Zoom sur Pono Financial Solutions, solution de gestion de fiducie - Entretien avec Ladislas Manset, CEO


dimanche 31 janvier 2021 à 09:3010 min

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Créée en 2019, Pono Financial Solutions propose une solution de gestion fiduciaire à travers une offre de servicing fiduciaire et une offre de fiducie intégrée. Objectif, via son logiciel SaaS de gestion fiduciaire et son back office spécialisé pour simplifier le suivi de la fiducie, améliorer le traitement de l’information, et rationaliser le coût d’usage de la fiducie. Sélectionnée en janvier dernier par l’incubateur de la Banque Postale « Platform58 », Pono est également labellisée par le Pôle Finance Innovation pour porter l’innovation dans l’activité de fiduciaire, mais également dans la gestion des sûretés du crédit. Entretien avec son CEO, Ladislas Manset.

 

Comment vous est venue l’idée de cette start-up ?

La fiducie, inscrite au Code civil depuis 2007, est un outil juridique extraordinaire, par l’étendue de ses cas d’usage (sûretés du crédit, gestion de patrimoine, M&A, etc.) et par le cadre extrêmement sécurisant qu’elle apporte dans ces opérations.

Malheureusement, le métier de fiduciaire a été préempté à la fin des années 2000 par quelques acteurs qui pratiquent des tarifs de gestion fiduciaire en pourcentage de la valeur des actifs (entre 0,3 % et 1 % par an de la valeur des actifs transférés en fiducie). Ces tarifs ne sont souvent pas en adéquation avec la réalité du travail de gestion fiduciaire.

Cela a contribué à rendre cet outil juridique trop onéreux dans la plupart des cas. On estime que 75 % des fiducies prescrites avant 2020 ne se faisaient pas pour une question de coût (supporté par le constituant).

De ce constat nous est venue l’idée de développer un outil logiciel et une offre pour simplifier la mise en place de contrats de fiducie dans tout type d’opération (sûreté et gestion) et la gestion de ces contrats de façon transparente, sécurisante et compétitive pour les parties.

Notre ambition est de libérer l’usage de cet outil juridique fantastique pour le rendre accessible à toutes les pratiques du droit concernées (financement, patrimonial, corporate, restructuring, etc.).

 

Quand et comment Pono Financial Solutions a-t-elle été créée ?

Pono a été créée en septembre 2019, puis nous avons développé la première version de notre outil pendant 10 mois avant de commencer à commercialiser notre offre en juin 2020.

Nous avons très rapidement signé avec un premier client établissement de crédit ACPR, puis des cabinets d’avocats et fonds de dette. Notre solution est également prescrite par des notaires, pour donner accès simplement (et au juste prix) à la fiducie sur des sujets de gestion de patrimoine.

 
 

« L’innovation est inéluctable dans les métiers où la fiducie intervient : financement des entreprises, gestion de patrimoine, etc. »

 

 

Avez-vous reçu une formation spécifique pour créer votre entreprise lors de vos études ?

J’ai une formation en école de commerce, mais ce sont mes expériences professionnelles qui m’ont fourni les meilleurs outils.

 

Avez-vous eu des difficultés lorsque vous vous êtes lancé ? Si oui, lesquelles ?

La principale difficulté, lors des premiers mois, a été de trouver le bon équilibre entre la sécurité juridique à laquelle sont attachés (à juste titre) les professionnels du droit et la diffusion de l’innovation dans ces métiers. Il est intéressant de noter que les mentalités changent rapidement et que l’innovation est inéluctable dans tous les métiers où la fiducie intervient : financement des entreprises, gestion de patrimoine, etc.

 

Quels sont les professionnels qui vous ont accompagné lors de la création ?

Lors de la création de la société et la levée de fonds qui a suivi fin 2019, nous avons été accompagnés par le cabinet Ginestié Magellan Paley-Vincent (François Devedjian et Fabienne Kerebel).

Nous avons également testé notre idée et les fonctionnalités de notre solution auprès de nombreux professionnels (avocats, notaires, banquiers prêteurs) et avons mis en place des partenariats pour l’ouverture de comptes bancaires fiduciaires et sur l’expertise comptable de la fiducie avec des cabinets d’expertise comptable de premier plan, qui connaissent bien la fiducie.

 

Quelle forme juridique avez-vous choisie et pourquoi ?

Nous avons choisi de créer une SAS pour sa souplesse et la simplicité du secrétariat juridique qu’offre ce type de structure.

Quel est votre marché ? Visez-vous un public spécifique ou grand public ?

