Prostitution des mineurs : le président du département de l’Essonne visé par un recours pour faute en responsabilité


vendredi 2 mai 2025 à 18:163 min

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François Durovray est accusé de ne pas avoir protégé des mineurs placés sous sa protection, tombés dans la prostitution alors qu’ils étaient confiés à des foyers de l’aide sociale à l’enfance.

Le président du département de l'Essonne, François Durovray, est visé par un recours l'accusant « d’inaction » vis-à-vis d'enfants tombés aux mains de proxénètes, alors qu'ils étaient placés en lieux d’accueil gérés par le département. L’information a été révélée par une enquête de France Info, ce mercredi 30 avril. Déposé auprès du tribunal administratif par l’avocat Michel Amas, qui s’est spécialisé dans la défense d’enfants placés, le recours dénonce le fait que le département n’ait pas protégé les mineurs placés sous sa responsabilité. Les départements des Bouches-du-Rhône et des Yvelines sont également pointés du doigt et visés par la même mise en demeure.

« Nous lançons l'alerte pour que tout le monde sache qu'en France, à l'heure actuelle, des petits garçons et des petites filles se prostituent en très grand nombre, dans l'inaction totale des présidents de département, s’exprime Michel Amas sur son compte X. Nul ne peut désormais ignorer que des enfants se prostituent, parce qu'ils ont été placés et que les présidents de département ne font rien. » L’avocat estime, sur France Info, que « l'Etat a échoué dans la protection de l'enfance. Le fait qu'il n'y ait pas de réaction, d'organisation de la réponse de l'État, c'est ça que nous dénonçons. Nous livrons les enfants aux chiens ».

Selon le récent rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les enfants placés, portée par la députée Isabelle Santiago, 15 000 mineurs sont victimes de prostitution en France, en majorité des enfants placés.

La situation est également dénoncée par des professionnels de l’enfance du département : « Pour le département de l'Essonne, il y a eu une régression catastrophique depuis une dizaine d'années, témoigne Annie, qui a été assistante familiale pendant 27 ans et éducatrice spécialisée pendant 15 ans. Les directeurs de l'aide sociale à l'enfance ne restent pas longtemps, et depuis la restructuration de l'ASE avec la suppression du poste des inspecteurs, cela s'est dégradé. »

Les défaillances sont reconnues aussi par le ministère de la Justice, qui souhaite renforcer les contrôles. Lundi 28 avril, Gérald Darmanin a envoyé une circulaire demandant aux parquets et aux directions interrégionales de la protection judiciaire de la jeunesse de renforcer les visites dans les foyers de l’ASE et dans les lieux de vie et d’accueil.

Aujourd'hui, les foyers doivent être contrôlés tous les cinq ans par les départements, ce que rappelle le département de l’Essonne dans un communiqué, publié dans la foulée de ces révélations : « Les structures d’accueil font l’objet de contrôles réguliers, et un dialogue constant est maintenu avec les professionnels du secteur », se défend la collectivité.

Le département de l’Essonne annonce qu’il « diligentera une enquête administrative pour connaître et garantir la sécurité des jeunes enfants et apporter toutes les réponses attendues », pour « savoir si toutes les conditions de sécurité et de protection des enfants sont réunies ». Insistant sur le fait qu’en Essonne, « la protection de l’enfance est une priorité absolue » et « le premier poste budgétaire », le département affirme aussi « apporter tout son soutien aux familles et aux enfants ». Pour François Durovray, « les situations que vivent les enfants à protéger ne peuvent être résolues par les seuls départements, écrit-il sur les réseaux sociaux. Elles sont le reflet d’une société fracturée, d’enjeux familiaux, scolaires, psychiatriques ou judiciaires souvent enchevêtrés. La réponse doit être collective : État, justice, police, santé, éducation, départements. »

Mylène Hassany

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