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La question de l'eau est un sujet central et croissant. C’est la raison pour laquelle, dans cette nouvelle série, le cabinet d’avocats Huglo Lepage a choisi d’aborder, pour le JSS, la question sous l’angle de la ressource comme sur celui des usages, sans oublier la qualité et donc la pollution impactée par les effets du dérèglement climatique. La réduction de la ressource en eau, surtout en eau disponible, rend inévitables les changements d'usage pour éviter les conflits les plus lourds et mettre en place le plus rapidement possible des solutions d'adaptation. Ressource en eau en France : un état des lieux préoccupant ; Une nouvelle réglementation attendue de toute urgence pour respecter les objectifs du plan eau Industrie 2030 : anticiper et s'adapter à la raréfaction de la ressource en eau pour pérenniser son activité |
Le secteur industriel prélève
en moyenne 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dans les eaux de surface et les
eaux souterraines, soit 8 % des prélèvements annuels en France. C’est dans ce
contexte que depuis mars 2023, la sobriété s’organise et se construit. L’utilisation
des eaux usées et de l’eau de pluie est l’un des principaux leviers disponibles
pour réduire la dépendance de l’industrie aux prélèvements dans le milieu
naturel, affirme l’avocate Raphaëlle Jeannel, qui ajoute
que « les industriels doivent gagner la bataille de l’économie d’eau ».
Il faut de l’eau pour
produire et répondre à nos besoins quotidiens, qu’il s’agisse de notre
alimentation, de notre santé, de nos objets, de nos besoins énergétiques ou de
la gestion de nos déchets. Il faut par exemple 400 litres d’eau pour produire
un kilogramme de sucre, 1000 litres pour un verre de lait, 10 000 litres
pour un jean, 25 000 litres pour une tonne de papier, 35 000 litres
pour une voiture.
L’eau est ainsi indispensable
à de nombreux processus de production. Elle a plusieurs usages dans
l’industrie : en amont du processus de fabrication pour des opérations de
transport ou de lavage, elle est utilisée comme fluide thermique pour chauffer
ou refroidir. Elle est également utilisée comme matière première, pour la
fabrication de savons, de peinture ou de boissons par exemple.
Selon France Stratégie, le service
du Premier ministre chargé d’éclairer les décisions politiques, le volume
annuel d’eau renouvelable en France, celui que nous utilisons, a diminué de 14 %
entre la période 1990-2001 et la période 2002-2018, essentiellement du fait de
la baisse des précipitations. Les prélèvements d’eau pour nos divers usages,
domestiques, industriel, agricole, de navigation et d’énergie, peuvent paraître
faibles au regard du volume disponible[1], mais il varie selon les
territoires. Les prélèvements peuvent ainsi localement dépasser la ressource
renouvelable et il en résulte des conflits d’usage ou bien l’utilisation de
stocks d’eau non renouvelables. La sécheresse de 2022 a par exemple entraîné
des restrictions d’eau dans 93 départements et plus de 1000 communes ont été
soumises à une rupture d’approvisionnement en eau potable. Ces tensions vont
s’accroitre avec le dérèglement climatique.
Pour y faire face, le
gouvernement a établi un plan d’action pour une gestion résiliente, sobre et
concertée de la ressource en eau. Celui-ci repose notamment sur l’organisation
de la sobriété des usages pour tous les acteurs avec un objectif de réduction
des prélèvements de 10 % d’ici à 2030.
Le secteur industriel est
bien entendu concerné. Il prélève 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dans les
eaux de surface et les eaux souterraines, soit 8 % des prélèvements annuels
totaux d’eau en France, sur le territoire métropolitain[2]. 58 % de ces prélèvements
sont réalisés par les industries chimiques, pharmaceutiques et agroalimentaires.
Ils sont principalement consommés par le secteur agroalimentaire, suivi par le
secteur de la chimie-pharmacie.
C’est dans ce contexte que
depuis mars 2023, la sobriété s’organise et se construit. Ses effets s’en sont
déjà fait sentir et ils s’accentueront. Face
à la raréfaction de la ressource, les industriels doivent gagner la bataille de
l’économie d’eau pour pérenniser leur activité.