Nous sommes une société de B2B et notre marché peut se diviser en quatre catégories de professionnels :

opérateurs de crédit corporate (bancaire ou alternatif) aux professionnels et TPME ;

opérateurs de crédit immobilier (bancaire ou alternatif) ;

professionnels de la gestion de patrimoine (notaires, avocats, family offices, banques privées) ;

avocats en restructuring, financement et M&A.

 

Quelle est votre politique sociale ? Combien avez-vous de salariés ?

Nous sommes aujourd’hui une équipe de cinq personnes et devrions être huit l’année prochaine. Nous n’avons pas de politique sociale particulière, si ce n’est la volonté d’ajouter une touche féminine à une équipe encore trop masculine, ce sera le prochain recrutement, probablement pour renforcer l’équipe technique.

 

Quels sont vos arguments, vos points forts qui vous démarquent ?

Grâce à notre logiciel SaaS de gestion fiduciaire et notre back office spécialisé dans la gestion fiduciaire, notre point fort est avant tout la grande sécurité que nous proposons dans la gestion fiduciaire. Nous offrons aussi une meilleure qualité de gestion fiduciaire, car les personnes qui participent à la structuration de contrats de fiducie pre-signing sont les mêmes que celles qui font le back office en s’appuyant sur le logiciel Pono. Nous nous engageons aussi à plus de transparence et de suivi dans l’information, notamment au travers de reportings et rappels automatiques de tâches. Enfin, nous défendons une plus grande efficacité dans la gestion qui se traduit par des tarifs très inférieurs à ceux du marché.

 

Quelle sera votre stratégie pour vous faire connaître ?

Nous avons eu recours à une stratégie de contenu sur Linkedin, des articles rédigés en partenariat avec des cabinets d’avocat, la participation ou l’organisation de webinaires sur nos thématiques de prédilection (financement, restructuring, gestion de patrimoine, etc.) et enfin de nombreux rendez-vous en présentiel et en visio-conférence puisque c’est désormais la mode !

 

Quels sont vos principaux concurrents ?

Nos principaux concurrents sont d’abord les outils juridiques qui existaient avant l’apparition de la fiducie : les sûretés traditionnelles du crédit traditionnel, souvent insuffisantes (hypothèque, gage et nantissement), et les sociétés civiles en gestion de patrimoine.

Ce sont également les fiduciaires traditionnels, même si notre modèle est radicalement différent.

 

Quelle est votre politique en matière d’investissement ?

Nous investissons principalement i) dans notre plateforme technologique qui est la pierre angulaire de notre projet, et ii) dans un back office spécialisé dans la gestion fiduciaire pour accompagner efficacement et de façon sécurisée la gestion de nos contrats de fiducie.

 

Quels sont vos objectifs de développement ?

Nous souhaitons gérer une centaine de contrats de fiducie et 500M€ à travers la plateforme Pono à fin 2021, soit 18 mois après notre lancement, ce que seuls certains fiduciaires ont mis dix ans à réaliser. À fin 2024, notre ambition est de gérer plus de 1 000 contrats de fiducie avec Pono.

 

Quels sont actuellement vos besoins ?

En complément de la fiducie en sûreté du financement bancaire ou alternatif, nous développons beaucoup la fiducie en gestion de patrimoine auprès de notaires, banques privées et family office. Nous sommes donc toujours heureux d’échanger sur les problématiques de nos clients ou prospects et de partager les cas d’usage de la fiducie que nous voyons : organisation de la succession, protection du patrimoine de mineurs ou personnes fragiles, contrôle de la donation, gestion de l’indivision, etc.

 

Quels conseils donneriez-vous aux créateurs d’entreprises ?

Il faut savoir faire le tri dans les remarques que l’on vous fait lors de la phase de réflexion sans se laisser abattre. Si j’avais écouté 10 % des personnes qui ont réagi à l’ébauche du projet Pono les premiers mois, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Il faut également avoir un plan de route à 18/24 mois en permanence, même s’il est appelé à être adapté très régulièrement, cela permet de sortir du quotidien et de prévoir les ressources indispensables pour le mener à bien.

 

Êtes-vous affecté par la crise sanitaire de la Covid-19 ?

La crise de la Covid ne nous affecte qu’à la marge. Le besoin du marché pour notre solution et notre approche est bien là, la crise ne fait que retarder un peu la signature de nouveaux contrats, car nos clients doivent, comme tout le monde dans cette période si particulière, gérer en priorité les urgences.

Par ailleurs, nous sommes un acteur digital très flexible, donc par nature habitué au travail à distance et à la dématérialisation, ce qui simplifie notre quotidien par rapport à des acteurs traditionnels.

 

Propos recueillis par Myriam de Montis

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