Décès du streamer Jean Pormanove : la ministre du numérique, Clara Chappaz, annonce saisir l’Arcom


mardi 19 août 2025 à 20:324 min

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À la suite du décès du créateur de contenu, survenu dans la nuit du 17 au 18 août, la ministre déléguée a saisi ce mardi la plateforme Pharos, rappelant la loi : « La responsabilité des plateformes en ligne dans la diffusion de contenus illicites n’est pas une option. »

« Le décès de Jean Pormanove et les violences qu’il a subies sont une horreur absolue […] Il a été humilié et maltraité pendant des mois en direct sur la plateforme Kick. Une enquête judiciaire est en cours. J’ai saisi l’Arcom et effectué un signalement sur Pharos (le service de lutte contre la violence en ligne.). J’ai également contacté les responsables de la plateforme pour obtenir des explications » a réagi sans détour le 19 août sur X, Clara Chappaz, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, après le décès du streamer et ancien militaire. De son vrai nom Raphaël Gravan, l’homme est mort en plein direct dans la nuit du 17 au 18 août à Contes, petit village près de Nice.

« La responsabilité des plateformes dans la diffusion de contenus illicites n’est pas une option : c’est la loi. De telles défaillances peuvent conduire au pire et n’ont pas leur place en France, en Europe, ni ailleurs », a-t-elle insisté.

Une enquête en « recherche des causes de la mort » confirmée par le parquet de Nice

Âgé de 46 ans, Jean Pormanove, suivi par près de 200 000 abonnés voire 500 000 sur TikTok ou Twitch, s’était fait connaître en diffusant des lives où il apparaissait victime de violences physiques et d’humiliations. « Coudoux », une personne sous curatelle, est également concerné par ces abus, souvent infligés par deux acolytes connus sous les pseudonymes de Narutovie et Safine. Ces derniers avaient été placés en garde à vue en janvier, après une enquête sur leur chaîne, « Lokal », publiée par Médiapart.

Dans les faits, lundi, un extrait d’un direct sur Kick, cette plateforme concurrente de Twitch et où la modération est moindre, a largement circulé sur les réseaux sociaux. Selon de nombreux internautes, la vidéo montre les instants précédant le décès ou sa découverte : Jean Pormanove apparaît immobile, allongé sous une couette, entouré de deux autres hommes, eux-mêmes endormis. Un compteur affichant « 298 heures » suggère que le direct durait depuis douze jours. Durant la diffusion, l’un des hommes jette une petite bouteille d’eau en plastique sur le streamer à la demande d’un internaute inquiet, pour vérifier sa réaction. Depuis, Narutovie et Safine ont incité les internautes à ne pas partager la vidéo.

L’un des influenceurs aussi surnommé « Naruto » avait déjà, par le passé, indiqué que Jean Pormanove souffrait de problèmes de santé, sans en préciser la nature, mentionnant à plusieurs reprises ce qu’ils comptaient faire de la chaîne le jour de son décès.

Le parquet de Nice a confirmé, mardi 19 août, l’ouverture d’une enquête en « recherche des causes de la mort » et ordonné une autopsie. Le dossier a été confié à la police judiciaire de Nice, déjà saisie depuis décembre 2024 après les révélations de Médiapart.  

Le média en ligne avait mis en lumière des vidéos accablantes et déclenché des investigations pour « violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables (…) et diffusion d’enregistrements d’images relatives à la commission d’infractions d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne ». Des sévices « parfois encouragés par des versements d’argent des spectateurs », rappelait alors le procureur de Nice, Damien Martinelli.

L’Arcom impuissante ?

Également alertée par Médiapart, Clara Chappaz, alors secrétaire d’État au Numérique, n’avait pas réagi sur le moment. L’Arcom, de son côté, avait expliqué ne pas pouvoir agir en l’absence d’un représentant officiel de Kick dans l’Union européenne. La plateforme, détenue par le casino en ligne Stake - déjà bloqué en France par l’Autorité nationale des jeux pour ses conditions d’utilisation jugées trop laxistes -, échappe ainsi à toute régulation nationale.

La Haut-commissaire à l’Enfance, Sarah El-Haïry, a elle aussi réagi sur X, dénonçant la passivité des plateformes, qui « ont une responsabilité immense dans la régulation des contenus en ligne afin que nos enfants ne soient pas exposés à des contenus violents ». Elle a par ailleurs exhorté les parents « à la plus grande vigilance ».

Sollicitée par l’AFP, Kick s’est d’abord retranchée derrière sa « politique de confidentialité », avant de finalement réagir sur X, sous la pression des internautes. La plateforme y a exprimé sa tristesse face à la disparition de Jean Pormanove, adressant « ses sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à sa communauté », et annoncé le bannissement temporaire de tous les co-streamers impliqués, le temps de l’enquête. Cette dernière a assuré « collaborer pleinement avec les autorités », avoir mis fin à sa collaboration avec une agence française de réseaux sociaux et engagé une révision de ses contenus en français. « Notre priorité est de protéger les créateurs et de garantir un environnement plus sûr sur Kick », a-t-elle finalement insisté. 

Depuis, les rediffusions de la chaîne du Lokal ne sont plus accessibles, la plateforme ayant suspendu leur mise en ligne.

Enfin, selon une source proche du dossier, jointe mardi après-midi par France info, Narutovie et Safine, les deux autres personnes présentes lors du direct, seront entendus en audition libre en qualité de témoins.

Romain Tardino

 

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