La fiscalité de l’eau
s’adapte à la raréfaction de la ressource : quelles conséquences pour
l’industrie ?
L’eau n’a pas de prix parce
qu’elle fait partie du patrimoine commun de la nation. Ce que nous payons,
c’est le coût de sa distribution et de son traitement. Lorsqu’il s’agit d’eau
potable comme celle que tout un chacun utilise au quotidien, le coût de l’eau
correspond à celui des services publics d’eau et d’assainissement. Il couvre
les frais exposés pour assurer la distribution de l’eau et qui correspondent
aux opérations de prélèvements, de potabilisation, et d’acheminement jusqu’au
robinet. Il couvre aussi, le coût de la collecte de l’eau une fois qu’elle a
été utilisée, puis celui de son transport jusqu’à la station de traitement et
celui de son assainissement avant rejet dans le milieu naturel.
L’utilisation par l’industrie
d’une autre source d’eau que le réseau public d’eau potable et les rejets
d’eaux usées qu’elle produit font l’objet d’une facturation distincte de celle
des ménages. Les industriels peuvent ainsi être tenu de s’acquitter auprès de
l’Etat de redevances qu’ils versent aux agences de l’eau.
Ils sont concernés par trois
types de redevances : la redevance pour prélèvement sur la ressource en
eau due par toute personne dont les activités entraînent un prélèvement sur la
ressource en eau (pour les volumes supérieurs à 10 000 m3/an ou
7 000 m3/an pour les secteurs en zone de répartition des eaux) ; la
redevance pour modernisation des réseaux de collecte due par les personnes
rejetant des éléments de pollution d'origine non domestique dans un réseau
public de collecte ; la redevance pour pollution de l'eau d'origine non
domestique due par toute personne dont l’activité entraîne le rejet dans le
milieu naturel, de substances, composés chimiques ou éléments physiques
considérés comme source de pollution[3].
Ces redevances sont destinées
à financer les actions de préservation de l’eau et des milieux aquatiques sur
le territoire national. Elles ont également pour objet d’inciter à des
pratiques vertueuses et permettent de financer certaines aides aux entreprises
pour des projets de réutilisation ou de recyclage de l’eau ou encore d’amélioration
de traitement des effluents.
Pour faire face à l’urgence
climatique, une réforme destinée à augmenter les capacités financières des
agences de l’eau, à rééquilibrer la fiscalité de l’eau et accompagner les
comportements vertueux a été engagée par la loi de finance pour 2024. Elle vise
notamment à diminuer de 10 % les prélèvements d’eau d’ici 2030 et de mieux
mesurer les volumes prélevés.
Cette réforme va notamment
modifier la dénomination de la redevance pour modernisation des réseaux, la
rendant plus explicite ; elle deviendra la redevance sur la consommation
d’eau potable.
Au-delà de ce changement de
dénomination, la réforme se traduira surtout par une taxation plus importante des
prélèvements pour tenir compte de la raréfaction des ressources en eau. Des
taux planchers vont être instaurés, par exemple pour les redevances pour
prélèvement pour les usages de refroidissement industriels ; et les plafonds
existants des redevances vont être relevés. Les préleveurs devront s’équiper
d’un dispositif de comptage.
Il s’agit également de
renforcer le poids du principe pollueur-payeur dans le calcul des redevances. Une
fourchette sera ainsi introduite pour déterminer le seuil de pollution des
activités économiques au-delà duquel un suivi régulier des rejets est
nécessaire, avec une majoration de la redevance en cas de défaut de suivi.
La réforme entrera en vigueur
au 1er janvier 2025 et les premiers textes d’application viennent
d’être publiés[4].
Cela laisse peu de temps aux industriels pour s’y préparer et s’équiper, mais
ils disposent de leviers pour s’y adapter, comme la possibilité de réutiliser
l’eau dont ils font usage. C’est notamment le cas pour le secteur de
l’agroalimentaire depuis juillet 2024. En outre, ils demeurent éligibles, sous
conditions bien entendu, à des aides des agences de l’eau.
