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Face à de jeunes juristes et avocats en devenir, jeudi 3 avril, l’avocat Archibald Celeyron, ancien secrétaire de la Conférence, a déconstruit quelques mythes autour de la plaidoirie. L’occasion aussi d’évoquer l’importance de l’argumentation juridique et la nécessité de « trouver sa voix ».
« En
réalité, la plaidoirie, c'est la partie très émergée de notre iceberg ; ça
représente peut-être 1% de notre travail ».
Au
forum des carrières juridiques, organisé par Décideurs Juridiques et Le Monde
du Droit au Carrousel du Louvre jeudi 3 avril, la première conférence de la
journée a complètement détricoté les idées reçues sur cet art oratoire.
Une
pratique souvent source d’une certaine fascination, que l’imaginaire collectif,
abondamment nourri par les représentations médiatiques, tend à voir comme une
partie centrale du travail d’avocat. Ce qui est loin d’être le cas, a donc
rappelé l’avocat Archibald Celeyron, ancien secrétaire de la Conférence, qui
répondait aux questions de la journaliste Anne-Laure Blouin devant un parterre
de jeunes juristes, étudiants et futurs avocats attentifs.
Plaider,
l’inverse de « briller »
Les
écritures ou l’interrogation des témoins sont des espaces dans lesquels
l’avocat va chercher à convaincre, peut-être même davantage que lors de la
fameuse plaidoirie. « Éric Dupond-Moretti disait qu'aux assises, un
moment d'éloquence judiciaire ne pouvait pas renverser la vapeur. A la fin, au
moment où on donne la parole à l'avocat pour sa plaidoirie, la conviction des
jurés est faite », a estimé Archibald Celeyron.
Parmi
les plus « grands » avocats, beaucoup sont passés par un prestigieux
concours d’éloquence que les futurs avocats connaissent bien : la
Conférence du stage. Archibald Celeyron avait été élu secrétaire de la
Conférence en 2014. « En réalité, je n’ai jamais été très fan des concours
d'éloquence » a pourtant expliqué l’avocat.
« Plaider,
c'est parler quand on a quelque chose d'intelligent à dire, c'est démonter une
accusation, faire taire une rumeur, lever un doute, c'est tout faire pour
obtenir une décision de justice favorable. Plaider, c'est l'inverse de briller,
c'est penser énormément, et non parler pour parler », comme ce peut être le cas dans certains
concours d’éloquence, a-t-il souligné. Ainsi, un avocat peu éloquent mais dont
le raisonnement est implacable l’emportera largement sur un « showman »
à l’argumentaire moins solide.
Dans
la même veine, l’avocat juge essentiel de « ne pas chercher à imiter ».
« Dans certains concours d’éloquence, il y a parfois des types de
19 ans, en costume trois pièces, en train de parler avec une grosse voix… Pour
moi, ce n'est pas ça l'éloquence, a balayé Archibald Celeyron. De l’avis
de l’avocat, si un avocat plaide comme le ténor du barreau qu’il admire
alors qu’il n’a ni son physique, ni sa façon de parler, ni sa personnalité, le
risque est de paraître grotesque. « C'est à chacun de trouver sa voix, ça
peut mettre un peu de temps. Je n'ai pas encore totalement trouvé la mienne.
»
« La
plaidoirie est faite à 95 % de l'écoute que vous recevez »
Mais
selon Archibald Celeyron, la plaidoirie dépend surtout la personne que l’avocat
a en face de lui. En découle donc la nécessité de s’adapter à son auditoire.
« La
plaidoirie est faite à 95 % de l'écoute que vous recevez. Déjà, on ne plaide
pas de la même façon devant un juge civil / commercial, devant qui la
plaidoirie revient à mettre en lumière vos écritures, devant un juge des
comparutions immédiates où il y a un degré d'urgence, ou devant une cour
d'assises, dans laquelle il y a des jurés populaires, donc un autre public à
toucher, peut-être en vulgarisant plus les choses ».
