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Pour être accompagnées dans cette transformation qui vise à améliorer l'organisation des entreprises, les DJ peuvent compter sur les legal ops. Mais ces précieux « bras droits » restent encore trop éloignés des comités de direction.
« L’importance des directions
juridiques (DJ) ne fait que croître. De plus en plus d’activités sont prises
sous leur aile, et on comprend leur
volonté de prendre cette place de conseiller stratégique auprès de la
direction. » C’est le constat dressé par Racha Saadat, senior
product marketing specialist chez Wolters Kluwer – doyen des éditeurs de logiciels
et de contenus juridiques et professionnels, à qui l’on doit easyQuorum et Legisway. Début novembre, la société organisait
son grand rendez-vous annuel.
L'attente est visiblement partagée par les entreprises, comme l'affirme Philippe Mannent, legal operations officer (legal ops) et responsable de l’ensemble des services liés à la gestion des risques conformité et transformation des DJ : « On a constaté une forte attente de la direction générale et du comex à ce que la DJ sorte de son bastion d’expert, et endosse un vrai costume de transformation. », et ce, afin de structurer et rendre plus efficace l’organisation de l’entreprise en général. « Sans dire que cela devient un trait commun mais presque », la DJ et le secrétariat général sont liés.
Les chiffres l’attestent : selon la cartographie Legisway des directions juridiques, menée par Wolters Kluwer et publiée au début de l’automne 2024, trois directeurs juridiques sur quatre déclarent participer au comex/codir de leur organisation, contre deux sur trois en 2018.
Si l’ancienne avocate et legal
ops manager externe, Delphine Bordier, s’est d’abord montrée sceptique face
à ces chiffres, elle admet volontiers que des changements s’opèrent. « Les
attentes sont très différentes aujourd’hui, et il ne faut pas oublier que le rôle même du juriste d’entreprise est assez
récent dans l’histoire »,
souligne-t-elle. Rôle qui a d’ailleurs évolué au fil des années : cantonné
à ses débuts au contentieux, le juriste se positionne actuellement dans
l’entreprise avec « une valeur de stratège, estime Delphine Bordier. Il
ne peut plus être simplement dans l’expertise juridique avec toutes les
nouvelles missions », qui conduisent à rattacher ce métier non
plus à la direction financière mais aux directions générales et au secrétariat
général.
L’importance de rattacher les
DJ aux directions d’entreprises…
Et cette nouvelle corde à l’arc juridique des DJ ne peut être que bénéfique, selon les dires des experts. Ces directions gagnent en effet en temps et en transparence, assure Delphine Bordier.
Rattachée au directeur
administratif et financier (DAF) lors d’une précédente mission, la legal ops s’est
confrontée à un « vrai problème » : celui de ne pas être
au centre des décisions. En tant que responsable juridique, et non directrice
juridique, il lui était impossible d'accéder aux informations du comité de
direction de manière simple. Elle s'est ainsi vue obligée d’avoir un contact « proche et
transparent avec le DAF » pour que celui-ci lui fournisse les données
nécessaires. « Difficile d’être au cœur des décisions stratégiques
quand on n’a pas les informations », pointe la legal ops.
Philippe Mannent le martèle :
« Ce n’est pas le tout d’avoir l’ambition de devenir business
partner, de se transformer, il faut aussi être reconnu, c’est le regard des
autres qui doit se transformer. Et au-delà du regard, leur façon d’interagir
avec vous ». Une vraie transformation des DJ passerait par le
fait d’envisager différemment leur rôle dans le cycle de vie d’un contrat, et
de les faire intervenir sur des sujets plus stratégiques et moins
transactionnels.
L’un des enjeux réside
également dans le fait de réussir à sortir le juridique des DJ, facteur « essentiel
pour leur transformation », insiste Philippe Mannent. Auquel cas elles
seront « renvoyées dans leur rôle d’expertise dans la conduite des
affaires », alors même « qu’une sorte de 180 degrés sur ce
qu’étaient les habitudes et positionnements » des DJ est observé.
