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Fin juin, l'Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) accueillait à Sainte-Geneviève des Bois en Essonne, une vente aux enchères spéciale « véhicules haut de gamme », en partenariat avec l’étude judiciaire de Bouvet et associés. Vingt véhicules confisqués ou saisis, de la Rolls Royce à la Maserati, en passant par plusieurs Porsche et BMW, étaient proposés au grand public. Le JSS a assisté à cette vente aux enchères d’un autre genre.
Les agents de l’Agrasc,
quelques magistrats, et l’équipe des scellés de la cour d’appel de Paris ont
bravé les embouteillages pour se retrouver, ce matin-là, en plein cœur de
l’Essonne, au milieu de ces bolides scintillants. Ils sont rejoints par de
premiers curieux et amateurs de belles voitures. Ces dernières sont exposées
sur un grand parking dédié au cœur de la zone industrielle la Croix-blanche, à
Sainte-Geneviève des Bois, mises en valeur par un soleil radieux. Elles sont
estampillées, au marqueur blanc, « Lot 1 », « lot 2 » … jusqu’au « lot
20 », une Mercedes d’un gris rutilant. Le logo de l’Agrasc sur un
rectangle blanc remplace les plaques d’immatriculation.
« De temps en temps, on organise
ces ventes aux enchères un peu bling-bling, avec des véhicules qui ont été soit
saisis, soit confisqués. Ici, ce sont des biens issus d’infractions variées,
mais qui relèvent toutes du pénal : escroquerie, trafic de stupéfiants,
blanchiment… La Rolls, par exemple, vient du blanchiment aggravé »,
explique Vanessa Perrée, directrice générale de l’Agrasc.
Objectif de l’opération :
rapporter les gains de la vente à l’Etat, qui seront ensuite réaffectés à la Mission
interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives
(Mildeca), à la lutte contre le proxénétisme, ou qui serviront à indemniser les
parties civiles, pour une vraie « mission d’exécution des décisions de
justice ».
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victimes
Le passé parfois lourd des
voitures exposées n’a pourtant pas de quoi refroidir la trentaine d’acheteurs
potentiels et de curieux qui s’intéressent à la vente ce jour-là. Suspendu à
son téléphone, Marc*, un professionnel de la vente de voitures, observe
attentivement chaque bien. « Leur origine et leur histoire ne
m’intéresse pas. J’ai des amis dans le métier que cela dérange, c’est vrai.
Mais je suis très intéressé par ces ventes aux enchères,
indique-t-il. Je les suis régulièrement, je regarde en ligne ce qui est
proposé. On y trouve de très beaux véhicules et pour un vendeur comme moi, ce
sont des occasions qui peuvent rapporter. » Il décrit précisément
chaque auto à son interlocuteur, qu’il gardera en ligne pendant toute la vente.
« Je
rappelle que c’est une vente judiciaire, c’est-à-dire une vente en l’état »
Alors que le public
s’installe dans la salle des enchères, sous l’œil vigilant de plusieurs agents
de sécurité, Philippe de Bouvet, le commissaire de justice qui anime la vente,
tient à clarifier, depuis son pupitre, le concept de l’événement. « Je
rappelle que c’est une vente judiciaire, c’est-à-dire une vente en l’état. Des
démarches restent à faire, attention aux malus d’importation, certains
véhicules sont immatriculés en Allemagne. Mais on a tous les documents pour les
faire réimmatriculer en France. » Cette dernière précision, il la
répètera à plusieurs reprises : la plupart des voitures présentées ont des
papiers allemands, voire pas de papiers du tout.