Les restrictions d’eau en
période de sécheresse : quelles sont les règles et comment s’y adapter
pour limiter leur incidence sur l’activité ?
La sobriété hydrique est
prévue de longue date par la réglementation relative aux installations classées
pour la protection de l’environnement (ICPE). Celle-ci impose le suivi des
prélèvements et la limitation de la consommation d’eau aux sites qui relèvent
du régime de l’enregistrement et de la déclaration, par les arrêtés
ministériels qui fixent les règles applicables à chaque type d’industrie[5]. Les mêmes obligations
s’imposent aux sites soumis à autorisation en application de l’arrêté du 2
février 1998.
On constate d’ailleurs depuis
le milieu des années 1990 une forte baisse des prélèvements d’eau par les
industriels, de l’ordre de 1,6 % par an.
La réglementation relative à
l’eau comporte en outre des règles visant à assurer une gestion équilibrée de
la ressource en eau pour faire face à une menace de sécheresse ou de pénurie
d’eau et à leurs conséquences. Ce cadre permet au préfet de département de prendre
des mesures de limitation, voire de suspension provisoire des usages de l’eau
pour certaines activités. Le but est d’assurer par priorité l’alimentation en
eau potable de la population. Ces mesures sont prévues pour s’inscrire dans une
durée limitée et pour faire face à une situation d’urgence.
Toutefois, ce cadre
réglementaire s’est révélé insuffisant pour gérer des conflits sur la
répartition de la ressource qui sont amenés à se répéter fréquemment avec le
changement climatique et à se généraliser sur tout le territoire national. La
situation de sécheresse qui a touché la France en 2022, et s’est répétée en
2023, a été le déclencheur d’une modification d’ampleur de la réglementation
destinée à répondre aux crises ainsi que plus généralement, à organiser la
sobriété des usages pour tous les acteurs sur l’ensemble du territoire national
et à optimiser la disponibilité de la ressource tout en préservant la qualité
de l’eau.
Le Plan eau a
été décliné dans l’industrie par une évolution, en juin 2023 du cadre
réglementaire des ICPE en cas de sécheresse. Elle concerne les sites soumis à
autorisation ou à enregistrement qui prélèvent annuellement plus de 10 000
m3. Les mesures qui sont ainsi nouvellement applicables aux ICPE viennent compléter
les mesures de restriction d’eau adoptées par ailleurs, mais ne les remplacent
pas. Elles peuvent donc se cumuler. Elles peuvent en outre être rendues plus
contraignantes, si nécessaire, pour assurer les usages prioritaires de l’eau
comme l’alimentation de la population. L’objectif poursuivi par cette nouvelle
réglementation est, d’une part, de permettre aux industriels d’anticiper les
restrictions qui pourront être appliquées à leur site en situation de crise et,
d’autre part, de tenir compte des enjeux de chaque filière et des efforts de
sobriété que les industriels ont pu mener.
Ainsi, en
cas de sécheresse, il est prévu trois niveaux de réduction des prélèvements
d’eau dépendant du niveau de gravité de celle-ci.
Certaines
activités ne sont pas concernées par ces restrictions. Il s’agit d’industries
qui répondent à des besoins qui pourraient être qualifiés de primaires
(alimentation en eau potable, production d’électricité, de médicaments
d’intérêt thérapeuthique majeurs, de production d’aliments frais). Sont
également exemptés les exploitants de sites industriels qui ont effectué des
efforts conséquents de réduction de leurs prélèvements en eau ou d’utilisation
d’eaux usées traitées ou d’eau de pluie, ou encore les sites nouvellement
autorisés ou enregistrés depuis le 1er janvier 2023.
