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Des rangées de sièges disposées par paliers, face à un grand écran rectangulaire. Depuis l’invention du 7e art, l’architecture des salles de cinéma n’a pas connu de grandes mutations. Souhaitant bousculer cette installation linéaire, les fondateurs d’Oma proposent une nouvelle façon de penser la salle de cinéma. Lauréats du Réseau entreprendre Val-d’Oise, ils présentent leur concept au JSS.
Quelle est l’origine de votre projet ?
Oma est une aventure entrepreneuriale familiale qui a débuté en 2018. Cette salle de cinéma a été conçue par Pierre Chican (père), architecte spécialisé dans la réalisation de projets à vocation culturelle et plus particulièrement de cinémas.
L’agence Pierre Chican a ainsi réalisé et participé depuis 1985 à de nombreux projets touchant au domaine culturel, dont des projets de cinémas, de musées, d’expositions et de théâtres. Forts de plus de 25 ans d’expérience dans l’architecture des équipements culturels, Pierre Chican et son équipe ont œuvré à la réalisation de très nombreux projets parmi lesquels : l’UGC Ciné Cité Les Halles (3 millions d’entrées en 2019), l’UGC Ciné Cité Bercy (1,8 million), le multiplex UGC Ciné Cité PARLY 2 et le multiplexe Pathé La Valette à Toulon avec la première salle IMAX Laser en France, entre autres.
Nicolas Chican (fils), co-fondateur d’Oma, est titulaire d’un diplôme de master en science of Management (EM Lyon) et d’un diplôme de concepteur d’application web (Le Wagon). En tant que directeur opérationnel, il travaille notamment sur le développement commercial de la société.
Oma propose un concept architectural totalement nouveau pour le cinéma Comment est née cette idée ?
Lorsque les spectateurs vont au cinéma, ils choisissent en premier lieu le film et se rendent généralement au cinéma le plus proche de chez eux ou de leur lieu de travail, car ils estiment, à juste titre, que leur expérience sera la même peu importe la salle de cinéma dans laquelle ils se trouvent. L’architecture de la salle de cinéma n’a jamais connu d’innovation majeure. En effet, toutes les salles de cinéma construites depuis plus de 50 ans se ressemblent, reproduisant la même mise en situation des spectateurs.
L’autre constat que nous avons fait et qui nous a nourris pour concevoir Oma concerne des évolutions plus récentes relatives à des changements d’habitudes de consommation du film. La part des jeunes de moins de 25 ans qui se rendent au cinéma ne cesse de décliner dans les marchés dits « matures » (Royaume-Uni, États-Unis, France, etc.), malgré des initiatives comme les abonnements mensuels qui rendent les prix plus attractifs. L’augmentation du nombre de spectateurs plus âgés permet pour l’instant de compenser cette perte. Mais comment ne pas s’inquiéter de cette relative désertion du jeune public alors que le cinéma représentait la sortie préférée des jeunes il y a encore peu de temps ? Comment expliquer cela ?
Sans parler du tarif pratiqué par les opérateurs de salles, qui peut être prohibitif pour certains, alors même que le prix d’un ticket d’entrée au cinéma est équivalent à celui d’un abonnement mensuel sur une plateforme de streaming avec une quantité quasi illimitée de films ou séries et que les équipements de visionnage domestique, offrent une expérience de plus en plus immersive, menacent dorénavant l’attractivité des salles de cinéma.
Ainsi, la percée de la vidéo à la demande (VOD) et du streaming à la maison, combinée à la démocratisation des vidéoprojecteurs et home cinéma, oblige de plus en plus les opérateurs de salles de cinéma à garder une certaine distance vis-à-vis de ce que l’équipement domestique peut offrir en termes d’expérience de visionnage. C’est donc pour garder cette distance au regard de ce que l’équipement domestique peut offrir et va offrir en te nous avons conçu Oma.
Vous proposez une salle de cinéma verticale C’est-à-dire ? En quoi l’expérience pour le spectateur est-elle différente ?
S’appuyant sur une architecture unique, le concept Oma révolutionne la manière de disposer les spectateurs face à l’écran pour sublimer l’expérience cinématographique. En replaçant le spectateur au cœur de la projection, Oma rend l’expérience du spectateur à la fois intimiste, spectaculaire et immersive. Visuellement, l’ensemble des spectateurs est réparti dans l’espace sur un jeu de plateformes suspendues dans la hauteur de l’image à l’intérieur de la salle de cinéma. Les plateformes sont étagées dans l’espace, adossées à une paroi structurelle et organisées sur un plan circulaire face à l’écran de projection.