… et de fixer des indicateurs
clés de performances
L’importance de fixer des
indicateurs clés de performance (KPI) dans les DJ est également soulevée par les
professionnels. Si aujourd’hui, les référents juridiques n’ont plus besoin
d’affirmer leur raison d’être, selon Nicolas Sarraquigne,
directeur commercial France & Belgique chez Wolters Kluwer, « ils
ont du mal parfois à expliquer leur plus-value » qui peut se mesurer
grâce à des indicateurs à ce jour « pas assez nombreux dans les DJ ».
D’après la cartographie Legisway, 65 % des DJ rapportent ne pas avoir fixé de KPI. « C’est
un vrai problème », regrette le directeur commercial. Alors
même que ces indicateurs sont de « puissants leviers, des accélérateurs qui
magnifient les défauts ou livrent des bénéfices démultipliés »,
argue pour sa part Philippe Mannent.
Autant de changements qui
font évoluer les façons de travailler des DJ qui, selon lui, doivent
devenir « un facteur de changement pour l’ensemble de l’organisation »,
qui elle-même évolue du fait de la transformation des DJ.
Le legal ops comme « facilitateur »
de la transformation des directions juridiques
Mais transformer les DJ pour
leur permettre de s’emparer de nouvelles tâches n’en reste pas moins compliqué
pour ceux qui les accompagnent et opèrent un management de transition. D’autant
que la conduite du changement n’est pas toujours simple à appréhender. Racha Saasat
tente d’en donner une définition simplifiée.
Concrètement, le change
management est « un concept managérial normé avec des
méthodologies, qui permet de passer d’un état “a” où l’on a identifié un
problème, quelque chose à améliorer, à l’étape “b” où le problème est résolu.
La conduite du changement, c’est tout ce qu’il y a au milieu. Ce sont les
personnes que l’on va impliquer, les méthodologies que l’on va choisir, etc. »
À lire aussi : Legal ops, digital
ethic officers… ces nouveaux métiers juridiques qui offrent des perspectives
dans les entreprises
Toutefois, pour y parvenir,
il n’y a pas de « recette magique, même s’il y a des étapes et
des pistes à avoir en tête ». L’une des étapes essentielles, selon
Delphine Bordier qui entend « susciter l’engagement des équipes dans le
changement », est celle de « faire son deuil », de
savoir renoncer à quelque chose dans un premier temps pour avoir autre chose
ensuite. Une étape qui n’est pas simple à faire comprendre dans les équipes. Il
faut convaincre de l’intérêt de changer. « “Pourquoi avoir une
nouvelle organisation, un nouveau process, un nouvel outil et de nouvelles
méthodes de travail alors que tout fonctionne ?” Je l’entends tous les
jours. Et tant qu’on ne parviendra pas à leur faire comprendre, on n’arrivera
pas à embarquer les équipes, regrette-t-elle. On parle beaucoup de
technologie, mais il y a aussi l’humain, et sans communication claire, on ne
peut rien faire avec les équipes. »
Philippe Mannent parle quant
à lui d’« électrochoc » et insiste sur l’importance de basculer
progressivement vers le legal ops, « car les changements
attendus ne se font pas en un claquement de doigts ». « L’intérêt
du legal ops est d’améliorer la gestion du service des DJ. Il travaille certes au
sein de celles-ci, mais c’est un facilitateur des relations qui doivent exister
entre la DJ et toute les autres parties prenantes de l’entreprise »,
abonde Delphine Bordier. Il peut également s’avérer un véritable « bras
droit » pour le directeur juridique qui voit ses taches évoluer.
Et Nicolas Sarraquigne de
conclure : « le change management est au cœur de
chaque projet de transformation des DJ. Il ne faut pas en avoir peur ».
Allison
Vaslin
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