Pour les
autres industriels, lorsqu’un niveau
« vigilance » sécheresse est atteint le personnel doit être
sensibilisé aux règles de bon usage et d’économie d’eau. Lorsque le niveau atteind
le stade « alerte » la
réduction des prélèvements d’eau est de 5%, lorsqu’il passe en « alerte
renforcée » la réduction est de 10% et lorsque le niveau atteint la
« crise », la réduction imposée est de 25%. La réduction des
prélèvements doit être effective dans les trois jours suivant le déclenchement
du niveau de gravité. Elle porte tant sur les prélèvements dans le réseau d’eau
potable que dans le milieu naturel mais pas sur les eaux de pluie récupérées
pour être réutilisées ou les prélèvements dans le milieu marin.
Les
restrictions de prélèvements s’appliquent sur un volume de référence qui
correspond à une moyenne d’eau prélevée quotidiennement. Chaque exploitant doit
ains déterminer ce volume de référence, en le justifiant, et le transmettre à
l’administration. Son calcul doit donc faire l’objet d’une attention
particulière dans la mesure où c’est sur ce volume que sera calculé le volume
d’eau disponible pour l’activité quotidienne en cas de sécheresse. La pérénité
de l’activité en période de sécheresse dépend ainsi de la détermination de ce
volume de référence.
En situation
d’alerte renforcée ou de crise, un suivi des prélèvements et des consommations
doit être effectué par l’exploitant et transmis à l’administration. Le respect
des restrictions de prélèvements sera ainsi contrôlé de façon hebdomadaire et
le régime de sanctions administratives et pénales des ICPE trouve naturellement
à s’appliquer en cas de manquement.
Ce cadre
réglementaire a évolué le 7 juillet dernier[6] afin de
tenir compte du retour d’expérience. Il vient modifier la notion de volume de
référence afin que celui-ci puisse être établi plus précisément, en tenant
compte des divers aléas dans l’exploitation d’un site. Il prévoit désormais que
le volume de référence soit déterminé par milieu de prélèvement (eaux de
surface, eaux souterraines, réseau plublic,…). Il s’agit d’adapter les
restrictions au niveau d’alerte du milieu dans lequel ils sont effectués et de
ne pas imposer de restriction dans un milieu qui ne serait pas en état d’alerte.
Il modifie également les modalités de prise en compte du volume incompressible
d’eau nécessaire à la sécurité des installations et à la protection de
l’environnement qui doit être inclus dans le volume de référence. Il précise opportunément
que les restrictions sur les prélèvements ne s’appliquent pas sur les eaux
réutilisées. Il facilite enfin également la remontée des données hebdomadaires
en prévoyant leur transmission via un outil dédié dans l’interface GIDAF.
Avec ce cadre réglementaire
de l’eau qui se structure et des sécheresses dont la fréquence va augmenter à
l’avenir, il est désormais indispensable de connaître et de maîtriser sa
consommation d’eau annuelle afin de pérenniser son activité. Deux des leviers
d’anticipation et d’adaptation à un risque d’interruption de l’activité sont la
réutilisation des eaux usées et l’utilisation de l’eau de pluie. Ils sont
d’ores et déjà mobilisables dans les ICPE pour les usages non domestiques et le
seront très prochainement pour certains usages domestiques.
La réutilisation de l’eau dans
l’industrie : avec quelles eaux, pour quels besoins et selon quelles
modalités ?
Depuis le 1er
janvier 2021, les pouvoirs publics doivent promouvoir la recherche d’une
utilisation économe, efficace et durable de la ressource en eau. Cela passe
notamment par la réutilisation des eaux usées traitées et l'utilisation des
eaux de pluie en remplacement de l'eau potable[7]. C’est le cas de
l’administration en charge du contrôle et de la régulation des activités
industrielles[8].
Il existe deux grandes
limites, sanitaire et historique, à l’utilisation d’eaux usées et d’eau de
pluie.
Ces eaux peuvent présenter un
risque pour la santé et l’environnement dans la mesure où elles peuvent être
polluées et contaminées par les milieux qu’elles ont traversés, ou les usages
qu’elles ont reçus. Les eaux déjà utilisées ou l’eau de pluie peuvent par
exemple être chargées en pesticides, en métaux ou en amiante. Il est donc
indispensable de s’assurer, par contrôle et au besoin par traitement, que la
qualité de l’eau est adaptée à l’usage qu’elle doit recevoir.