La séparation physique entre les différents balcons permet d’envisager la mise en place de services personnalisés : privatisation de balcons, événements d’entreprises, restauration, service à la place, etc., alors même que le reste de la salle peut tourner de manière parfaitement normale. On peut par exemple imaginer proposer des plateformes « VIP » avec un confort haut de gamme ou un service à la place et, dans la même salle, des plateformes plus « économiques » avec un confort standard.
Enfin, nous avons également voulu faire de ce cinéma un lieu intimiste qui favorise l’échange. La salle Oma a ainsi été pensée pour être un lieu de rencontres. Le foyer, les circulations et le nombre restreint de spectateurs pour chaque espace favorisent et stimulent les échanges entre les spectateurs avant et après la séance. Le concept Oma est si novateur qu’il fait l’objet de plusieurs dépôts de brevets européens et à l’international auprès de l’INPI. Il bénéficie ainsi d’une protection renforcée en propriété industrielle et intellectuelle.
La France est-elle en retard en termes d’innovation cinématographique ?
Globalement non, même s’il existe de grandes disparités entre les exploitants de salles en France. En effet, tous n’ont pas la même stratégie en termes d’innovation. Le premier exploitant français, les cinémas Pathé-Gaumont, a par exemple une politique très volontariste lorsqu’il s’agit de proposer au public de nouvelles expériences cinématographiques. Ainsi, les dernières technologies telles que 4DX, Screen X ou encore Dolby Cinema sont disponibles en France. D’autres exploitants préfèrent eux attendre de voir l’engouement du public pour ces nouvelles expériences cinématographiques sur le long terme avant de proposer celles-ci à leurs spectateurs.
Comment imaginez-vous la salle de cinéma dans 10 ans, 20 ans, 50 ans ? Avec le développement des plateformes de streaming, n’avez-vous pas peur de la disparition des salles ? Sont-elles justement appelées à innover ?
Dans quelques années, nous allons assister à la démocratisation des écrans LED dans les salles de cinéma. Ces écrans qui permettent de diffuser le film sans projecteur, comme des écrans de télévision, offrent une qualité incroyable en termes de contraste et de couleur. Leur arrivée sur le marché va bouleverser la salle de cinéma. Avec la disparition du projecteur, les spectateurs vont pouvoir être disposés dans la hauteur de l’écran et ne seront plus obligé d’être situés sous le faisceau de projection. Ainsi, les salles de cinéma vont pouvoir proposer une expérience encore plus immersive. La salle Oma contourne ce « problème » du faisceau en intégrant la cabine du projecteur sur le balcon central qui fait face à l’écran. Nous pouvons alors disposer les spectateurs sur toute la hauteur de l’écran.
Nous sommes convaincus que les plateformes de streaming ne représenteront pas de menace pour l’attractivité des salles de cinéma tant que celles-ci garderont une distance vis-à-vis de ce que l’équipement domestique peut offrir en termes d’expérience. La France a par exemple enregistré une très bonne année 2019 en termes de nombres es (2emeilleure année depuis 50 ans !).
Vous avez reçu cette année le prix Réseau entreprendre Val-d’Oise ? De quoi s’agit-il ?
Le prix Réseau Entreprendre Val-d’Oise qui nous a été décerné il y a quelques mois est une reconnaissance du potentiel de notre innovation. Nous remercions d’ailleurs chaleureusement les membres de Réseau Entreprendre Val-d’Oise, qui réalisent bénévolement un travail incroyable pour aider des jeunes entreprises à fort potentiel. En plus du prêt d’honneur que le réseau nous accorde, c’est surtout un réel soutien moral et stratégique à travers un programme d’accompagnement personnalisé sur deux ans.
Enfin, quels sont vos projets à moyen et long terme ?
Nous avons signé un premier contrat de licence de brevet en 2018 avec un grand exploitant français. Il s’agira de la première salle de cinéma Oma qui ouvrira en 2021 à Paris. Nous sommes également en attente des autorisations administratives pour la construction d’un cinéma Oma à Ryad, en Arabie Saoudite. Enfin, nous avons des contacts avancés avec plusieurs exploitants à travers le monde pour réaliser des études de faisabilités sur différents sites. Cependant, nous avons voulu rester relativement discrets dans l’attente de l’officialisation des brevets.
Les deux premières années ont largement été consacrées à de la recherche et du développement sur le concept. Au-delà de la vente de licences de brevet, nous souhaitons développer une marque forte autour du concept afin que les spectateurs qui se rendent dans une salle Oma puissent identifier la marque.
Propos recueillis par Constance Périn
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