Le lot 1, une Mini, ouvre le
bal. Le commissaire de justice, spécialisé dans la vente de véhicules et
« passionné de bagnole depuis [ses] 12 ans » décrit la
citadine avec enthousiasme, s’adressant aussi bien au public qu’aux internautes
présents en direct sur le site des enchères. Ils sont 400 à s’être connectés,
et à suivre la vente en ligne, attendant l’occasion parfaite. « Allez,
comme on dit dans Koh Lanta, à la fin, il n’en restera qu’un ! Vous avez
regardé, mardi ? »
Les enchères montent
rapidement sur le grand écran qui présente chaque lot. La Mini s’envole pour 18
100 euros. Suit une Audi, vendue à 13 200 euros. Les chiffres s’emballent pour
une grande Porsche noire, aux vitres teintées – « attention,
prévient le commissaire de justice, les vitres tintées à l’avant ne sont pas
autorisées, il faudra les faire déteinter » - et au kilométrage
attractif, seulement 18 000 km. Un homme au premier rang fait monter les
enchères à chaque relance. Mise en vente à 25 000 euros, elle sera vendue à 41
100 euros. « Très rare à ce prix-là ! », commente le
commissaire de justice. Marc, le vendeur professionnel, remarque : « Elle
a peu de kilomètres et elle est fiable, c’est normal qu’elle soit partie si
vite. »
« Un Hummer non
roulant, sans traçabilité, si vous voulez tourner un clip de rap »
Les lots s’enchaînent, et
chacune de leur présentation est ponctuée des exposés de Maître de Bouvet, qui
semble aimer les métaphores et a le sens de la formule, multipliant les
références à James Bond, au cinéma ou encore au « bon vin »
pour les voitures qui vieillissent bien. « Est-ce qu’il y a des lords
anglais dans la salle ? Là on vend une Rolls-Royce Ghost. Attention, elle
a une fuite d’huile. Grande, rare, peu kilométrée, elle est élégante, discrète. »
L’œil entraîné de Marc ne
laisse rien échapper : « Une fuite d’huile, ça peut coûter cher.
Pour une voiture comme ça, selon la gravité, les réparations peuvent aller
jusqu’à 10 000 euros. Ça ne vaut pas le coup. » Le passé de cette belle
auto est, de plus, bien visible : abîmée par des jets de pierre, elle
porte aussi les traces d’une fausse plaque. La Rolls part quand même à 67 600
euros. « Ce n’est pas cher », relève Marc, tandis que la vente aux
enchères se poursuit. « On bascule dans une autre dimension, alerte
Philippe de Bouvet en présentant une imposante Mercedes classe G. A
l’Américaine, introuvable, introuvable ! »
« Introuvable, sauf à
Monaco », rit un homme dans le public. Une autre de ces voitures
« à l’américaine », un Hummer non roulant, est quant à elle
proposée « pour ses pièces, car on n’a rien, aucune traçabilité. Ou si
vous voulez tourner un clip de rap, ou décorer votre jardin ».
« Adjugé ! »
Tous ces véhicules sont peu à peu vendus à des acquéreurs – la plupart en ligne
-, mais cette « vente fleuve » commence à être longue, pour
certains. « Les paliers sont trop petits (100 euros sont ajoutés à
chaque fois par les enchérisseurs, ndlr), s’agace Marc, le vendeur de voitures.
Il faudrait qu’on puisse monter de 500 euros à chaque fois. »
Pourtant, il repart les mains vides. Les réparations attendues sont trop
coûteuses, selon le professionnel.
« Dans les enchères,
il y a une part d’irrationnel »
Vient une Maserati. Là
encore, Philippe de Bouvet verse dans la référence cinématographique :
« C’est celle du film Intouchables, pour ceux qui connaissent. Très bon
film. » Il poursuit : « Une Maserati, c’est la Mélodie
du bonheur, c’est une voiture qui vous donne le sourire ! » Un
homme dans la salle est intéressé et fait monter les enchères sans s’arrêter.
Il finit par remporter le lot, pour plus de 22 000 euros, sous quelques
applaudissements.
Grégory, c’est le nom de ce
collectionneur, est venu des Ardennes exprès pour cette vente d’exception.
C’est sa première vente judiciaire. « J’avais déjà repéré ce véhicule
avant de venir, raconte-t-il. Je me suis inscrit sur le site mais je
voulais vraiment la voir sur place ! J’aime bien les remettre en état. Je
me fais plaisir. » Ni le prix, ni l’historique de la voiture ne l’ont refroidi :
« C’est ça la passion », répond-t-il sobrement.
Une passion qui anime
également Philippe de Bouvet, pour qui les voitures, ces biens d’un autre
genre, « racontent une histoire ». « On pense que les commissaires-priseurs
ne travaillent que dans l’art, mais non, notre métier est plus varié ! L’art
a une histoire, mais les véhicules aussi. On ne les trouverait pas ailleurs.
Ils ne sont pas faciles à vendre. Dans les enchères, il y a une part
d’irrationnel ! Les gens cherchent ces pièces rares, et il y a aussi une
part de compétition. »
La vente de ce jour-là aura
rapporté 871 600 euros. Selon les chiffres de l’Agrasc, en matière de saisie et
de confiscation, la cour d’appel de Paris et ses juridictions ont obtenu, en
2024, un montant total saisi de 937,8 millions d’euros. Après l’événement, le
commissaire de justice se dit « content de cette vente, qui a du sens.
C’est notre manière de participer à rendre la justice. »
Mylène
Hassany
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