Tribunal de Créteil : « Elle a peur de moi, mais je ne sais pas pourquoi »


vendredi 13 juin 20254 min

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CHRONIQUE. Christiane, 54 ans, est prévenue de violences contre son ex-compagne, Élodie*. Interrogée par le juge pendant près d’une heure, elle a refusé d’admettre sa responsabilité et a vilipendé la victime, selon elle revancharde et intéressée.

A l’issue d’une énième dispute, Christiane a levé la main sur Élodie, puis a arrêté son geste. C’est pour cette raison que, lorsqu’elle a été interpellée par les gendarmes un peu plus tard, Christiane leur a expliqué qu’elle n’avait pas frappé sa compagne.

Mais Élodie s’est ensuite confiée sur deux ans de violences psychologiques, et c’est pour ces violences que Christiane est jugée, ce 30 avril, par le tribunal correctionnel de Créteil. Le juge unique tente de cerner cette quinquagénaire vindicative, un brin grande gueule, qui semble tout faire pour éviter de reconnaître les faits qui lui sont reprochés.

Quand le juge lui demande comment ça se passait avec sa compagne, Christiane répond : « Quand y’a des sous tout va bien, quand y’a pas de sous tout va mal. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? » Christiane ne travaille plus depuis 10 ans et a toujours été entretenue financièrement par Élodie.

Tout en aplomb, Christiane ne s’en laisse pas compter. « Le jour des faits, vous étiez alcoolisée, reprend le président.

-      Elle aussi.

-     Vous aviez 1,14 gramme dans le sang. Ce qui est pas mal. Mme T., elle ne l’était pas ‘en apparence’.

-     Moi on me fait souffler dans les ballons, et pas Madame ?

-     C’est le suspect qu’on fait souffler.

-     Elle a bu autant que moi, lance Christiane d’une voix rauque et sonore.

-     Donc vous étiez bien alcoolisée.

-     Ben oui Monsieur, je ne m’en cache pas. Et depuis j’ai arrêté de boire. Le 1er mai, ça fera 6 mois. »

A la sortie de l’audience, elle lancera à son fils, venu la soutenir au tribunal : « Tu me prendras une ‘despé’ (une bière Desperados, ndlr) à l’épicerie ? »

« Les flics, non mais t’es sérieuse ou quoi ? »

« Donc vous contestez l’avoir insultée et menacée de mort. Vous êtes ensemble depuis quand ?

-     On a eu 11 ans de vie commune et 7 ans de mariage.

-     Vous vous souvenez d’un évènement qui s’est passé le 21 mars 2016 ? Cela fait partie des antécédents que les policiers ont retrouvé. Vous avez déjà été mise en cause pour des faits de violences sur concubine, sous l’emprise de l’alcool (1,94g). » Deux jours d’ITT.

Christiane hausse les épaules.

Le juge lit un message vocal houleux laissé par la prévenue : « Les flics, non mais t’es sérieuse ou quoi ? Je t’ai rien fait. » Christiane commente : « Les choses qu’elle m’a fait, ça m’a fait mal. Elle aurait voulu se séparer, je l’aurais laissée partir. Mais pourquoi elle m’a fait ce coup-là ? Elle m’a fait un plan, j’ai rien compris.

-     Vous êtes de nature jalouse ?

-     Avant oui, j’étais jalouse.

-     Comment expliquer ce retentissement psychologique évalué par les psys à trois jours d’ITT ?

-     Elle a peur de moi, mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai rien fait. »

« Plus elle boit, plus elle est violente »

Élodie est appelée à témoigner et confirme : « Plus elle boit, plus elle est violente.

-     Et quand elle n’est pas sous l’emprise de l’alcool ?

-     Elle peut être adorable, mais sinon elle est en manque.

-     Il se passe quoi ce jour-là ?

-     Elle était au téléphone avec son fils, j’étais au téléphone avec ma mère, et non pas avec mon ex comme elle le croyait. Elle l’a insultée en disant ‘qu’elle peut crever’. »

Christiane souffle fort : « C’est pas vrai. »

« Madame, dit le juge, pas de remarque. »

« Le soir, ça empire. Au moment des faits je lui ai dit que j’allais porter plainte. Elle m’a dit : ‘De toute façon les faits de 2016, c’est effacé !’

-     Pourquoi vous êtes restées ensemble toutes ces années ?

-     Elle m’a promis de changer, d’arrêter de boire, qu’elle allait chercher du travail. Ce n’est pas arrivé.

-     Qu’est-ce que vous attendez de cette audience ?

-     Qu’elle ait quand même une peine.

-     Est-ce que vous souhaitez une mesure de protection vous concernant ? Une interdiction de contact ?

-     L’interdiction de contact, ça n’a pas été respecté. J’attends que la procédure soit finie pour changer de numéro. Y’a pas si longtemps de ça, j’ai dû aller à la gendarmerie pour des menaces.

-     Oui, une ordonnance de protection a été prise.

-     Qui n’a pas été respectée.

-     (Avocate de la partie civile) Aujourd’hui, Madame, comment vous allez ?

-     Très bien. Mais j’ai dû changer toute ma vie. »

Le juge questionne Christiane sur sa personnalité, et demande : « Vous avez fait un suivi psy ?

-     Non.

-     Pourquoi ?

-     Parce que j’ai pas envie.

-     Non mais attendez, là c’est un juge des libertés et de la détention qui vous l’a dit. Sinon, vous risquez la détention provisoire. Donc ça veut dire que la décision que je vais rendre tout à l’heure, vous pourriez ne pas vouloir la respecter ?

-     Je comprends ce que vous dites. Depuis que j’ai arrêté de boire, je vais mieux.

-     Et l’interdiction de contact que vous n’avez pas respectée ?

-     C’est parce que j’avais pas mes lunettes, je voulais contacter mon fils et je lui ai écrit à elle par erreur.

-     L’expertise psychiatrique dit : Déficit du contrôle pulsionnel, colérique, rancunière, jalouse et possessive. Vous vous reconnaissez ? 

- Oui, Monsieur. »

La procureure demande un stage de sensibilisation aux violences conjugales, qui serait converti en 6 mois de prison s’il n’était pas effectué, et sur le siège, le juge décide finalement de la condamner à un tel stage, dont le non-respect serait sanctionné par trois mois de prison.

Julien Mucchielli

*Le prénom a été changé.

 

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