Point
essentiel, il faut aussi s’adapter aux contraintes de temps, a ajouté Archibald
Celeyron, et s’interroger : « Est-ce que si on fait une plaidoirie d’une
heure, cela va stresser le magistrat et le mettre dans de mauvaises
dispositions ? »
A
la journaliste Anne-Laure Blouin qui lui a demandé s’il avait pour habitude,
aux assises, « d’aller chercher l'émotion », Archibald Celeyron a opiné :
« C’est vrai que parfois on se demande : après tout, puisqu'en
face de nous, on a un juge qui est un être rationnel qu’on ne peut pas berner et
qui est obligé d'appliquer la
loi, pourquoi plaider ? »
Pour
l’avocat, il existe une petite marge exploitable ; les juges restent des
humains, certains ont des marottes et d’autres sont connus pour être plus sensibles
à certains arguments. Savoir recevoir l’argument de l’adversaire peut également
être une stratégie intéressante, particulièrement à une époque dans laquelle « le
débat public part un peu dans tous les sens ».
L’idée
est alors d’« admettre devant le juge que l'argument de votre adversaire
peut être séduisant, pour ensuite commencer à le retourner, à le questionner,
puis à l'anéantir, en expliquant même qu'il est presque débile. Pour finalement expliquer au juge que dans un
espace où deux thèses rationnelles et argumentées s'affrontent, la vôtre est
plus rationnelle et plus argumentée. »
Au-delà
du juge, il y a aussi le client. Et ce dernier doit être satisfait. « Le
problème c'est qu'il y a des clients qui sont satisfaits de choses qui sont
totalement différentes que ce que le juge voudrait entendre, estime
l’avocat. Par exemple dans les affaires de stupéfiants, il y a des clients
qui sont plus intelligents que d'autres et d'autres qui sont moins intelligents
et qui rêveraient de vous voir gueuler comme un âne pendant 30 minutes en
disant que c'est un scandale, un complot. Et vous, vous savez que si vous
faites une plaidoirie comme ça, le juge ne va pas être content. »
L’avocat
doit alors mener un travail d’équilibriste en plaidant des éléments qui vont
faire plaisir au client tout en étant assez subtil pour faire comprendre au
juge qu’il le fait justement uniquement pour contenter son client, a souligné Archibald
Celeyron. De même, lorsqu’un client exige que l’avocat plaide l’acquittement
mais que ce dernier sait qu’ils ne l’obtiendront pas. La plaidoirie doit alors permettre
au juge de lire entre les lignes pour qu’il comprenne pourquoi il est difficile
pour le client de reconnaître les faits.
Une
tendance à « l’effacement des effets de manche »
Les
plaidoiries d’aujourd’hui n’ont par ailleurs plus grand-chose à voir avec
celles des années 1950, 1960 ou 1970 selon celui qui les a lues et étudiées de
près lorsqu’il était étudiant. Aujourd’hui, le style est beaucoup moins
cérémonial, beaucoup plus direct, parlé, et pragmatique. « La tendance
est clairement à l'effacement des effets de manche », a observé Archibald
Celeyron, bien que certains « moments solennels » persistent.
Les
pratiques évoluent notamment au gré des nouvelles technologies. Puisqu’il est
aujourd’hui possible de réaliser certaines audiences via des visioconférences,
de nouvelles façons de plaider émergent.
Archibald
Celeyron la pratique parfois en matière pénale : « Il y a un rapport
quand même moins charnel et moins direct au juge, parfois une mauvaise
connexion, une voix plus métallique. C'est un peu comme quand vous parlez à
quelqu'un à la terrasse d'un café pour lui dire un secret : il faut parler un
peu plus doucement, car le son est parfois haché ou en décalage. C'est autant
de situations auxquelles il faut s'adapter avec toujours la même finalité :
celle d'essayer d’avoir un impact sur le résultat. »
Marion Durand
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