L’Agence française anticorruption révèle une hausse de 84 % des signalements en 2024


dimanche 13 juillet 2025 à 00:314 min

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Publié le 2 juillet 2025, le rapport d’activité de l’organisme compte une nette progression des signalements pour soupçons d’atteinte à la probité, quasiment doublés en 2024. Dans le même temps, les infractions constatées par les forces de l’ordre ont connu une hausse de 8,2 %.

En 2024, la France a perdu cinq places dans l’Indice de perception de la corruption publié par Transparency International en février 2025, se plaçant au 25e rang mondial derrière la Belgique et l’Allemagne. Un recul notable, bien que son score reste supérieur à la moyenne des pays d’Europe de l’Ouest. Une dégradation qui n’a pas échappé à l’Agence française anticorruption (AFA), lors du bilan de son action annuelle.

« Cette année a été pour l’Agence française anticorruption (AFA) l’occasion d’un nouvel élan, tant dans son organisation que dans ses missions », a déclaré la directrice de l’organisme, Isabelle Jegouzo, à l’occasion de la publication du rapport d’activité 2024. Et de souligner une tendance préoccupante : « Le profil de la corruption en France évolue et les travaux de la commission d’enquête du Sénat sur l’impact du narcotrafic en France ont mis en lumière l’aggravation du risque corruptif auquel la sphère régalienne est tout particulièrement confrontée. »

Ainsi en 2024, l’AFA a enregistré 802 signalements, contre 435 l’année précédente, soit une augmentation de 84 %. Une progression constante depuis plusieurs années. Dans leur grande majorité (76 %), ces alertes concernaient le secteur public, principalement les collectivités locales. Dix-sept ont été transmis au procureur de la République, les faits rapportés pouvant relever du champ pénal.

26 % des signalements proviennent de l’Île-de-France

Les faits signalés en 2024 se concentrent majoritairement en Île-de-France (26 %) et en Auvergne-Rhône-Alpes (11 %). Suivent les Hauts-de-France et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (7 % chacune). À l’inverse, la Corse figure parmi les territoires les moins concernés, avec seulement 2 % des signalements. Pour collecter ces données, l’AFA s’appuie sur une équipe de 52 agents, dont quatre sont détachés par d’autres administrations.

En lien étroit avec les parquets - notamment le Parquet national financier – l’AFA pilote la coordination de la politique publique de lutte contre la corruption. Un champ d’action qui s’étend de l’analyse des risques à la supervision des dispositifs de prévention mis en œuvre par les acteurs publics et les grandes entreprises (plus de 500 salariés et 100 millions d’euros de chiffre d’affaires). L’AFA accompagne également ces structures dans la mise en place de mesures adaptées, supervise les programmes de conformité dans le cadre des conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP), traite les signalements, y compris ceux émanant de lanceurs d’alerte, et développe ses actions à l’international.

En 2024, l’AFA a mené 17 contrôles auprès d’acteurs publics (portant à 101 le total de ce type d’interventions depuis 2018), ainsi que 10 contrôles initiaux auprès d’acteurs économiques (pour un cumul de 165 depuis 2017). Cette dernière a par ailleurs diligenté trois examens préalables à des CJIP, dont l’un a conduit à une convention validée par le président du tribunal judiciaire de Paris. L’agence mène aussi des actions de sensibilisation auprès d’acteurs publics et économiques.

3 583 personnes condamnées pour atteinte à la probité en 2024

Selon l’enquête détaillée dans le rapport Vécu et ressenti en matière de sécurité (VRS) menée conjointement par le service statistique du ministère de l’Intérieur et l’Agence française anticorruption, environ 191 000 personnes majeures ont déclaré avoir été confrontées à une situation de corruption dans leur environnement professionnel en 2022, soit 0,4 % de la population adulte. Parmi elles, moins de 1 % ont porté plainte auprès des forces de sécurité.

Les chiffres communiqués par l’AFA confirment cette tendance : en 2024, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 934 infractions liées à des atteintes à la probité. Parmi elles, 324 relèvent de faits de corruption, en hausse de 8,2 % par rapport à 2023, et de 51 % par rapport à 2016. Depuis 2014, 4 738 personnes ont été jugées pour des atteintes à la probité en France, et 3 583 d’entre elles ont été condamnées. 

L’enquête statistique précise aussi que cette hausse observée à l’échelle nationale « ne résulte pas d’une dynamique régionale particulière ». Toutefois, en proportion de la population, la Corse et les départements d’Outre-mer continuent d’afficher un taux d’atteinte à la probité plus élevé qu’en métropole.

Ce rapport intervient alors que, le 1er décembre 2024, un nouvel organigramme de l’AFA est entré en vigueur, né d’un arrêté signé le 20 novembre par le garde des Sceaux et la ministre des Comptes publics. Une réorganisation présentée comme « une volonté affirmée de mieux répondre à la mission que lui a assignée le législateur ».

Romain Tardino

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