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Avec
ses 45 000 églises, la France est devant un vrai problème. Que
deviendront-elles demain ? Comment les entretenir ?
Il
est clair que la capacité d’accueil de ce patrimoine religieux est aujourd’hui,
d’aucuns peuvent le regretter, sans commune mesure avec les seuls besoins liés
à l’exercice du culte. Ce constat est partagé aujourd’hui par la plupart des
pays d’Europe et l’on voit dans les pays scandinaves notamment, ou en
Angleterre, des édifices vendus et transformés pour accueillir des activités
qui s’accommodent de leurs volumes, de leur emplacement souvent privilégié, ou
simplement de leur qualité architecturale : la nef d’un temple ou l’abside
d’une église offrent des espaces permettant d’accueillir des lobbys d’hôtel,
des restaurants, des lofts, quand ce ne sont pas des dancings ou des bars.
Jusqu’à
ce jour, la France a été, de fait, largement épargnée par ce mouvement. Est-ce
durable, ou les mêmes causes finiront-elles par produire les mêmes
effets ? Sans attendre, il est nécessaire d’ouvrir largement la réflexion
en vue d’anticiper la situation et d’accompagner de façon positive des
solutions qui peuvent être bénéfiques pour tous.
Disons
tout d’abord que le patrimoine religieux français, et plus spécifiquement les
églises catholiques, présentent par rapport à nos pays voisins, deux
différences fondamentales :
•
la première est que ce patrimoine est très majoritairement la propriété des
communes. Cette situation qui résulte des circonstances difficiles de la mise
en œuvre de la loi de 1905 a, pendant un siècle, joué de façon favorable à
l’entretien de ce patrimoine. L’esprit de clocher n’est pas une image et
l’entretien de l’église au cœur du village dépasse généralement les clivages
habituels de la vie communale. Cette situation qui semblait bien établie, se
trouve aujourd’hui sensiblement fragilisée, d’une part par les regroupements de
communes qui laissent aux communautés de communes deux, voire trois églises,
d’autre part par le coût croissant d’entretien et de restauration de ces
édifices, lié en partie au manque d’ouverture des lieux ;
•
la seconde est l’affectation exclusive au culte qui a constitué un frein réel à
tout développement d’activités, compatibles avec l’exercice du culte. Au
demeurant, on ne peut reprocher aux curés affectataires d’avoir veillé avec
courage à la protection de ces lieux.
Le
résultat est que les propriétaires – les communes – sont de plus en plus
réticents à engager des travaux lourds qui grèvent les budgets, au bénéfice
quasi exclusif de communautés qui se sont réduites comme peau de chagrin.
Face
à cette situation, deux attitudes sont possibles :
•
soit entamer un processus de désaffectation (1) au culte qui implique l’accord
des autorités ecclésiales et une désacralisation préalable, pour laisser aux
mairies toute liberté de destination, allant de la destruction à la vente au
plus offrant pour tous usages,
•
soit ouvrir une réflexion constructive, alliant le propriétaire et
l’affectataire, dans le cadre d’une consultation des populations locales, pour
définir les conditions permettant de conserver à ces édifices leur vocation
cultuelle première tout en autorisant, avec l’aval de l’affectataire, des
activités complémentaires réputées compatibles. Ne nous y trompons pas, cet
exercice n’est pas simple, notamment pour les édifices catholiques qui
conservent « la présence réelle » sous la forme des « Saintes
Espèces ».
Néanmoins,
de nombreuses initiatives ont été prises depuis quelques années, qui attestent
que cela est possible, pour autant que ces activités compatibles soient bien
choisies et surtout bien mises en œuvre : il s’agit bien sûr d’abord de
tout ce qui peut accompagner l’expression musicale, la lecture et le
ressourcement, la vie artistique et notamment la découverte de la peinture, des
vitraux, ou de la sculpture, ou encore, dans certaines conditions, l’aide aux
plus défavorisés. Ces activités dites compatibles sont d’une façon générale
reconnues et envisagées par les différents cultes.
Elles
peuvent trouver place, soit par un usage judicieux des lieux qui le permettent
(nef latérale ou chapelle par exemple), soit par le partage dans le temps, sur
un rythme hebdomadaire ou saisonnier.
L’initiative
que prend la Fondation du patrimoine de créer le « Prix Sésame » pour
reconnaître et récompenser les meilleures initiatives illustrant une
compatibilité intelligente, avec l’accompagnement de la population locale, va
dans ce sens. Elle a pour mérite de ne pas bouleverser le délicat équilibre de
la loi 1905, sauf à solliciter de la part de ceux qui ont à la mettre en œuvre
– le propriétaire et l’affectataire – une lecture plus ouverte et sans doute
moins radicale que par le passé avec la conscience, tant du curé affectataire
que du maire propriétaire, des droits et devoirs que l’affectation au culte
implique pour chacun. Enfin, ce prix permet de récompenser et d’encourager le
développement de projets exemplaires assurant une cohérence dans la continuité
des usages et le respect des valeurs.
Ainsi,
comme cela a été fait en Vendée par exemple, dans la commune de
Mortagne-sur-Sèvre (2), on pourra voir éclore, au fil des années, des projets
aboutissant à une forme de réappropriation des églises, qui justifieront les
travaux d’entretien à la charge des communes et le retour en des lieux destinés
à apaiser les cœurs de ceux qui pensaient qu’ils n’étaient plus faits pour eux.
N’est-ce pas cela, remettre l’église sur la place du village ?
Bertrand de Feydeau,
vice-président de la Fondation du patrimoine
1) Loi concernant la
séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, art. 13 relatif à la
procédure de désaffectation d’une église.
2) https://www.vendeevitrail.com/
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