En outre historiquement, les
principes d’accès à l’eau et les infrastructures de distribution ont été
établis alors que la ressource était abondante et que la nécessité de la
réutiliser ne se faisait pas sentir. Il s’agissait alors d’assurer l’accès à
une eau potable pour garantir les besoins fondamentaux de la population.
L’eau distribuée sur le
territoire devait être compatible avec des usages dits « domestiques »
et de « préparation de denrées alimentaires ». Une eau
présentant des garanties de qualité la rendant potable a ainsi toujours été la
norme pour la distribution de l’eau par les réseaux publics. Les
infrastructures ont été pensées pour distribuer uniquement des eaux potables et
les tenir séparées des eaux usées sans échange possible de l’un à l’autre pour
éviter des accidents. Or, c’est précisément un tel échange que suppose la
réutilisation de l’eau.
L’utilisation d’eaux usées et
d’eau de pluie suppose ainsi de s’assurer d’une part qu’elles ont la qualité
requise pour l’usage qui va leur être donné et d’autre part qu’elles ne vont
pas être mélangées à une potable destinée à la consommation humaine.
La réutilisation de l’eau est
déjà possible pour les usages non-domestiques de l’eau dans les ICPE, qu’elles
relèvent du régime de l’autorisation, de l’enregistrement ou de la déclaration[9].
Un projet d’utilisation
d’eaux non potables au sein d’une ICPE peut ainsi être mis en œuvre sous le
contrôle de l’administration comme tout projet de modification des
conditions d’exploitation d’une ICPE. Il doit être soumis au préfet
préalablement à sa mise en œuvre avec tous les éléments permettant d’apprécier
si les risques de la réutilisation de l’eau pour les usages envisagés ont bien
été pris en compte. Il s’agira ainsi notamment de décrire la réutilisation
projetée en précisant le type d’eau visée (par exemple l’eau de pluie, une eau
usée traitée, une eau des lave-mains, des douches, …) ainsi que sa qualité. Le
ou les usages projetés doivent également être précisés, avec les critères de
qualité requis, et les éventuels traitements qui devront être effectués. Le
préfet et ses services détermineront ensuite si la réutilisation peut se faire
en fonction des incidences qu’elle est susceptible d’avoir sur la santé et
l’environnement et, le cas échéant, à quelles conditions.
La réutilisation de l’eau
pour certains usages domestiques en remplacement de l’eau potable pourra en
principe se faire dans une ICPE dès le 1er septembre 2024. Les
conditions en seront fixées par un décret et un arrêté ministériel dont la
publication est imminemment attendue depuis qu’ils ont été soumis à la
consultation du public en juin dernier. La réutilisation d’eaux non potable
pour certains usages dans l’industrie agro-alimentaire est, elle, d’ores et
déjà possible depuis le 10 juillet 2024 avec l’entrée en vigueur de l’arrêté
ministériel en précisant les conditions[10].
Selon ces projets de texte, dans les ICPE, les seuls usages domestiques pouvant être assurés avec de l’eau non potable ou des « Eaux Impropres à la Consommation Humaine » (EICH) sont le lavage du linge, le lavage des sols intérieurs, l’évacuation des excreta, l’alimentation de fontaines décoratives non destinées à la consommation humaine, le nettoyage des surfaces extérieures, l’arrosage des espaces verts, et l’arrosage des jardins potagers.
