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Mardi 29 avril, porté par le député de la Mayenne Guillaume Garot, le premier rendez-vous d’une série de rencontres autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire a été officialisé depuis Villabé. Le parlementaire veut aller « plus loin » avec ce « tour de France » des initiatives et généraliser de nouvelles pratiques, 10 ans après le vote de la loi anti-gaspillage, dont les effets peinent à se faire ressentir malgré les progrès.
Une décennie après la mise en
application de la loi anti-gaspillage, où en sont les commerçants ? Les
Français sont-ils prêts à changer leurs pratiques de consommation ? Ce mardi
29 avril au matin, une visite de terrain a lieu dans un hypermarché essonnien,
annoncée comme un « état des lieux » des pratiques
commerciales anti-gaspi.
Cette première étape, c’est l’hypermarché
Carrefour de Villabé, présenté comme modèle en la matière. L’événement doit lancer
une série de rendez-vous thématiques à travers la France, annoncés pendant les États
généraux de la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’Assemblée nationale,
le 13 mars dernier.
« Tous les
supermarchés devraient faire ça ! »
La délégation est composée
notamment de Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, de
Pierre-Yves Pasquier, président de Comerso (entreprise spécialisée dans la
lutte contre le gaspillage et l’optimisation des invendus), et du député (PS)
de Mayenne Guillaume Garot, auteur de la loi contre le gaspillage alimentaire
adoptée en 2016 et porteur, en 2013, du « Pacte national contre le
gaspillage alimentaire ». Le petit cortège sillonne les rayons et s’arrête
de temps en temps pour présenter les points « anti-gaspi »,
« bon plan », ou encore « dons » qui se trouvent à
plusieurs endroits du magasin.
Tour d’horizon : baguettes
gratuites à emporter, bacs de produits proches de la date de péremption –
vendus à des prix plus bas, mais encore consommables, barquettes de fruits et
légumes « abîmés »… Sans oublier les entrepôts dédiés à la collecte de
denrées par les associations d’aide alimentaire ou les sacs « Too good to
go », ces paniers de produits thématiques invendus qui sont commercialisés
à bas prix.
Une cliente, qui se sert dans
le bac « Dates courtes à prix réduits », profite de cette audience
inopinée : « Tous les supermarchés devraient faire ça ! Je
pense que ces rayons devraient être obligatoires partout. » « Cela
tombe bien, savez-vous à qui vous vous adressez ? », s’amuse
Bertrand Swiderski, montrant le député.
« L’anti-gaspillage
est devenu une opportunité d’achat »
10 ans après cette nouvelle
série de réglementations imposées notamment aux grandes surfaces, l’opération
menée ce mardi 29 avril en Essonne a donc pour objectif de « présenter
les solutions concrètes », et les « bonnes pratiques »
qui sont mises en place par l’enseigne Carrefour. « La loi de 2016
présentait une hiérarchie d’actions contre le gaspillage, précise Guillaume
Garot. Les enseignes se sont ensuite adaptées et ont fait comme elles le voulaient.
Avec cette obligation : donner plutôt que jeter ! »
La loi Garot comporte aussi
l’interdiction de rendre impropres à la consommation les invendus alimentaires,
la sensibilisation dans les établissements scolaires, et la reconnaissance de
l’infraction de gaspillage alimentaire, désormais répréhensible dans certaines
conditions. L’arsenal législatif s’est ensuite renforcé avec loi EGalim, en
2018 – qui prévoit entre autres le « doggy bag » dans les
lieux de restauration, et la loi climat et résilience en 2021, dont l’article
256 permet de réserver ses repas dans la restauration collective.
Ces textes réguliers font de
la France un pays précurseur dans ce domaine, comparé aux autres Etats
européens. Dès 2013, le gouvernement a mis en œuvre un Pacte national de lutte
contre le gaspillage alimentaire. Renouvelé en 2017, il réunit l’ensemble des
acteurs de la chaîne alimentaire, et avait pour objectif de réduire de 50 % le
gaspillage alimentaire d’ici 2025 pour les secteurs de la distribution et de la
restauration collective, et d’ici 2030 pour les autres secteurs.
« Pour nous, l’anti-gaspillage est
devenu une opportunité d’achat. La vente est notre modèle anti-gaspi »,
rebondit Bertrand Swiderski. Accompagné par Comerso, l’enseigne « optimise »
ses pratiques commerciales, ses invendus, et collabore avec des associations
locales.
« Le gaspillage est
un non-sens écologique, social et philosophique »
« Les grandes
enseignes ont cette force de frappe, et peuvent faire encore beaucoup,
reprend Guillaume Garot. Avec cette expertise des bonnes pratiques, nous
pouvons aller encore plus loin. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs cherchent à
rendre la lutte contre le gaspillage encore plus efficace. »
Pourtant, le combat contre le
gaspillage semble encore long. Si, depuis 2016, « chacun a pris sa part »
et « beaucoup a été fait » par les entreprises, les regards se
tournent désormais aussi vers les consommateurs, qui jettent 24 kg de
nourriture consommable chaque année. « Cela représente 100 euros,
relève Guillaume Garot. 100 euros qui partent à la poubelle. Est-ce
que cela ne vaut pas le coup de se mobiliser ? Le gaspillage est un
non-sens écologique, social et philosophique. On produit pour jeter, c’est une
société de l’absurde. »
Le député le reconnaît
lui-même, il est « temps de faire le bilan de ce qu’on a réussi, mais
aussi de ce qu’on n’a pas réussi ». Il prend l’exemple des dates de
consommation, dont les critères ne sont pas forcément compris par les acheteurs
– qui ne font pas toujours la différence entre les produits portant une DLC,
date limite de consommation et les denrées avec une DMM ou date de durabilité
minimale, qui peuvent être consommées après la date mentionnée.
« Les dates ont surtout
un effet psychologique, souligne le parlementaire. De nombreux produits
n’en ont pas besoin, comme le sucre, qui, avec la réglementation européenne,
n'est pas soumis à l'obligation d'affichage d'une DDM ou d'une DLC. Les pâtes
ou le riz pourraient également se passer de cette mention. »
De quoi prévoir un nouveau
texte ? Pour le moment, l’heure est surtout au « travail en commun ».
Entreprises, associations, collectivités locales, starts-up… A partir de ce
mois de mai, 200 acteurs de la lutte contre le gaspillage sont mis à
contribution avec ce tour de France à la rencontre de la diversité des actions dans
les territoires. Réunis autour en « groupes de travail », ils doivent
se « réunir régulièrement » avec pour objectif la préparation
d’un Agenda 2030 de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
« Une année de
mobilisation autour du gaspillage, pour adapter notre modèle économique, et
trouver comment produire mieux et consommer mieux », annonce Guillaume
Garot. Les citoyens sont maintenant mis à contribution : « La
lutte contre le gaspillage répond aussi au manque de sens dans la société et au
besoin de solidarité », analyse, à la fin de l’événement, Marie
Mourad, sociologue, spécialisée dans l'alimentation durable et la réduction des
gaspillages.
Mylène Hassany
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