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Salaires, voyages, politique interne… les clichés autour des cabinets anglo-saxons sont nombreux. Margot Sève, counsel au sein du cabinet américain Skadden, a levé le voile sur ces idées reçues - souvent loin d’être infondées - à l’occasion du forum des carrières juridiques, à Paris, le 3 avril dernier.
Suits, How to get away with murder et tant d’autres :
les séries américaines sont-elles si représentatives des cabinets d’avocats dans
la vraie vie ?
Lors
du forum des carrières juridique, jeudi 3 avril au Carrousel du Louvre (Paris),
et face à Mathilde Aymami, rédactrice en chef de Décideurs Juridiques, Margot
Sève, counsel au sein du cabinet américain Skadden, s’est attaquée aux mythes
qui entourent parfois ces law firms à la culture particulière.
L’avocate travaille depuis 13
ans dans les bureaux parisiens du cabinet américain où elle pratique le droit pénal des affaires, avec une dimension
internationale. Après un Master 1 de droit à Assas, un Master 2 à Columbia, un
Master à HEC et une thèse sur la régulation financière, Margot Sève, fille
d’une Américaine, avait atterri chez Skadden.
«
Quand j'ai passé les entretiens d’embauche, il y avait des Américains au
cabinet. Les Français avaient tous un LLM de Harvard ou de Columbia et ils
avaient une culture américaine, ça m'avait beaucoup plu ».
« La
réponse est toujours ‘oui’ »
Mais quelle est cette culture
américaine, alors ? « C’est une culture de la qualité », a affirmé Margot Sève. En particulier, le
mantra est de toujours faire passer le client en premier. « Tout est tourné
autour du client, ce que je trouve très vertueux et très agréable. La
réponse est toujours « Oui » ou « Oui, on va
essayer » plutôt que « non, ça va être compliqué ». C'est
propre aux Américains et c'est ce que j'aime bien dans l'esprit du cabinet.
»
Dans
les séries américaines, il est rare que le spectateur voie les protagonistes
rentrer chez eux alors qu’il fait encore jour. Premier mythe : dans les
cabinets anglo-saxons, on ne dort pas. C’est parfois vrai au début, a concédé l’avocate :
« Quand j’ai commencé, j'ai fait deux deals en un mois, je dormais
trois heures par nuit ».
À
lire aussi : Forum des carrières juridiques : « Plaider, c'est parler quand
on a quelque chose d'intelligent à dire »
Mais
les journées de l’avocat rentrent quand même dans un cadre : « L'avantage,
en tout cas pour les contentieux, c’est qu’il y a des calendriers procéduraux. En revanche, il peut y avoir des mauvaises
surprises - des perquisitions, par exemple. Dans ce cas-là, c'est sûr qu'on ne
va pas trop dormir pendant quelques jours » a acquiescé Margot Sève.
Un
facteur vient par ailleurs affecter ces cabinets lorsqu’ils sont implantés à
l’international ou qu’ils traitent de dossiers internationaux : le
décalage horaire. « Par exemple, en ce moment, j'ai souvent des
dossiers dans lesquels j’échange beaucoup de mails avec les Etats-Unis jusqu'à
tard le soir. Et puis, parfois, on a des dossiers qui touchent à l'Asie. On se
couche tard et quand on se réveille, on a 40 mails, soit des Américains qui ont
terminé leur journée, soit des Asiatiques qui ont commencé la leur. Donc, c'est
vrai qu’avec certains dossiers, on peut travailler 24 heures sur 24 ».
Rarement
entre deux avions
Côté équilibre
entre vie personnelle et vie professionnelle, pour Margot Sève, la
réponse tient en un mot : organisation. L’avocate l’a expliqué : elle
a réduit tout ce qui était inutile, à commencer par les temps de trajets :
son domicile est tout proche de son cabinet et de l’école de ses enfants.
« J'ai pu continuer à
avoir beaucoup d'heures et beaucoup travailler, tout en voyant un peu mes
enfants. Je ne vais pas faire semblant que je les vois énormément. Mais
déjà, je les vois tous les jours, ce qui, je pense, n'est pas du tout le cas
pour certains associés de grandes ou petites structures. C'est déjà pas mal. Par
contre, je ne dine pas avec eux », a admis l’avocate, unique
femme associée des bureaux parisiens de son cabinet.
Quant
au cliché de l’avocat américain toujours entre deux avions, il serait largement
exagéré. Si l’activité des cabinets américains est souvent internationale, les
avocats restent principalement dans leurs bureaux. Margot Sève a elle-même surtout
voyagé pendant les premières années de sa carrière, mais ses déplacements se
font plus rares aujourd’hui. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir à se
déplacer en certaines occasions, quand le dossier l’impose, a-t-elle précisé.
« Parfois,
un dossier est tellement sensible que le client ne veut pas en parler par
téléphone ou par email, il faut le rencontrer. D’autres fois, le client est soumis à certains types de
réglementations sur la protection des données, typiquement le secret bancaire
par exemple. Si vous avez un dossier suisse par exemple, vous pouvez être sûr
qu’il faudra se déplacer, ça n'est pas un mythe. Parfois on peut se retrouver
avec un document papier dans une pièce, on vous récupère votre portable, on
vous donne du papier, un stylo et c'est tout » .
Un niveau de service « exceptionnel »
Autre objet de fantasme :
les salaires des cabinets anglo-saxons seraient souvent bien plus intéressants.
Un point que Margot Sève a toutefois confirmé : « C’est une réalité : on gagne bien. Certains
cabinets américains en France vont payer autant qu'aux Etats-Unis, avec
éventuellement un taux de conversion qui va faire que ce n'est pas exactement
le même chiffre. » En 2025, selon
les grilles publiée sur le site Internet du cabinet, un associé chez Skadden
gagne 225 000 dollars par ans, soit environ 206 000 euros annuels.
Outre
les salaires, les conditions de travail ont de quoi faire rêver plus d’un
avocat indépendant. Là encore, c’est un fait, a reconnu Margot Sève. A cela, s’ajoute
une qualité de service « exceptionnelle », de son propre aveu.
« Par
exemple, il est minuit. Je sais que j'ai un mémo à envoyer le lendemain matin à
8h00 dans lequel il y a peut-être des fautes d'orthographe. Ou alors j’ai des
slides vraiment très moches. Soit je reste éveillée 2h de plus, soit j’envoie
mes documents à un service de secrétariat qui est ouvert 24h sur 24, 7 jours
sur 7 ». En fonction de
l’heure à laquelle il est envoyé, cet email arrivera à Londres, New York, où à
Los Angeles. « Quand je me réveille, c’est prêt pour 8h du matin. C'est
quand même incroyable comme environnement de travail, ça permet de se
concentrer sur la valeur ajoutée », a souligné l’avocate.
Dernier
héritage - moins reluisant - des séries américaines : la sensation d’une
politique interne particulièrement dure. Dans Suits, c’est surtout la
forte concurrence entre associés qui caractérise le cabinet fictif de la série
américaine. « Là, pour le coup, c'est l'inverse, a nuancé Margot Sève.
Il n'y a pas de concurrence entre associés. L'intérêt bien compris de
la firme, c'est que tout le monde soit ‘successful’. »
Marion Durand
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