Pour assurer ces usages, les
eaux suivantes peuvent être utilisées : les eaux brutes naturelles (eaux
de pluie, eaux douces superficielles et souterraines, eaux des puits et des
forages à usage domestique) ; les eaux grises qui sont les eaux
évacuées après utilisation des douches, des baignoires, des lavabos, des
lave-mains et des appareils uniquement destinés au lavage du linge ; les
eaux issues des piscines à usage collectif ; les autres types d’EICH comme
les eaux usées traitées, les eaux de process, les eaux vannes,
Pour être utilisées, ces EICH
doivent répondre à des critères de qualité qui dépendent des usages auxquels
elles sont destinées et qui portent sur les escherichia coli, les
Entérocoques intestinaux, la legionella pneumophila, la Turbidité, le carbone
organique total et le pH. Ces critères sont fixés par l’arrêté pour les eaux
brutes naturelles, les eaux grises et les eaux de piscine. Pour les autres
EICH, les critères seront à déterminer au cas par cas. A noter cependant que
pour le lavage du linge, seules des eaux brutes naturelles pourront en principe
être utilisées
L’exploitant
devra mettre en place des modalités de surveillance de la qualité de l’eau et
un système permettant de garantir que l’utilisation des EICH sera en permanence
complètement séparée et distinct des réseaux d’eau destinée à la consommation
humaine (canalisations distinctes, signalétique claire, mécanisme de déconnexion
…). Ce système devra également répondre à des critères permettant d’éviter le
risque de noyade et de développement de nuisibles, et faire l’objet de
contrôles et d’entretien réguliers
Les derniers freins réglementaires à l’utilisation d’eaux non conventionnelles dans l’industrie seront bientôt levés ; la récurrence des sécheresses et la réforme des redevances des agences de l’eau en 2025 devraient rendre soutenables les investissements qui seraient nécessaires. L’utilisation d’eaux non conventionnelles dans l’industrie est aujourd’hui de l’ordre de 1%, là où ailleurs en Europe, en Espagne ou en Italie par exemple, la réutilisation porterait sur 8 à 15% des eaux usées[11]. Il existe ainsi une marge de progression non négligeable. Les signaux sont donc au vert pour transformer son approvisionnement en eau et sa consommation et ainsi pérenniser son activité.
Raphaëlle Jeannel
[1]
Les prélèvements pour ces usages sont estimés à 31 milliards de m3
d’eau douce par an, et la ressource renouvelable disponible à 210 milliards.
[2]
France stratégie, « Prélèvements et consommation d’eau : quels
enjeux et usages ? », La note stratégique, avril 2024, n°136.
[3]
Ils sont listés à l’article L. L. 213-10-2 du Code de l’environnement
[4]
Décret n° 2024-787 du 9 juillet 2024 portant modifications des dispositions
relatives aux redevances des agences de l'eau
Arrêté du 5 juillet 2024 relatif aux modalités
d'établissement de la redevance sur la consommation d'eau potable et des
redevances pour la performance des réseaux d'eau potable et pour la performance
des systèmes d'assainissement collectif
Arrêté du 5 juillet 2024 modifiant l'arrêté du 19
décembre 2011 relatif à la mesure des prélèvements d'eau et aux modalités de
calcul de l'assiette de la redevance pour prélèvement sur la ressource en eau
Arrêté du 10 juillet 2024 relatif aux modalités
d'établissement des redevances pour pollution de l'eau modifiant l'arrêté du 21
décembre 2007 relatif aux modalités d'établissement des redevances pour
pollution de l'eau et pour modernisation des réseaux de collecte
[5]
Par exemple pour la méthanisation les arrêtés du 10 novembre 2009 et du 12 août
2010 respectivement relatifs aux prescriptions générales applicables aux
installations classées de méthanisation soumises à déclaration et à
enregistrement sous la rubrique n° 2781.
[6]
Avec l’entrée en vigueur de l’arrêté du 3 juillet 2024 modifiant celui du 30
juin 2023.
[7]
C’est d’ailleurs un des objectifs du « plan Eau » qui vise à massifier la
valorisation des eaux non conventionnelles afin de diminuer l’empreinte sur la
ressource en eau.
[8]
Article L. 211-1 du Code de l’environnement.
[9] Par exemple, la demande d’autorisation environnementale doit préciser les mesures permettant une utilisation efficace, économie et durable de la ressource en eau notamment par le développement de la réutilisation des eaux usées traitées et de l'utilisation des eaux de pluie en remplacement de l'eau potable (article R. 181-13 du Code de l’environnement).
[11]
P. Thouverez, « Il y a une prise de conscience globale des industriels
sur la ressource eau», dossier « Le manque d'eau : une nouvelle
réalité pour l'industrie française », Techniques de l’ingénieur, mai
2023.
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