10 ans après la loi Garot, un bilan et un « tour de France » des initiatives anti-gaspillage lancés en Essonne


mercredi 30 avril 2025 à 19:015 min

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Mardi 29 avril, porté par le député de la Mayenne Guillaume Garot, le premier rendez-vous d’une série de rencontres autour de la lutte contre le gaspillage alimentaire a été officialisé depuis Villabé. Le parlementaire veut aller « plus loin » avec ce « tour de France » des initiatives et généraliser de nouvelles pratiques, 10 ans après le vote de la loi anti-gaspillage, dont les effets peinent à se faire ressentir malgré les progrès.

Une décennie après la mise en application de la loi anti-gaspillage, où en sont les commerçants ? Les Français sont-ils prêts à changer leurs pratiques de consommation ? Ce mardi 29 avril au matin, une visite de terrain a lieu dans un hypermarché essonnien, annoncée comme un « état des lieux » des pratiques commerciales anti-gaspi.

Cette première étape, c’est l’hypermarché Carrefour de Villabé, présenté comme modèle en la matière. L’événement doit lancer une série de rendez-vous thématiques à travers la France, annoncés pendant les États généraux de la lutte contre le gaspillage alimentaire à l’Assemblée nationale, le 13 mars dernier.

« Tous les supermarchés devraient faire ça ! »

La délégation est composée notamment de Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, de Pierre-Yves Pasquier, président de Comerso (entreprise spécialisée dans la lutte contre le gaspillage et l’optimisation des invendus), et du député (PS) de Mayenne Guillaume Garot, auteur de la loi contre le gaspillage alimentaire adoptée en 2016 et porteur, en 2013, du « Pacte national contre le gaspillage alimentaire ». Le petit cortège sillonne les rayons et s’arrête de temps en temps pour présenter les points « anti-gaspi », « bon plan », ou encore « dons » qui se trouvent à plusieurs endroits du magasin.

Tour d’horizon : baguettes gratuites à emporter, bacs de produits proches de la date de péremption – vendus à des prix plus bas, mais encore consommables, barquettes de fruits et légumes « abîmés »… Sans oublier les entrepôts dédiés à la collecte de denrées par les associations d’aide alimentaire ou les sacs « Too good to go », ces paniers de produits thématiques invendus qui sont commercialisés à bas prix.

Une cliente, qui se sert dans le bac « Dates courtes à prix réduits », profite de cette audience inopinée : « Tous les supermarchés devraient faire ça ! Je pense que ces rayons devraient être obligatoires partout. » « Cela tombe bien, savez-vous à qui vous vous adressez ? », s’amuse Bertrand Swiderski, montrant le député.

« L’anti-gaspillage est devenu une opportunité d’achat »

10 ans après cette nouvelle série de réglementations imposées notamment aux grandes surfaces, l’opération menée ce mardi 29 avril en Essonne a donc pour objectif de « présenter les solutions concrètes », et les « bonnes pratiques » qui sont mises en place par l’enseigne Carrefour. « La loi de 2016 présentait une hiérarchie d’actions contre le gaspillage, précise Guillaume Garot. Les enseignes se sont ensuite adaptées et ont fait comme elles le voulaient. Avec cette obligation : donner plutôt que jeter ! »

La loi Garot comporte aussi l’interdiction de rendre impropres à la consommation les invendus alimentaires, la sensibilisation dans les établissements scolaires, et la reconnaissance de l’infraction de gaspillage alimentaire, désormais répréhensible dans certaines conditions. L’arsenal législatif s’est ensuite renforcé avec loi EGalim, en 2018 – qui prévoit entre autres le « doggy bag » dans les lieux de restauration, et la loi climat et résilience en 2021, dont l’article 256 permet de réserver ses repas dans la restauration collective.

Ces textes réguliers font de la France un pays précurseur dans ce domaine, comparé aux autres Etats européens. Dès 2013, le gouvernement a mis en œuvre un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Renouvelé en 2017, il réunit l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire, et avait pour objectif de réduire de 50 % le gaspillage alimentaire d’ici 2025 pour les secteurs de la distribution et de la restauration collective, et d’ici 2030 pour les autres secteurs.

 « Pour nous, l’anti-gaspillage est devenu une opportunité d’achat. La vente est notre modèle anti-gaspi », rebondit Bertrand Swiderski. Accompagné par Comerso, l’enseigne « optimise » ses pratiques commerciales, ses invendus, et collabore avec des associations locales.

« Le gaspillage est un non-sens écologique, social et philosophique »

« Les grandes enseignes ont cette force de frappe, et peuvent faire encore beaucoup, reprend Guillaume Garot. Avec cette expertise des bonnes pratiques, nous pouvons aller encore plus loin. Aujourd’hui, de nouveaux acteurs cherchent à rendre la lutte contre le gaspillage encore plus efficace. »

Pourtant, le combat contre le gaspillage semble encore long. Si, depuis 2016, « chacun a pris sa part » et « beaucoup a été fait » par les entreprises, les regards se tournent désormais aussi vers les consommateurs, qui jettent 24 kg de nourriture consommable chaque année. « Cela représente 100 euros, relève Guillaume Garot. 100 euros qui partent à la poubelle. Est-ce que cela ne vaut pas le coup de se mobiliser ? Le gaspillage est un non-sens écologique, social et philosophique. On produit pour jeter, c’est une société de l’absurde. »

Le député le reconnaît lui-même, il est « temps de faire le bilan de ce qu’on a réussi, mais aussi de ce qu’on n’a pas réussi ». Il prend l’exemple des dates de consommation, dont les critères ne sont pas forcément compris par les acheteurs – qui ne font pas toujours la différence entre les produits portant une DLC, date limite de consommation et les denrées avec une DMM ou date de durabilité minimale, qui peuvent être consommées après la date mentionnée.

« Les dates ont surtout un effet psychologique, souligne le parlementaire. De nombreux produits n’en ont pas besoin, comme le sucre, qui, avec la réglementation européenne, n'est pas soumis à l'obligation d'affichage d'une DDM ou d'une DLC. Les pâtes ou le riz pourraient également se passer de cette mention. »

De quoi prévoir un nouveau texte ? Pour le moment, l’heure est surtout au « travail en commun ». Entreprises, associations, collectivités locales, starts-up… A partir de ce mois de mai, 200 acteurs de la lutte contre le gaspillage sont mis à contribution avec ce tour de France à la rencontre de la diversité des actions dans les territoires. Réunis autour en « groupes de travail », ils doivent se « réunir régulièrement » avec pour objectif la préparation d’un Agenda 2030 de la lutte contre le gaspillage alimentaire.

« Une année de mobilisation autour du gaspillage, pour adapter notre modèle économique, et trouver comment produire mieux et consommer mieux », annonce Guillaume Garot. Les citoyens sont maintenant mis à contribution : « La lutte contre le gaspillage répond aussi au manque de sens dans la société et au besoin de solidarité », analyse, à la fin de l’événement, Marie Mourad, sociologue, spécialisée dans l'alimentation durable et la réduction des gaspillages.

Mylène Hassany

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