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À la suite du décès du créateur de contenu, survenu dans la nuit du 17 au 18 août, la ministre déléguée a saisi ce mardi la plateforme Pharos, rappelant la loi : « La responsabilité des plateformes en ligne dans la diffusion de contenus illicites n’est pas une option. »
« Le
décès de Jean Pormanove et les violences qu’il a subies sont une horreur
absolue […] Il a été humilié et maltraité pendant des mois en direct sur la
plateforme Kick. Une enquête judiciaire est en cours. J’ai saisi l’Arcom et
effectué un signalement sur Pharos (le service de lutte contre la violence en
ligne.). J’ai également contacté les responsables de la plateforme pour obtenir
des explications » a réagi sans détour le 19 août sur X, Clara
Chappaz, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, après
le décès du streamer et ancien militaire. De son vrai nom Raphaël
Gravan, l’homme est mort en plein direct dans la nuit du 17 au 18 août à
Contes, petit village près de Nice.
« La
responsabilité des plateformes dans la diffusion de contenus illicites n’est
pas une option : c’est la loi. De telles défaillances peuvent conduire au pire
et n’ont pas leur place en France, en Europe, ni ailleurs », a-t-elle
insisté.
Une enquête
en « recherche des causes de la mort » confirmée par le parquet de Nice
Âgé
de 46 ans, Jean Pormanove, suivi par près de 200 000 abonnés voire 500 000
sur TikTok ou Twitch, s’était fait connaître en diffusant des lives où il
apparaissait victime de violences physiques et d’humiliations. « Coudoux », une
personne sous curatelle, est également concerné par ces abus, souvent infligés
par deux acolytes connus sous les pseudonymes de Narutovie et Safine. Ces
derniers avaient été placés en garde à vue en janvier, après une enquête sur leur
chaîne, « Lokal », publiée par Médiapart.
Dans
les faits, lundi, un extrait d’un direct sur Kick, cette plateforme concurrente
de Twitch et où la modération est moindre, a largement circulé sur les réseaux
sociaux. Selon de nombreux internautes, la vidéo montre les instants précédant le
décès ou sa découverte : Jean Pormanove apparaît immobile, allongé sous une
couette, entouré de deux autres hommes, eux-mêmes endormis. Un compteur
affichant « 298 heures » suggère que le direct durait depuis douze jours. Durant
la diffusion, l’un des hommes jette une petite bouteille d’eau en plastique sur
le streamer à la demande d’un internaute inquiet, pour vérifier sa réaction.
Depuis, Narutovie et Safine ont incité les internautes à ne pas partager la
vidéo.
L’un
des influenceurs aussi surnommé « Naruto » avait déjà, par le passé,
indiqué que Jean Pormanove souffrait de problèmes de santé, sans en préciser la
nature, mentionnant à plusieurs reprises ce qu’ils comptaient faire de la
chaîne le jour de son décès.
À lire aussi : Deux youtubeurs
français écopent d’une amende de 3 000 euros chacun pour port d’armes
Le
parquet de Nice a confirmé, mardi 19 août, l’ouverture d’une enquête en « recherche
des causes de la mort » et ordonné une autopsie. Le dossier a été confié à
la police judiciaire de Nice, déjà saisie depuis décembre 2024 après les
révélations de Médiapart.
Le
média en ligne avait mis en lumière des vidéos accablantes et déclenché des
investigations pour « violences volontaires en réunion sur personnes
vulnérables (…) et diffusion d’enregistrements d’images relatives à la
commission d’infractions d’atteintes volontaires à l’intégrité de la personne
». Des sévices « parfois encouragés par des versements d’argent des
spectateurs », rappelait alors le procureur de Nice, Damien Martinelli.
L’Arcom
impuissante ?
Également
alertée par Médiapart, Clara Chappaz, alors secrétaire d’État au Numérique,
n’avait pas réagi sur le moment. L’Arcom, de son côté, avait expliqué ne pas
pouvoir agir en l’absence d’un représentant officiel de Kick dans l’Union
européenne. La plateforme, détenue par le casino en ligne Stake - déjà bloqué
en France par l’Autorité nationale des jeux pour ses conditions d’utilisation
jugées trop laxistes -, échappe ainsi à toute régulation nationale.
La Haut-commissaire
à l’Enfance, Sarah El-Haïry, a elle aussi réagi sur X, dénonçant la passivité
des plateformes, qui « ont une responsabilité immense dans la régulation des
contenus en ligne afin que nos enfants ne soient pas exposés à des contenus
violents ». Elle a par ailleurs exhorté les parents « à la plus grande
vigilance ».
Sollicitée par l’AFP, Kick s’est d’abord retranchée derrière sa « politique de confidentialité », avant de finalement réagir sur X, sous la pression des internautes. La plateforme y a exprimé sa tristesse face à la disparition de Jean Pormanove, adressant « ses sincères condoléances à sa famille, à ses amis et à sa communauté », et annoncé le bannissement temporaire de tous les co-streamers impliqués, le temps de l’enquête. Cette dernière a assuré « collaborer pleinement avec les autorités », avoir mis fin à sa collaboration avec une agence française de réseaux sociaux et engagé une révision de ses contenus en français. « Notre priorité est de protéger les créateurs et de garantir un environnement plus sûr sur Kick », a-t-elle finalement insisté.
Depuis, les rediffusions
de la chaîne du Lokal ne sont plus accessibles, la plateforme ayant suspendu
leur mise en ligne.
Enfin, selon
une source proche du dossier, jointe mardi après-midi par France info,
Narutovie et Safine, les deux autres personnes présentes lors du direct, seront
entendus en audition libre en qualité de témoins.
Romain Tardino
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