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La décision du tribunal
administratif de Paris donne raison à la Commission paritaire des publications et des
agences de presse, qui invoquait un danger pour la santé publique. Pour l’avocate
du site d’actualités, l’absence d’agrément, qui se baserait sur « seulement
13 articles », signe la « mort économique » de ce dernier.
L’agrément, c’est fini. Le 16
août dernier, après plusieurs mois de procédure, le tribunal administratif de
Paris a finalement confirmé la décision de la Commission paritaire des
publications et des agences de presse (CPPAP) de retirer l’agrément de service
de presse en ligne à France-Soir.
Le site d’actualité controversé,
qui reprend, depuis 2019, la marque de l’ancien quotidien généraliste français,
est accusé de véhiculer des « fake news », en particulier depuis la
crise sanitaire de 2020. Sur la base d’un avis du ministère de la Santé, la
CPPAP affirmait que ses articles pouvaient représenter un danger pour la santé
publique, notamment car ils exposaient « sous
un jour favorable des conduites thérapeutiques et préventives qui sont
susceptibles de détourner des malades de thérapies conformes à l’état actuel
des connaissances scientifiques ».
Avec la récente décision du
TA, France-Soir n’est pas condamné à fermer, mais perd les avantages fiscaux et
les éventuelles aides du Fonds stratégique pour le développement de la presse
(FSDP) accordés à la presse en ligne.
Revirement de la part du TA
Tout commence fin 2022, quand
France-Soir, qui doit son existence aux dons de ses lecteurs, apprend par un
courrier du 8 décembre le refus de la Commission de lui réattribuer son
agrément.
Un référé-suspension est
alors déposé par le site d’actualités contre la CPPAP le 22 décembre, avec une
date d’audience fixée au 6 janvier 2023, finalement reportée le 11 janvier. Deux
jours plus tard, le tribunal administratif de Paris prononce la suspension de
la décision de refus de renouvellement de la commission « jusqu’à ce
qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ».
À lire aussi : Agrément Anticor : nouveau revers à la Cour de
cassation
Le ministère de la Culture
appelle donc le Conseil d’État à statuer sur la décision du 13 janvier, au
terme de quoi le tribunal administratif de Paris confirme la décision des juges
des référés et enjoint la CPPAP de redonner l’agrément au journal. Mais la
décision, temporaire, doit être replaidée au fond pour que la décision d’annulation
de retrait d’agrément soit définitivement reconnue.
Le 28 juin, France-Soir
obtient de nouveau gain de cause et la juridiction demande à la Commission de
revoir sa décision. Alors que celle-ci maintient son choix de ne pas renouveler
l’agrément, le TA se penche de nouveau sur l’affaire lors d’une audience, le 9
août. Une semaine plus tard, il décide finalement de ne plus suspendre le
renouvellement.
Seulement 13 articles dans le
viseur, selon l’avocate
Alors que le tribunal estime
qu’« aucun des moyens invoqués par la société [représentant
France-Soir] (…) ne parait propre à créer un doute sérieux quant à la légalité
de la décision [de la CPPAP] », l’avocate du site, Diane Protat,
dans une vidéo publiée par France-Soir, pointe du doigt une décision « de
[moins de] deux paragraphes à une importante argumentation de France-Soir ».
L’avocate dénonce également
que le refus de renouveler l’agrément se base sur la rédaction de « 13
articles » sur les 2 048 produits par le site d’actualités, soit « 0,6 % »
de la surface éditoriale. « Faire fermer un journal pour 13 articles, c’est
attentatoire à la liberté d’expression, un droit fondamental garanti par la
Convention européenne des droits de l’homme, de même que la liberté de la
presse » estime l’avocate, pour qui l’absence d’agrément signe la « mort
économique » du site d’actualités.
La Commission, avant de
retirer l’agrément de France-Soir, avait sollicité la Direction générale de la
santé (DGS) sur la question de savoir si les articles de France-Soir portaient
atteinte ou non à la santé publique. Celle-ci avait notamment épinglé un article
qui remettait en question une étude publiée en février dans la revue Biomedicine
and Pharmacotherapy établissant un lien entre la mort d'au moins 17 000
personnes pendant le Covid et l'administration d'hydroxychloroquine dans six
pays. La DSG pointait que la participation du directeur de publication, Xavier
Azalbert (ouvertement « antivax », ndlr), à la rédaction de l’article,
questionnait l’indépendance de l’analyse. Depuis, cette étude a toutefois
fait l’objet d’une rétractation par l’éditeur de la revue, qui met en cause la
méthodologie employée. Le coordonnateur de la recherche avait lui-même invité à
prendre le chiffre avec précaution.
« Qui cause éventuellement un préjudice à la santé publique ? Est-ce France-Soir en donnant un avis différent des médias mainstream ou est-ce le gouvernement, en empêchant toute cette réflexion ? (…) » interroge l’avocate de France-Soir, qui précise qu’un pourvoi en cassation sera introduit. Affaire à suivre.
Allison
Vaslin
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