Affaire des assistants parlementaires : la juge qui a condamné Marine Le Pen placée sous protection policière


mardi 1 avril 20254 min

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La magistrate fait l’objet d’une vague de menaces, après la décision - abondamment critiquée au sein de la sphère politique - rendue hier. Formant un seul bloc, le monde judiciaire s’indigne.

L’information, qui circulait depuis hier soir, a été confirmée par le Figaro en début d’après-midi : la présidente du tribunal correctionnel chargée de juger l’affaire des assistants parlementaires du FN (RN aujourd’hui) a été placée sous protection policière. « Des patrouilles ont été organisées aux abords de son domicile parisien », précise le quotidien.

Lundi 31 mars, cette magistrate a condamné Marine Le Pen à quatre ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, c’est-à-dire effet immédiat, pour détournement de fonds publics. Cette décision, en vertu de laquelle la députée ne pourra pas se présenter à l’élection présidentielle de 2027 - bien qu’elle ait annoncé sa volonté de faire appel -, a provoqué une onde de choc.

Dans la sphère politique, d’abord. Côté RN, où l’on a du mal à se remettre de ce « coup de massue », Jordan Bardella a dénoncé un « jour très sombre pour la démocratie française ». Pour sa part, Éric Ciotti (Union des droites pour la République) a fustigé un « système de captation du pouvoir ». Même hors extrême-droite, Laurent Wauquiez et Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer qu’eux, se sont fendus de critiques virulentes. Du Kremlin à la Maison-Blanche, l’indignation s’est également fait entendre à l’étranger.

Mais en dehors des contestations, c’est une vague de messages menaçants qui déferle depuis hier sur les réseaux sociaux, accompagnés de photos volées de la magistrate, la plupart du temps via des comptes anonymes. « Il faut juger la juge », « J'ai son adresse si vous voulez lui rendre une petite visite », peut-on lire notamment sur X (ex-Twitter). Menaces prises très au sérieux, à en croire le dispositif de sécurité déployé ces dernières heures.

« Donc une juge est sous protection policière uniquement parce qu’elle a fait son travail. Mais on rêve, là » a riposté le premier vice-président adjoint au tribunal judiciaire de Bobigny, Youssef Badr. La procureure qui répond au pseudonyme de « SirYesSir » sur X, très suivie sur les réseaux sociaux, a également réagi : « Ca chouine a l'atteinte à la démocratie puis ça balance des infos sur les juges qui ont rendu la décision qui vous file des aigreurs. Soutien intangible à mes collègues menacés dont le nom est jeté en pâture »

La « remise en en cause de l’indépendance de l’autorité judiciaire » inquiète

Hier, déjà, le premier président de la cour d’appel de Paris Jacques Boulard exprimait, dans un communiqué, « sa vive préoccupation » et rappelait que « dans un Etat de droit démocratique, la critique d’une décision de justice ne peut en aucun cas s’exprimer par des menaces formulées à l’égard des magistrats ».

Invité ce matin sur RTL, le procureur général près la Cour de cassation Rémy Heitz a quant à lui appelé à la mesure pour « laiss[er] la Justice faire son travail en toute indépendance, en toute impartialité et dans la sérénité », et jugé inadmissibles « les attaques très personnalisées contre les magistrats (…) On ne peut pas, dans une démocratie, s'en prendre directement aux juges ».

Et de préciser au passage, pour répondre aux critiques, que la décision a été rendue « par une collégialité de trois magistrats indépendants, impartiaux ». « La décision peut ne pas plaire, mais on ne peut absolument pas dire que la démocratie n'a pas fonctionné. (…) Il y a une voie de recours qui est exercée. Il y aura un second procès en appel ».

 « En application du principe de légalité, seules les peines limitativement énumérées par la loi, et donc votées par la représentation nationale, peuvent être prononcées par les magistrats » a par ailleurs rappelé, pour sa part, le Conseil supérieur de la magistrature, qui a manifesté son « inquiétude face aux réactions de nature à remettre en cause gravement l’indépendance de l’autorité judiciaire ».

Mettant de côté les tensions qui ont animé récemment les relations avocats-magistrats, le Conseil national des barreaux n’a pas manqué non plus d’apporter son soutien aux magistrats, et plus largement à l’institution. « Dans un contexte où l’autorité judiciaire est de plus en plus contestée sur les réseaux sociaux et dans le débat public, il est de la responsabilité collective des acteurs institutionnels de faire bloc pour la protéger », a-t-il fait savoir par voie de presse.

Bayrou « soutient » les magistrats mais s’interroge sur l’exécution provisoire

Pendant la séance de Questions au gouvernement, ce mardi 1er avril à l’Assemblée nationale, François Bayrou en a convenu : les décisions de justice doivent être « soutenues » et les magistrats « protégés » dans l’exercice de leurs missions.

Le Premier ministre a toutefois considéré qu'une « réflexion » devait « être conduite » à propos de l'exécution provisoire de la décision rendue hier, largement décriée par certaines voix, questionnée par d’autres. Cet aspect avait été décidé par les juges au nom du « risque de récidive » et de « trouble à l’ordre public », comme l’indique Le Monde.  

« C'est le Parlement qui décidera si oui ou non, il convient de toucher à l'écriture de la loi », a affirmé François Bayrou. A l'annonce du jugement, hier, le chef du gouvernement avait admis s’être senti « troublé » par son contenu.

Bérengère Margaritelli

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