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La juridiction a estimé que les entreprises requérantes n’avaient pas attaqué l’article adéquat pour pouvoir faire tomber le référentiel défini par l’Arcom concernant la mise en place des systèmes empêchant l’accès aux mineurs.
Le bras de fer se poursuit
entre l’État et les éditeurs de sites pornographiques. Dernier épisode en
date : le Conseil d’État a refusé, dans une décision rendue mardi 10 juin,
de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qui visait
à faire annuler la décision de l’Arcom en date du 9 octobre 2024.
Celle-ci avait mis en place un
référentiel déterminant les exigences techniques minimales applicables aux
systèmes de vérification de l'âge mis en place pour l'accès aux sites diffusant
du contenu pour adultes. Ledit référentiel ne peut pas se
limiter à une simple déclaration de majorité, comme c’est le cas actuellement
pour la majorité des sites concernés : ces systèmes doivent garantir la
protection de la vie privée des utilisateurs par conception et par défaut,
notamment via le recours à des dispositifs dits de « double anonymat ».
L’approche permet ici de
dissocier totalement les données personnelles de l’utilisateur de sa navigation
sur les sites concernés. L’Arcom impose également de respecter le principe de
minimisation compris dans la directive RGPD, c’est-à-dire de ne récupérer que
les données « adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est
nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées ».
Parmi les moyens autorisés
figurent l’estimation de l’âge par analyse des traits du visage avec « mécanisme
de reconnaissance du vivant », la présentation de documents d’identité
associée à une reconnaissance faciale, ou encore des solutions fondées sur la
carte bancaire, à condition qu’elles soient associées à une authentification
forte. Ces solutions doivent respecter un « socle minimum d’exigences »
en termes de confidentialité et ne peuvent être déployées directement par les
sites eux-mêmes, mais par des prestataires indépendants.
« Il est attendu que
les solutions évoluent avec l’amélioration des techniques et la mise sur le
marché de nouveaux systèmes de vérification de l’âge, notamment tout standard
européen qui émergerait à court terme », précise l’Arcom, qui impose
également que la vérification ait lieu à chaque consultation d’un service, avec
ou sans compte utilisateur, notamment afin d’éviter « que la
réutilisation de compte utilisateur ne conduise des mineurs à accéder à des
contenus pornographiques ».
Le Conseil constitutionnel
avait déjà validé la disposition
La décision de l’Arcom était
attaquée par les sociétés Webgroup Czech Republic AS et NKL Associates SRO, éditrices
des sites Xvideos et XNXX, qui souhaitaient rendre inconstitutionnelles par la QPC
l’article 10-2 de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie
numérique ajouté en 2024 et qui détaille à quelles entreprises s’applique cette
obligation de contrôle.
Les sociétés considéraient
que l’article en question ainsi que le référentiel de l’Arcom ne respectaient
pas le principe de personnalité des peines prévu par la DDHC de 1789, car ne détaillant
les peines encourues que pour les services de plateforme de partage de vidéos
et les fournisseurs de services, sans mentionner les tiers de confiance imposés
par le référentiel pour assurer de « double anonymat ». De fait, les
manquements pouvant relever de prestataires techniques tiers pourraient aboutir
à des sanctions des sites concernés.
Une demande rejetée par le
Conseil d’État, plus pour des raisons de forme que de fond, considérant qu’elle
ne revêtait pas de « caractère sérieux ». La juridiction a en
effet rappelé que la détermination des catégories d’entreprises soumises à
l’obligation de mettre en œuvre des systèmes de vérification de l’âge résulte
de dispositions comprises dans le deuxième alinéa du paragraphe I de l’article
10 de la loi du 21 juin 2004, l’article 10-2 se limitant à préciser le champ et
les conditions d’application de ces dispositions en fonction du lieu
d’établissement des personnes concernées (soit en France ou hors de l’Union
européenne, soit dans un autre État membre de l’Union européenne).
L’alinéa en question avait
par ailleurs déjà été validé par le Conseil constitutionnel lors de sa décision
sur la conformité de la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique (loi
SREN), le 17 mai 2024.
Cette décision intervient
alors qu’une autre plateforme d’hébergement de contenu pornographique, Pornhub,
a décidé de bloquer l’accès à son site le 4 juin dernier, afin de protester
contre la mise en place de ces contrôles qu’elle juge inefficaces et créateurs
de risques pour les données personnelles.
Alexis
Duvauchelle
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