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La plus haute juridiction administrative a estimé que le gouvernement aurait dû prévoir dès le début une date de fin du blocage, et réfléchir à la mise en place de mesures alternatives pour limiter les atteintes aux libertés fondamentales.
La décision va faire date. Le
Conseil d’État a annulé, mardi 1er avril, la décision du gouvernement
d’interrompre l’accès au réseau social TikTok, le 14 mai 2024. À cette période,
le territoire d’outre-mer était en proie à des émeutes liées au débat sur le
projet de loi constitutionnelle portant modification du corps électoral pour
les élections au congrès et aux assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie.
Saisi en référé-liberté par l’association La Quadrature du net et la Ligue des
droits de l’homme, le Conseil d’État avait, dans un premier temps, maintenu
ce blocage, en raison de l’absence d’éléments « permettant de
caractériser l’urgence à l’intervention du juge des référés ». L’interdiction
du réseau social avait été levée par le gouvernement deux semaines plus tard.
Dans sa nouvelle décision, le
Conseil d’État explique que la survenue de circonstances exceptionnelles, arguée
par le gouvernement pour justifier une telle interdiction, en cas d’entrave à l’ordre
public et au fonctionnement institutionnel et économique d’un territoire, « dans
des conditions d’une particulière gravité », permet à l’autorité
administrative de prendre, « en urgence, toutes mesures pour pourvoir aux
nécessités du moment, lorsqu’elle est dans l’impossibilité d’agir selon les
normes en vigueur ». La seule mais très restrictive condition est que de
telles mesures soient indispensables au regard des circonstances ayant conduit
à cette décision, « sous l’entier contrôle du juge administratif ».
À
lire aussi : INTERVIEW. Coupure de TikTok en Nouvelle-Calédonie : «
Cette interdiction est inédite »
La déclaration de l’état d’urgence,
intervenue dans un décret du 15 mai 2024, soit le lendemain de l’interdiction
de TikTok, « institue un régime juridique qui lui confère, en principe,
les moyens de faire face à de telles circonstances », estime le
Conseil d’État, qui précise que ce régime juridique exceptionnel ne fait pas
obstacle à l’utilisation d’autres dispositions non prévues par l’état d’urgence,
lorsqu’aucune des dispositions de cet état « n’est de nature à répondre
aux nécessités du moment ». En l’occurrence, si la loi relative à l’état
d’urgence permet « l'interruption de tout service de communication au
public en ligne », cette interruption n’est dans ce cadre possible qu’en
cas de diffusion de contenus « provoquant à la commission d'actes de
terrorisme ou en faisant l'apologie ». L’interdiction de TikTok en
Nouvelle-Calédonie ne pouvait dès lors se faire que sur le fondement de circonstances
exceptionnelles.
Mais si le Conseil d’État
rappelle que la décision a été prise en raison de la diffusion sur TikTok de « contenus
incitant au recours à la violence et se propageant très rapidement, compte tenu
des algorithmes auxquels recourt ce réseau auprès de ses utilisateurs »,
la plus haute juridiction administrative a jugé qu’une telle interdiction ne
pouvait être que « pour une durée déterminée n’excédant pas celle
nécessaire à la recherche et à la mise en œuvre, le cas échéant en lien avec le
fournisseur du service, de mesures alternatives permettant d’atteindre
l’objectif recherché et moins attentatoires aux droits et libertés en cause ».
L’une de ces mesures alternatives aurait pu être le blocage de certaines
fonctionnalités uniquement, comme les vidéos en direct par exemple.
« Or la décision
attaquée procède à une interruption totale du service pour une durée
indéterminée, liée seulement à la persistance des troubles à l’ordre public,
sans subordonner son maintien à l’impossibilité de mettre en œuvre des mesures
alternatives », constate le Conseil d’État, qui estime donc que cette
interdiction a « porté une atteinte disproportionnée à la liberté
d’expression, à la liberté de communication des idées et opinions et à la
liberté d’accès à l’information ».
Alexis
Duvauchelle
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