuple envers les juges. « À chaque magistrat, il est demandé l’impossible, de faire fi de ses émotions. Car l’émotion est un véritable encombrement pour l’intelligence ».

« Enfin, nous respirons ! »

C’est enfin le « physique de bûcheron » de Benjamin Rottier, 1er secrétaire de la Conférence, « 1 m 97 pour 146 kg à la pesée », que tacle Fabien Vendorme, qui ne résiste pas à affubler son confrère de divers sobriquets adaptés, selon lui, à cette stature - à l’instar d’« Hagrid », célèbre gardien des clefs de Poudlard (et accessoirement demi-géant) issu de l’univers d’Harry Potter. Ou encore de « Forrest Gump du vélo », puisque Benjamin Rottier serait atteint, selon Fabien Vendorme, d’une « maladie qui consiste à se déplacer exclusivement et perpétuellement à vélo », allant même jusqu’à se rendre au tribunal de Chartes, à plus de quatre heures de Versailles, sur son deux-roues.

Le 1er secrétaire se lance ensuite dans une plaidoirie autour des « affaires courantes », terme notamment employé dans le cadre de la position démissionnaire du gouvernement entre juillet et septembre. Une période « pas désagréable », estime Benjamin Rottier. « Ne sera promulgué aucun décret de réforme de la procédure civile. Aucune loi pénale de circonstances, aucune modification du code de justice administratif. Enfin, nous respirons ! »

Benjamin Rottier tient à transposer ce terme d’ « affaires courantes » à sa profession. Pour les urgences, « il y a celles que l’on cherche, celles que l’on subit, celles que l’on provoque. » Mais selon lui, « l’urgence est moins docile que l’ordinaire. Elle compromet moins le plein exercice de la profession parce qu'elle est perceptible et qu'elle met presque mécaniquement la pensée aux aguets. »

Il aborde aussi avec humour ses « états d’âme » que l’exercice de sa profession ont fait naître : « Je n'aime plus le champagne, ça me rappelle le travail. Je n'aime plus attendre mon tour au pied d'une attraction ou au seuil d'un musée, ça me rappelle le travail. Je n'aime plus mes enfants lorsqu'ils n'écoutent rien de ce que je leur dis et que je parle dans le vide, ça me rappelle le travail. »

Et ça tombe bien, puisqu’il est l’heure… de retourner au travail.

Alexis Duvauchelle

Partager l'article


0 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à la Newsletter !

Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.