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Abstention et volatilité
Une seule chose est sûre dans cette campagne : l’incertitude du vote. Quatre candidats sont au coude-à-coude et, selon une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences-Po (effectuée auprès de 14 300 personnes), 66 % des électeurs ne savent toujours pas pour qui voter. L’abstention, telle qu’estimée par cette même enquête électorale réalisée du 31 mars au 2 avril, se situe à 32 %. Un niveau très élevé si on le compare aux précédents scrutins présidentiels. Une situation inédite. Inutile, donc, de dégainer le dernier sondage en date. Comment expliquer cette volatilité grandissante et l’abstention record annoncée ? Pour Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof, « tous les éléments favorisant un doute majeur des électeurs sont réunis : une défiance politique majorée par les affaires relevant de la probité publique, d’une part, une reconfiguration du paysage politique et électoral augmentée d’un brouillage de la bipartition gauche-droite, d’autre part ». Elle ajoute : « L’offre électorale est "publicisée" sur les chaînes de télévision et "barométrisée" selon les courbes des instituts de sondage d’après des procédés qui relèvent d’une marchandisation grandissante de la politique, notamment en la désinstitutionnalisant. Comment, dès lors, s’étonner que l’électeur hésite et réajuste ses choix ? » La communauté POP2017, créée par BVA (un institut de sondage) et Salesforce (un éditeur de logiciel de gestion), est consacrée au suivi de la présidentielle et recueille l’avis de milliers d’internautes. Les jugements sur la qualité de la campagne sont éloquents. Beaucoup déplorent un « spectacle désolant » dans lequel « il n’y en a que pour les scandales et foires aux alliances », et regrettent que les vrais sujets ne soient pas abordés. Cette situation entraîne également une augmentation du nombre d’abstentionnistes, dont l’enquête du Cevipof tire trois catégories pour autant de motifs. D’abord, celui de l’insatisfaction : « aucun candidat ne me paraît convaincant ». Ensuite, celui de la colère qui consiste à manifester son mécontentement. Enfin, celui de l’inutilité : « cela ne changera rien ». Tous les candidats se présentent comme antisystèmes, parce qu’ils ont tous senti la méfiance grandissante des Français à l’égard de la politique et des politiques. Personne n’a su convaincre sur ce thème : l’abstention et la volatilité inédite de l’électorat le prouvent. Dans ce numéro entièrement dédié à l’élection présidentielle, dont les deux tours se dérouleront les 23 avril et 7 mai prochains, le Journal Spécial des Sociétés a choisi de présenter le programme des onze candidats en se focalisant sur leurs propositions dans les domaines de l’Entreprise et de la Justice. Suivent les propositions des différentes institutions représentatives des professions judiciaires et juridiques. La rédaction espère ainsi convaincre les plus indécis d’aller voter et les aider à se forger une opinion.
Victor Bretonnier
Retrouvez cet article dans le Journal Spécial des Sociétés n° 29 du 12 avril 2017
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