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Alors que l’Assemblée
nationale et le Sénat, réunis en CMP le 5 octobre, ont trouvé un accord sur le
projet de loi relatif à la modernisation du corps judiciaire, l’association
France Universités dénonce aujourd’hui une « défiance vis-à-vis de la
formation doctorale ». Un avis partagé par le président de l’université
Paris-Panthéon-Assas.
Nouveau coup de tonnerre à
l’égard du projet de loi organique relatif à l’ouverture, à la modernisation et
à la responsabilité du corps judiciaire.
Ce mardi, l’association
France Universités, qui rassemble les dirigeants exécutifs des universités et
établissements d’enseignement supérieur et de recherche, s’est exprimée en leur
nom dans un communiqué, après l’accord trouvé entre l’Assemblée nationale et le
Sénat, en commission mixte paritaire du 5 octobre, relatif au projet de loi et
entérinant la suppression du recrutement sur titre des docteurs en droit dans
la magistrature qui leur était auparavant ouvert.
France Universités indique en
effet « regrette[r] vivement » cette décision, à l’heure où le
gouvernement ambitionne de recruter 8 500 magistrats d’ici la fin du
quinquennat.
Un projet de loi « empreint
d’une défiance vis-à-vis de la formation doctorale »
L’association le martèle, ce
projet de loi est, selon elle, « empreint d’une défiance vis-à-vis de
la formation doctorale et s’inscrit en contradiction avec toutes les
initiatives visant à valoriser le plus haut diplôme national » en plus
de « constitue[r] une grave régression pour [le] pays ».
En effet, « à rebours
d’un objectif d’élargissement et de diversification du corps de la
magistrature, le texte prévoyait au départ l’abrogation du recrutement sur
titre, notamment accessible aux doctorants et docteurs en droit, sans
contrepartie. Cette évolution est apparue aussi incompréhensible qu’injustifiée
aux yeux des présidentes et présidents d’université et des doyens des UFR de
droit. Elle témoigne d’une crispation sur des intérêts corporatistes d’un autre
âge, qui non seulement ne sert pas l’intérêt général, mais fragilise
l’attractivité de la France » est-il détaillé dans le communiqué.
Le corps d’universitaire en
colère
Les doyens et professeurs
d’université n’ont d’ailleurs pas hésité à ruer dans les brancards et à apporter
leur soutien sur le sujet.
Tout aussi « clair,
net, [et] précis » que le communiqué de France Universités, le post
LinkedIn du doyen de la faculté Jean Monnet (droit, économie et management) de
l’université Paris-Saclay Charles Vautrot-Schwarz témoigne de son regret
partagé : « La suppression du recrutement sur titre des docteurs
en droit dans la magistrature est une régression. »
En réponse au président de la
commission des lois et porteur de l’amendement, Sacha Houlié, qui a indiqué, à l’issue de l’accord trouvé, que
« la Justice aura sa grande loi et un accroissement inédit de son
budget, au bénéfice des magistrats, des greffiers, des agents pénitentiaires
mais surtout des justiciables ! », le président de l’université
Paris-Panthéon-Assas Stéphane Braconnier, qui atteste également d’une véritable
« régression de la valorisation du doctorat portée par les universités »,
voit quant à lui un « accord conclu au détriment des docteurs en droit,
qui voient leurs possibilités d’accès à la magistrature très réduites par le
nouveau texte ».
« Pourquoi la
magistrature devrait-elle se priver du vivier que forment les docteurs en droit ? »
Un constat déjà dressé par le
président, le 26 juin dernier, dans un édito pour l’Association Française des
Docteurs en Droit (AFDD), dont les propos font écho à ceux de France Universités.
Stéphane Braconnier dénonçait en effet cette suppression « que personne
n’est objectivement en mesure d’expliquer, (…) à contre-courant de la volonté
de valorisation du doctorat (…) de la politique volontariste menée dans les
universités consistant à construire, autour de la préparation du doctorat, une
véritable expérience professionnelle, (…) et à contre-courant des besoins mêmes
de la magistrature ».
Le président se demandait
également « pourquoi la magistrature devrait-elle se priver du vivier
que forment les docteurs en droit, pétris de culture juridique et experte dans
leur domaine ». Un questionnement qui rejoint les propos de la Conférence
des Doyens Droit Science politique, laquelle s’était également prononcée sur le
sujet le 23 juin dernier, rappelant que « les docteurs en droit sont
hautement qualifiés et que comme les autres, ils apprendront le métier à l’ENM »,
et se disant également étonnée et inquiétée de cette décision.
Mais en dépit des critiques,
l'Assemblée nationale puis le Sénat pourraient bientôt adopter les conclusions de la commission mixte
paritaire sur le projet de loi organique relatif à la modernisation du corps
judiciaire. Réponse prochainement !
Allison
Vaslin
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