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CHRONIQUE. Un homme ivre frappe sa compagne ivre au bout d’une dispute chaotique. A l’audience du 26 février, elle le défend, mais ce n’est pas la première fois. Lui admet : il doit arrêter de boire. Ils se marient cet été.
L’audience
est dans ce petit moment de flottement entre deux dossiers. Le box est vide, on
attend le prévenu suivant. Au premier rang, une mince jeune femme tout en noir
paraît nerveuse. Elle lève la main et demande d’un ton impérieux : « Je peux
savoir pourquoi il n’est pas présent ? » Le président écarquille les
yeux : « Il va arriver, et la parole ici c’est moi qui la donne, il y a
un cadre à respecter », la rabroue-t-il sèchement.
Un trentenaire fluet barbu et vêtu de noir fait son apparition, et le président résume. Deux jours auparavant, vers minuit, des policiers en patrouille dans le 19e arrondissement entendent des gens alerter qu’un homme frappe une femme à l’abribus. En arrivant, ils voient Fardeen secouer Shema - la jeune femme assise dans la salle - de telle manière que son corps tape contre la vitre de l’abribus. Le regard de l’homme est plein de rage, la femme semble terrorisée. Elle tient son téléphone dans sa main. Les policiers interviennent et embarquent Fardeen.
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C’est un
couple. Alcoolisé. Lui, plus qu’elle (2 grammes par litre de sang). Elle pleure
et se dit soulagée. Ce n’est pas la première fois qu’une dispute s’achève par
des violences, remarque le président : Fardeen est déjà connu - mais jamais
condamné - pour des violences sur conjointe (Shema). Le juge évoque une « relation
problématique en lien avec la consommation d’alcool ».
« J’ai
de la bouteille »
Fardeen a
l’air apaisé. Il reconnaît avoir secoué sa compagne. « Pourquoi ?
-
On
s’engueulait, on était fortement alcoolisés. Je ne me souviens plus pourquoi.
Je ne conteste pas du tout, mais je n’ai pas de souvenir exact.
-
Vous
vous considérez comme un couple ?
-
Oui, et
chacun vit chez ses parents. Il y a un projet de mariage.
-
La
police est déjà intervenue dans le cadre de disputes.
-
En
général avec elle ça se passe très bien, mais quand on boit de l’alcool, il
suffit de ne pas être d’accord sur la couleur des chaises…
-
Madame,
je vous invite à venir à la barre. Vous vous souvenez ?
-
Je
voudrais vous dire que pendant 48h, j’ai été très virulente envers Monsieur,
j’ai essayé de le blesser dans sa fierté, de le provoquer. Il m’a dit stop. Je
l’ai vraiment insulté pendant 48h, je peux vous montrer les textos.
-
Ah non,
le tribunal s’en fiche comme de l’an 40 !
-
Malheureusement
l’alcool a beaucoup joué. Je ne suis pas là pour le défendre, mais…
- Oui, Monsieur a un avocat pour ça. Des
situations comme la vôtre, j’en ai vu. J’ai de la bouteille, sans mauvais jeu
de mot. »
« On
est sur un couple un peu toxique »
Fardeen
consomme : du vin avec ses collègues, de la vodka le week-end. Il l’admet :
l’alcool est un problème qu’il compte bien traiter.
Malgré cela,
le procureur est « un peu inquiet pour ces jeunes fiancés »,
qui en est à sa deuxième procédure pour des violences conjugales. « On
est sur un couple un peu toxique, j’ai envie de poser des mots sur une
situation » : il demande 8 mois de sursis probatoire, incluant une
obligation de soins. Pas d’objection du côté de la défense, qui essaie de
présenter le profil le plus sérieux et travailleur de son client pour
éventuellement faire baisser le quantum de la peine - mais le principe de
l’obligation de soins n’est pas contesté. Sans trop de surprise, le tribunal
condamne Fardeen, pour des violences sur conjointe, à la peine requise.
Julien Mucchielli
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